L’économie suisse affiche un certain soulagement après la conclusion d’un accord douanier provisoire avec les États-Unis, mais cette entente ne fait pas l’unanimité. Nick Hayek, figure emblématique de l’horlogerie suisse, juge le prix à payer pour cette réduction tarifaire de 15 pour cent trop élevé et critique une approche jugée trop conciliante de la part de la Confédération.
Le patron de Swatch, à 71 ans, n’a pas perdu de sa verve et continue d’incarner un esprit de rébellion. Il estime que la Suisse aurait dû adopter une posture plus ferme face aux exigences américaines, notamment en matière de tarifs douaniers.
« Je ne vois aucun accord, nous n’avons encore rien », a-t-il déclaré, relativisant l’importance de la baisse des droits de douane américains, passés de 39 à 15 pour cent. Selon lui, cette réduction ne constitue pas un avantage significatif pour le Swatch Group, les consommateurs américains étant ceux qui en bénéficient le plus. Il déplore que la Suisse n’ait pas cherché à se défendre avec plus d’énergie.
« Se rendre après un combat est une chose. Mais la Suisse s’est rendue sans combattre », a-t-il asséné, citant en exemple les négociations autour de l’acquisition de l’avion de chasse américain F-35. Il estime que la Suisse aurait pu explorer d’autres options, comme se tourner vers le Rafale français, afin de signaler aux États-Unis qu’elle n’était pas dépendante de leurs offres.
Hayek a également critiqué le manque d’affirmation de la Suisse concernant ses investissements directs aux États-Unis, soulignant que la Confédération, bien qu’étant un investisseur majeur et un leader en recherche et développement, se positionne de manière trop modeste. Il suggère qu’une annonce concernant une réduction des investissements futurs et un encouragement à la recherche et développement ailleurs aurait pu envoyer un message fort.
Par ailleurs, Swatch a présenté mercredi à Bienne son nouvel outil d’intelligence artificielle, AI-Dada. Cette plateforme permet aux clients de concevoir leur propre montre en utilisant l’IA, s’appuyant sur une vaste base de données de motifs et de projets créatifs développés au cours des quatre dernières décennies, incluant le travail de plusieurs centaines d’artistes. « Il n’y a jamais rien eu de pareil dans le monde », a affirmé Hayek avec fierté.
L’esprit Dada, mouvement artistique né à Zurich en 1916, est au cœur de cette innovation. Swatch entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec ce courant qui remet en question les normes établies, ayant notamment financé la réouverture de la Maison Dada à Zurich en 2004 et lancé la montre en édition limitée « Dadazüri ».
Hayek a d’ailleurs illustré son point de vue sur les tarifs douaniers à travers AI-Dada, présentant une version de montre italienne « Fratelli di Pasta » en réponse à l’augmentation de 91,74 points de pourcentage des droits de douane américains sur les pâtes italiennes, plutôt que la montre suisse de 39 pour cent qu’il avait initialement envisagée.
Lorsqu’on lui a demandé quel type de création il avait personnellement généré avec AI-Dada, il a répondu avec provocation : « Sexe, drogue et rock’n’roll », révélant que ces contenus avaient initialement été bloqués par l’IA et qu’il avait demandé à son équipe de permettre une plus grande liberté d’expression.