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Les catastrophes ont coûté plus de 3 000 milliards de dollars à l’agriculture en 30 ans

Publié le 16 février 2024. Les catastrophes naturelles et biologiques coûtent annuellement près de 100 milliards de dollars au secteur agricole mondial, une somme qui représente 4 % du PIB agricole global, selon une nouvelle étude de l’Organisation…

Les catastrophes ont coûté plus de 3 000 milliards de dollars à l’agriculture en 30 ans

Publié le 16 février 2024. Les catastrophes naturelles et biologiques coûtent annuellement près de 100 milliards de dollars au secteur agricole mondial, une somme qui représente 4 % du PIB agricole global, selon une nouvelle étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Face à cette situation alarmante, une révolution numérique se met en place pour mieux anticiper et réduire les risques.

  • Les catastrophes naturelles et biologiques ont engendré 99 milliards de dollars de pertes annuelles en moyenne sur les trois dernières décennies.
  • Ces pertes représentent l’équivalent de 320 kilocalories en moins par personne et par jour, soit près de 15 % des besoins énergétiques moyens.
  • Le développement et le déploiement d’outils numériques innovants offrent une lueur d’espoir pour une agriculture plus résiliente.

L’agriculture mondiale est confrontée à une escalade des sécheresses, des inondations, des attaques de ravageurs et des tempêtes, qui dévastent les récoltes et fragilisent les populations. Une étude récente de la FAO révèle l’ampleur inédite de ces dégâts, longtemps sous-estimés. Le rapport dresse un tableau complet des conséquences des aléas climatiques et biologiques sur les cultures, l’élevage, la pêche et l’aquaculture.

Sur les trente dernières années, ces catastrophes ont entraîné la disparition de 4,6 milliards de tonnes de céréales, 2,8 milliards de tonnes de fruits et légumes, ainsi que 900 millions de tonnes de viande et de produits laitiers. Ces pertes colossales se traduisent par une diminution de la disponibilité alimentaire, équivalant à une perte de 320 kilocalories (environ 1 340 kilojoules) par personne et par jour, soit près de 15 % des besoins énergétiques moyens.

L’Asie est la région la plus touchée, concentrant 47 % des pertes mondiales, soit 1 530 milliards de dollars. Les Amériques suivent avec 22 % des pertes (713 milliards de dollars), victimes de sécheresses récurrentes, d’ouragans et de vagues de chaleur. En Afrique, bien que les pertes absolues soient moindres (611 milliards de dollars), leur impact économique est particulièrement lourd : 7,4 % du PIB agricole est englouti, le pourcentage le plus élevé au monde, avec des conséquences majeures sur la sécurité alimentaire et la stabilité rurale.

Les petits États insulaires en développement (PEID) sont également particulièrement vulnérables, confrontés à la menace constante des cyclones et de la montée des eaux. Enfin, le rapport souligne l’importance des vagues de chaleur océaniques, qui ont causé 6,6 milliards de dollars de pertes dans le secteur de la pêche entre 1985 et 2022, un secteur vital pour 500 millions de personnes.

Face à cette situation, une transformation profonde est en cours, portée par le développement de technologies numériques. Selon le rapport de la FAO,

« Les technologies numériques révolutionnent déjà la manière dont nous surveillons les risques, délivrons des alertes précoces et soutenons la prise de décision des agriculteurs. Nous assistons à un passage fondamental d’une réponse réactive à une réduction proactive des risques. »

Qu Dongyu, directeur général de la FAO

De nombreux outils sont déjà déployés dans plusieurs pays : l’outil CRTB (Climate Risk Toolbox), qui compile des données mondiales pour la planification agricole ; RVF-dst, un système d’alerte sur la fièvre de la Vallée du Rift utilisé en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda pour vacciner le bétail ; SolFER, une plateforme de cartographie des sols pour optimiser la fertilisation ; FAMEWS, une application mobile qui suit la progression de la chenille légionnaire dans plus de 60 pays ; et les assurances paramétriques, qui couvrent déjà 9,1 millions d’agriculteurs grâce à l’analyse numérique des risques.

Dans certains pays, les systèmes d’alerte précoce ont permis d’évacuer jusqu’à 90 % des populations exposées avant qu’une catastrophe ne frappe. La FAO estime que l’anticipation pourrait générer jusqu’à sept dollars de bénéfices pour chaque dollar investi.

Cependant, cette révolution technologique se heurte à un obstacle majeur : 2,6 milliards de personnes restent hors ligne, souvent dans les zones les plus vulnérables. Sans connectivité, sans formation et sans accompagnement institutionnel, le numérique risque d’aggraver les inégalités plutôt que de les réduire.

La FAO insiste sur le fait que la technologie n’est pas une solution miracle. Elle ne sera efficace que si elle s’accompagne d’investissements dans les infrastructures numériques, la formation, l’inclusion des petits producteurs, des femmes, des jeunes et des peuples autochtones, ainsi que de politiques publiques cohérentes.

Le message est clair : il est impératif de prévenir plutôt que de réparer. L’agriculture mondiale ne peut plus supporter le coût exorbitant de la multiplication des catastrophes climatiques et biologiques. Un changement de paradigme vers des systèmes capables d’anticiper et de s’adapter est désormais une question de survie économique et de sécurité alimentaire. La FAO appelle à une action concertée, à une coopération internationale renforcée et à une reconnaissance urgente de l’ampleur des pertes non comptabilisées – pertes humaines, sociales et nutritionnelles – qui sont encore largement ignorées par les bilans nationaux.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.