Le scandale Jeffrey Epstein dépasse largement les abus sexuels, révélant un réseau complexe de liens avec des personnalités politiques et des acteurs de la sécurité internationale. Des courriels récemment rendus publics mettent en lumière l’implication du financier américain dans des initiatives géopolitiques, notamment en Israël et en Russie, soulevant des questions sur son rôle et son influence.
Des échanges de courriels datant de 2014 entre Epstein et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, révélés par les sites d’investigation The Depositary et Raison, illustrent l’intérêt d’Epstein pour les zones de conflit et les opportunités commerciales qui en découlent. Le 21 février 2014, Epstein avait écrit à Barak : « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie et en Somalie, en Libye et le désespoir de ceux qui sont au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Barak avait répondu avec prudence, soulignant la difficulté de transformer ces troubles en profits.
Ces courriels, ainsi que d’autres publiés cette semaine par les démocrates de la Chambre des représentants américaine, mettent en évidence les relations d’Epstein avec une vaste gamme de personnalités influentes, allant de l’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers au conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, en passant par le milliardaire Peter Thiel. Même le linguiste Noam Chomsky entretenait des liens amicaux avec Epstein.
L’attention se porte également sur les circonstances entourant l’accord de faveur accordé à Epstein en 2008 par le procureur Alex Acosta, qui avait alors déclaré en privé à Steve Bannon qu’Epstein « appartenait au renseignement ». Lors d’un récent témoignage devant le Congrès, Acosta a nié avoir connaissance de liens entre Epstein et les services de renseignement.
Selon des investigations menées par The Depositary et Raison, Epstein ne serait pas un simple agent des services de renseignement, mais plutôt un homme de pouvoir, un oligarque américain qui a joué un rôle actif dans l’élaboration de la politique occidentale. Il aurait notamment facilité les efforts visant à ouvrir un canal de communication secret entre Israël et le Kremlin pendant la guerre civile syrienne, en organisant une rencontre privée entre Ehud Barak et le président russe Vladimir Poutine.
Epstein aurait également contribué à renforcer les liens entre Israël et la Mongolie, ainsi qu’avec la Côte d’Ivoire, en facilitant la vente de technologies de surveillance israéliennes. Un officier des renseignements israéliens, Yoni Koren, était un invité régulier à la résidence new-yorkaise d’Epstein.
Les liens étroits d’Epstein avec l’élite politique et économique soulèvent des questions sur les raisons pour lesquelles il a pu prospérer pendant si longtemps malgré ses crimes. Certains observateurs estiment que son influence et ses relations lui ont conféré une certaine impunité. Comme l’a souligné Van Jackson, spécialiste des relations internationales, Epstein était « l’un des géopoliticiens les plus éminents du monde », et ses activités illicites étaient intrinsèquement liées à la politique et au pouvoir.
L’affaire Epstein met en lumière une culture où les intérêts économiques et militaires sont étroitement liés, et où les frontières entre le secteur privé et le monde du renseignement sont floues. Il ne s’agit pas seulement d’un scandale individuel, mais d’un symptôme d’un système plus large où l’argent, le pouvoir et la géopolitique s’entremêlent.
Pour aller plus loin
