Le rôle des pères dans la vie familiale et professionnelle est au cœur d’une réflexion lancée à Trente, en Italie, alors que les mentalités évoluent et que les pères s’impliquent de plus en plus dans l’éducation de leurs enfants. Un colloque organisé dans le cadre de la Fête de la famille explore les défis et les opportunités liés à un partage plus équitable des responsabilités parentales.
L’événement, qui s’est tenu au Château de Buonconsiglio, a réuni des experts et des responsables politiques pour discuter de l’impact de la paternité sur les carrières et les salaires, ainsi que des obstacles culturels qui freinent l’engagement des pères. Achille Spinelli, vice-président de la Province de Trente, a souligné l’importance de promouvoir une culture où la charge de l’éducation des enfants est véritablement partagée entre les deux parents.
« Cet événement vise avant tout à promouvoir le changement culturel », a déclaré M. Spinelli. « Le rôle des pères devient central, non seulement pour le Trentin, mais aussi pour notre pays et pour le monde entier. Il est temps de considérer la famille dans une perspective plus large, où le fardeau et la garde des enfants sont véritablement partagés. »
Selon Marie De Paola, professeure d’économie politique à l’Université de Calabre, l’âge moyen des pères à la naissance du premier enfant en Italie est de 36 ans, contre 32 ans pour les mères. Elle a également mis en évidence les disparités entre les hommes et les femmes en matière d’évolution de carrière après la naissance d’un enfant. « Les hommes, en général, peuvent compter sur des carrières qui se poursuivent de manière linéaire, tandis que pour de nombreuses femmes, les répercussions sont importantes, souvent avec la demande d’un travail à temps partiel ou même l’abandon du travail », a-t-elle expliqué. Cette situation contribue à creuser l’écart salarial entre les sexes.
Les chiffres révèlent un faible recours aux congés parentaux par les pères en Italie. Le congé de paternité obligatoire de 10 jours est utilisé dans 64 % des cas, tandis que le congé parental pour les hommes reste inférieur à 1 %. Au Trentin, l’écart d’activité entre les hommes et les femmes s’élève encore à 10 %, et 38 % des femmes travaillent à temps partiel, contre seulement 5 % des hommes, a précisé Stefania Terlizzi, directrice générale de l’agence pour l’emploi.
« C’est un paradigme qui doit changer », a insisté Mme Terlizzi. « La charge des soins ne peut pas incomber uniquement aux femmes, qui travaillent à temps plein jusqu’à 30 ans, mais voient souvent leurs conditions de travail évoluer avec la maternité. »
La Province de Trente s’engage à soutenir la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Outre l’extension des places en crèche grâce au Plan national de relance (Pnrr), le Conseil provincial a approuvé des mesures visant à réduire le coût des écoles maternelles en fonction de l’indice Icef et à instaurer un service d’intérêt économique général pour assurer des activités aux enfants pendant les mois d’été.
Marc Grau-Grau, professeur de politiques sociales et familiales à l’Université de Barcelone, a souligné l’importance de s’inspirer des modèles étrangers, comme l’Espagne, où les pères bénéficient de 16 semaines de congé contre seulement 10 jours en Italie. « Nous devons investir davantage pour inverser la tendance et tenter d’augmenter l’emploi des femmes », a-t-il déclaré.
Alessandra Minello, chercheuse en démographie à l’Université de Padoue, a souligné les raisons culturelles qui expliquent le faible recours aux congés parentaux par les pères, notamment la stigmatisation et la méconnaissance des opportunités offertes. « Tant qu’il n’y aura pas de choix institutionnels capables d’orienter le changement culturel, la situation aura du mal à évoluer », a-t-elle affirmé.
La Fête de la famille, conçue en collaboration avec l’Université de Trente et Tsm – École de Gestion du Trentin, vise à encourager un changement de mentalité et à promouvoir un partage plus équitable des responsabilités parentales, pour construire un avenir où la paternité est pleinement reconnue et valorisée.
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