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Pourquoi la Grèce a-t-elle introduit la journée de travail de 13 heures ?

by Clara Dubois

Publié le 13 novembre 2025 à 09h33. L’adoption d’une loi controversée en Grèce autorisant des journées de travail pouvant atteindre 13 heures suscite une vive opposition et met en lumière une tendance plus large à la déréglementation du travail au nom de la flexibilité et de la croissance économique.

  • Le gouvernement grec a légalisé des journées de travail de 13 heures, bien que présenté comme volontaire, ce qui inquiète les syndicats et les défenseurs des droits des travailleurs.
  • Cette mesure, qui s’inscrit dans une série de réformes depuis 2005, est critiquée pour son impact potentiel sur la santé des travailleurs et la qualité de vie.
  • Malgré les protestations, le gouvernement justifie cette réforme en affirmant qu’elle répond aux attentes des travailleurs et favorise la compétitivité économique.

Une nouvelle loi grecque permet désormais aux employeurs privés de proposer à leurs salariés des journées de travail pouvant s’étendre sur 13 heures. Si le gouvernement insiste sur le caractère « volontaire » de cette mesure, présentée comme un moyen d’accroître la « flexibilité » et de stimuler la « croissance », les organisations syndicales et les experts dénoncent une érosion des droits des travailleurs et une normalisation du surmenage.

Cette réforme s’inscrit dans une dynamique de déréglementation du marché du travail observée à l’échelle européenne et mondiale. Depuis 2005, Athènes a progressivement assoupli sa législation en matière de temps de travail. Une loi de 2005 avait déjà permis d’allonger les quarts de travail quotidiens de deux heures. En 2021, une autre modification a redéfini les heures supplémentaires, et en 2023, une troisième loi a rétabli la semaine de six jours. Le projet de loi « Travail équitable pour tous » autorise désormais les journées de 13 heures sur une base « volontaire ».

Les données statistiques confirment la situation préoccupante des travailleurs grecs. Selon les chiffres de l’Eurostat et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les salariés grecs à temps plein effectuent en moyenne environ 1 900 heures par an, contre 1 510 au Royaume-Uni et 1 330 en Allemagne. Ils travaillent en moyenne 41 à 42 heures par semaine, un des plus hauts niveaux de l’Union européenne.

Ce paradoxe – travailler plus pour gagner moins – reflète une politique axée sur l’intensification du travail, la stagnation des salaires, la faiblesse de la négociation collective et la précarité de l’emploi. Malgré une récente augmentation du salaire minimum (une hausse de 6 % à 880 € par mois pour les travailleurs à temps plein), le pouvoir d’achat des ménages reste limité. Le gouvernement privilégie l’allongement de la journée de travail plutôt que l’augmentation des salaires.

Une enquête récente menée par l’institut du travail grec révèle que 94 % des travailleurs se prononcent en faveur d’une réduction du temps de travail sans baisse de salaire, et près de 60 % rejettent catégoriquement la journée de 13 heures. Parmi ceux qui sont déjà contraints de travailler de longues heures, 70 % estiment que le caractère « volontaire » de cette mesure est illusoire.

La légalité de cette réforme au regard du droit européen est également remise en question. La directive européenne sur le temps de travail prévoit une moyenne hebdomadaire de 48 heures et un repos quotidien de 11 heures, mais ne fixe pas de plafond aux heures quotidiennes, laissant ainsi une marge de manœuvre aux États membres pour accorder des dérogations.

La Commission européenne a d’ailleurs confirmé que la réforme grecque est conforme aux règles de l’UE, estimant que la directive autorise la journée de travail de 13 heures si la moyenne hebdomadaire de 48 heures est respectée sur une période de référence de quatre mois. Une logique qui, selon les critiques, permet simplement de s’épuiser aujourd’hui pour se reposer plus tard.

Ce phénomène ne se limite pas à la Grèce. Des exemples similaires sont observés dans d’autres pays, comme au Royaume-Uni où le personnel du NHS aurait effectué plus d’un million d’heures supplémentaires non rémunérées chaque semaine avant la pandémie, et aux États-Unis où les employés d’Amazon travaillent souvent de longues heures pendant les périodes de pointe.

« La journée de 13 heures en Grèce ne marque pas un progrès mais un recul par rapport aux droits du travail durement acquis. »

La vague de grèves nationales qui secoue actuellement la Grèce témoigne de la forte opposition à cette réforme. La question demeure : comment une mesure rejetée par les travailleurs et potentiellement contraire au droit européen peut-elle être mise en œuvre ?

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