Home DivertissementDouleurs non enregistrées dans le livre « Retour à la flûte » de Janan Khashrouf

Douleurs non enregistrées dans le livre « Retour à la flûte » de Janan Khashrouf

by Antoine Girard

Publié le 24 septembre 2025 10h30. L’écrivaine Jinan Khachouf livre dans son recueil « Retour à la flûte » une exploration poignante de l’enfance, de la mémoire et des traumatismes, tissant un récit profondément personnel et universellement résonnant.

  • Jinan Khachouf publie un recueil de textes hybrides, mêlant essai, pensée et poésie.
  • L’œuvre explore des thèmes tels que l’enfance, la douleur, la guerre et la condition féminine.
  • L’auteure brise les conventions littéraires pour exprimer une subjectivité forte et une sensibilité particulière.

« Retour à la flûte », publié aux éditions Alan Publishers and Distributors, est bien plus qu’un simple recueil de textes. Il s’agit d’une plongée au cœur d’une mémoire fragmentée, d’une introspection audacieuse et d’une réflexion sur les blessures du monde. Jinan Khachouf déconstruit les frontières entre les genres littéraires, offrant une œuvre singulière où l’essai, la poésie et la pensée se mêlent pour créer une expérience de lecture intense et bouleversante.

L’enfance occupe une place centrale dans l’œuvre de Khachouf. Elle y est dépeinte comme un paradis perdu, un refuge fragile menacé par les épreuves de la vie. L’auteure évoque avec tendresse le souvenir de sa mère, source de lumière et de réconfort, mais aussi les premières confrontations à la peur et à la violence. Elle écrit ainsi :

« Je ne savais pas que j’aimais mélanger les couleurs/ sauf celle de la mélasse de ma mère/ faire des cercles sur sa planète,/ et je vois le marron se glisser dans la couleur nue/ flotter avec ma cuillère sur le pain/ renverser des cercles fous sur le pain sec ! »

Jinan Khachouf, « Retour à la flûte » (page 43)

L’œuvre ne se contente pas de témoigner de la douleur individuelle. Elle s’élève également en un cri de protestation contre l’injustice et la souffrance collective, notamment celle vécue par les enfants de Gaza. Khachouf décrit avec une force saisissante la terreur qui marque les premiers pas d’un enfant dans une zone de conflit :

« Il m’a dit qu’elle s’appuyait sur un rebord lors de ses premiers pas pour se tenir debout, marchant à peine sur les rebords, lorsque le bruit des bombardements est devenu plus fort et qu’elle s’est enfuie dans ses bras. Son premier pas a été un pas de terreur ! »

Jinan Khachouf, « Retour à la flûte » (page 29)

Au-delà des thèmes de l’enfance et de la guerre, « Retour à la flûte » explore également la condition féminine et la complexité des relations amoureuses. Khachouf dénonce avec virulence la sexualisation du corps féminin et les clichés qui pèsent sur les femmes. Elle se présente elle-même comme une figure multiple et contradictoire, incarnant toutes les facettes de la féminité :

« Je suis le papillon pris entre la peur et l’effroi, entre la magie et la crainte, entre la sainteté, l’idiotie et la diabolisation. Je suis toutes les femmes en une seule. »

Jinan Khachouf, « Retour à la flûte » (page 145)

Composé d’une centaine de textes écrits en l’espace de cent jours, ce livre témoigne d’un défi personnel relevé par l’auteure. Un défi qui se traduit par une œuvre riche, dense et profondément émouvante, invitant le lecteur à un voyage au cœur de l’âme humaine.

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