Home MondeÉtats-Unis, Chine et nouveaux marchés : la stratégie européenne pour la sécurité économique

États-Unis, Chine et nouveaux marchés : la stratégie européenne pour la sécurité économique

by Clara Dubois

La sécurité économique de l’Europe est devenue un enjeu géopolitique majeur, bien au-delà des simples considérations commerciales. Bruxelles mise sur un réseau d’accords commerciaux et une diversification des approvisionnements pour garantir la stabilité et la compétitivité des entreprises européennes face aux tensions internationales.

Lors du Sommet Made in Italy 2025 organisé par Il Sole 24 Ore, Léopoldo Rubinacci, directeur général adjoint de la Direction générale du commerce et de la sécurité économique de la Commission européenne, a souligné l’importance de réduire l’incertitude mondiale. « Tout ce qui apporte moins d’incertitude doit être considéré comme positif », a-t-il déclaré, en référence au dialogue renoué entre Washington et Pékin.

La question des matières premières critiques, indispensables aux secteurs clés de l’économie européenne (énergie, automobile, transition numérique), est au cœur des préoccupations. La Chine avait annoncé début octobre des contrôles sur les exportations de terres rares et de minéraux stratégiques, suscitant des inquiétudes. Selon les informations de la Commission, l’accord entre les États-Unis et la Chine prévoirait une suspension temporaire de ces restrictions, ce qui serait bénéfique pour l’Europe. « Ce sera aussi une chose positive pour nous, a précisé M. Rubinacci, parce que les contrôles s’appliquent à tous les pays, et la suspension nous permettra de respirer : nos entreprises pourront continuer à acheter les matières premières dont elles ont besoin. »

Cette trêve s’inscrit dans un contexte de coopération renforcée avec les États-Unis sur la sécurité des chaînes d’approvisionnement. « Nous avons décidé avec les États-Unis d’avoir une coopération renforcée sur des questions critiques et nous faisons partie d’une conversation de diversification qu’ils poursuivent également », a-t-il ajouté. L’objectif est de garantir un accès stable et réglementé aux ressources stratégiques, sans dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur.

Par ailleurs, l’Union européenne dispose déjà du réseau d’accords commerciaux le plus vaste au monde, avec 76 pays. La négociation avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) est particulièrement sensible, tant sur le plan économique que géopolitique. « 95 % de la croissance mondiale se produit hors des frontières de l’Union européenne », a rappelé M. Rubinacci, soulignant l’urgence pour les entreprises européennes d’accéder aux marchés tiers avec des garanties juridiques.

La Commission européenne a présenté une proposition au Conseil pour autoriser la signature de l’accord avec le Mercosur, qui pourrait être formalisée par la présidente Ursula von der Leyen d’ici fin décembre. Les équipes travaillent activement pour respecter ce calendrier.

Les relations avec les États-Unis restent complexes, malgré un accord récent pour réduire les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et d’autres produits industriels. Cet accord est considéré comme « très important pour créer une situation de stabilité et sécurité », car l’alternative aurait été « beaucoup plus coûteuse pour nos intérêts ». Les États-Unis ont réduit les droits de douane à 15 % et accordé des exemptions à de nombreux produits européens, notamment dans les secteurs pharmaceutique et aéronautique.

Cependant, certaines questions cruciales demeurent en suspens, notamment les mesures 232 concernant l’acier et l’aluminium, qui imposent des droits allant jusqu’à 50 % et créent des difficultés pour les entreprises européennes dans la déclaration de la teneur en ces métaux. Le commissaire Maroš Šefčovič est en négociations avec le Département américain du Commerce pour tenter de réduire ces obstacles.

Dans ce contexte mondial en mutation, la diversification est devenue un pilier de la politique commerciale de l’Union européenne. Il ne s’agit plus seulement de multiplier les fournisseurs au sein d’un même pays, mais d’étendre le réseau géographique d’approvisionnement, même si cela implique des coûts supplémentaires de certification et de logistique. L’Inde est considérée comme un interlocuteur majeur dans cette stratégie.

Les négociations commerciales avec New Delhi sont « complexes mais fondamentales », et la Commission « y croit beaucoup ». Elles couvrent un large éventail de sujets, des marchés publics aux matières premières, et visent à construire un partenariat économique qui puisse compléter les relations existantes avec les États-Unis et la Chine. L’objectif est de réaliser « une avancée significative, voire même de conclure une partie importante de l’accord d’ici un an ».

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (AÉCG), signé en 2016, est cité comme un exemple concret des avantages d’une politique commerciale ouverte mais réglementée. « Toutes les prévisions pessimistes ne se sont pas réalisées, tandis que les optimistes ont été dépassées », a rappelé M. Rubinacci. Dix ans après sa signature, les exportations italiennes vers le Canada ont considérablement augmenté, démontrant que la libéralisation des échanges, encadrée par des règles claires, peut être bénéfique pour l’industrie européenne.

Selon M. Rubinacci, la sécurité économique européenne repose sur un équilibre entre autonomie et ouverture, fondé sur la prévisibilité, la diversification et la stabilité des règles. La force de l’Union réside dans sa capacité à transformer la politique commerciale en un instrument de cohésion économique et de résilience industrielle.

À retenir

  • La sécurité économique est désormais un enjeu géopolitique majeur pour l’Europe.
  • La diversification des approvisionnements et les accords commerciaux sont essentiels pour garantir la stabilité.
  • Les négociations avec le Mercosur et l’Inde sont prioritaires.

Contexte

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, ainsi que les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, ont mis en évidence la vulnérabilité de l’Europe face aux chocs externes. L’Union européenne cherche à renforcer son autonomie stratégique et à réduire sa dépendance à l’égard de certains fournisseurs.

Ce qui change

Les entreprises européennes devront s’adapter à une nouvelle donne commerciale, marquée par une plus grande incertitude et une nécessité de diversification. Les négociations en cours avec le Mercosur et l’Inde pourraient ouvrir de nouvelles opportunités de marché, mais aussi imposer de nouvelles exigences en matière de normes et de réglementations.

Prochaines étapes

Il faudra surveiller l’évolution des négociations avec le Mercosur et l’Inde, ainsi que les discussions avec les États-Unis sur les mesures 232. La signature de l’accord avec le Mercosur d’ici fin décembre serait un signal fort de la volonté de l’Union européenne de renforcer sa sécurité économique.

Chiffres clés

Indicateur Valeur
Nombre de pays avec lesquels l’UE a signé des accords commerciaux 76
Pourcentage de la croissance mondiale hors de l’UE 95 %

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