Publié le 21 décembre 2023 22:29:00. Un commerce illégal florissant menace la faune australienne, avec des animaux rares dissimulés dans des colis et vendus pour des sommes pouvant atteindre 100 000 dollars australiens (environ 65 000 euros). Les autorités luttent pour contrôler ce trafic, largement alimenté par la demande internationale.
- Près de 4 000 envois illégaux d’animaux et de produits d’origine animale ont été interceptés en Australie au cours de la dernière année.
- Les reptiles sont particulièrement prisés sur le marché noir, certains se vendant jusqu’à 100 000 dollars australiens.
- Les passeurs utilisent des méthodes de plus en plus ingénieuses pour dissimuler les animaux, notamment dans des vêtements et des boîtes de chocolat.
L’Australie est confrontée à un problème croissant de trafic d’espèces sauvages, malgré des lois strictes et des sanctions sévères. L’Australian Border Force (ABF), l’agence chargée de la protection des frontières australiennes, a intercepté environ 4 000 envois illégaux au cours de la dernière année, révélant un commerce lucratif et souvent cruel. Les contrevenants s’exposent à des amendes importantes et à des peines de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans pour l’importation ou l’exportation illégale d’espèces réglementées.
La géographie de l’Australie, avec son vaste littoral, rend le contrôle de ce commerce particulièrement difficile. Katie Smith, chef de projet de recherche au centre de recherche sur la criminalité liée aux espèces sauvages de l’Université d’Adélaïde, explique :
« La géographie de l’Australie, avec son vaste littoral, rend ce commerce difficile à contrôler. »
Katie Smith, chef de projet de recherche à l’Université d’Adélaïde
Selon les experts, le commerce illégal se déroule principalement en ligne, via des plateformes de commerce électronique. Les reptiles rares sont parmi les animaux les plus recherchés, en raison de leur rareté et de leur attrait pour les collectionneurs. Les États-Unis, l’Allemagne et le Japon sont identifiés comme les principaux marchés de consommation.
La valeur des reptiles indigènes d’Australie sur le marché noir peut atteindre 100 000 dollars australiens, selon l’ABF. Cette demande est alimentée par le fait que de nombreuses espèces ne se trouvent qu’en Australie, ce qui les rend particulièrement précieuses aux yeux des acheteurs.
« Nous constatons que la demande pour ces espèces est en fait, avec le temps, motivée par leur rareté. Ce qui les rend très recherchés alors qu’ils sont plus rares et, malheureusement, cela constitue un facteur important de leur risque d’extinction. »
Katie Smith, chef de projet de recherche à l’Université d’Adélaïde
Ce commerce illégal ne se limite pas aux animaux vivants. Il peut également introduire des espèces envahissantes et propager des maladies. De plus, il porte atteinte à la culture des populations autochtones, qui entretiennent une relation spirituelle et culturelle profonde avec la faune locale.
Les communautés autochtones australiennes réclament une plus grande implication dans la gestion des programmes de protection de la faune, en combinant leurs connaissances traditionnelles avec les méthodes de conservation modernes.
Les méthodes utilisées par les passeurs sont de plus en plus sophistiquées. Sebastian Chekunov, responsable de la recherche sur la criminalité liée aux espèces sauvages au sein du centre de l’Université d’Adélaïde, révèle que des animaux ont été découverts dissimulés dans des bagages, des vêtements et même des boîtes de chocolat. Hong Kong est souvent utilisé comme point de transit, en raison de son marché pour les animaux de compagnie exotiques et de son rôle de plaque tournante du commerce mondial.
« Hong Kong a un marché pour les animaux de compagnie exotiques, donc parfois les reptiles introduits en contrebande sont vendus dans le pays, mais c’est aussi une plaque tournante du commerce et du transport mondial et une porte d’entrée vers la Chine continentale. Hong Kong constitue souvent la première étape et n’est qu’un nœud du réseau. »
Sebastian Chekunov, responsable de la recherche sur la criminalité liée aux espèces sauvages à l’Université d’Adélaïde
Outre les animaux vivants, des produits d’origine animale, tels que les œufs d’oiseaux et les ailerons de requin, font également l’objet d’un trafic important. L’année dernière, 3 000 œufs d’oiseaux appartenant à une espèce potentiellement menacée ont été saisis en Tasmanie.
La demande pour les invertébrés, tels que les araignées, les scorpions et les phasmes, est également en augmentation. Charlotte Lassaline, doctorante à l’Université d’Adélaïde, a identifié plus de 580 espèces d’invertébrés faisant l’objet d’un commerce illégal, dont le scorpion des Flinders Ranges, une espèce endémique menacée.
« Il s’agit d’une espèce à aire de répartition restreinte, ce qui signifie qu’elle ne provient que d’une petite zone du sud de l’Australie. Pourtant, il est très largement commercialisé dans toute l’Australie pour le commerce des animaux de compagnie, ce qui est très préoccupant pour leurs petites populations. »
Charlotte Lassaline, doctorante à l’Université d’Adélaïde
Pour lutter contre ce fléau, les parties prenantes mondiales se réuniront prochainement en Ouzbékistan, lors de la 20e réunion de la Conférence des Parties, afin de discuter d’éventuels amendements aux règles internationales régissant le commerce des espèces sauvages. L’Australie proposera notamment d’ajouter deux reptiles à la liste des espèces protégées, ce qui impliquerait un contrôle plus strict de leur commerce international.
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