L’essor actuel de l’économie américaine est alimenté par une vague d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA), mais cette croissance dissimule des faiblesses structurelles plus profondes, avertissent les analystes.
Des géants technologiques tels que Microsoft, Alphabet (Google), Meta Platforms et Amazon déploient des sommes colossales dans les centres de données, les serveurs, les équipements réseau et l’infrastructure nécessaire à l’IA. Bank of America prévoit une augmentation de 67 % des dépenses mondiales dans ce domaine d’ici 2025, suivie d’une hausse supplémentaire de 31 % en 2026, ce qui porterait les dépenses totales à 611 milliards de dollars (environ 567 milliards d’euros). Ce chiffre représente une révision à la hausse de 145 milliards de dollars (environ 135 milliards d’euros) en un seul mois, selon Investir.com.
Google a ainsi augmenté son budget d’investissement pour 2025 à 92 milliards de dollars (environ 85 milliards d’euros), tandis que Microsoft anticipe une croissance encore plus rapide pour 2026. Meta prévoit désormais des dépenses d’environ 100 milliards de dollars (environ 93 milliards d’euros) en 2026, et la capacité des centres de données d’Amazon devrait doubler d’ici 2027. Ces entreprises ne montrent aucun signe de ralentissement, même si l’intensité de ces investissements approche désormais 30 % de leur chiffre d’affaires, soit un niveau trois fois supérieur aux normes historiques.
Ces investissements, représentant environ 1,2 % du produit intérieur brut (PIB) américain pour 2025, masquent une croissance sous-jacente plus faible. Si l’on soustrait les dépenses liées à l’IA, la croissance économique réelle apparaît nettement moins robuste.
Cependant, cette dynamique de dépenses concentrée ne profite qu’à une poignée de grandes entreprises technologiques. Les analystes soulignent que les retombées économiques positives en termes de productivité ou de création d’emplois, en dehors du secteur technologique, restent limitées. La croissance des bénéfices attendue pour 2026 est très contrastée : les 493 entreprises les moins capitalisées affichent des prévisions négatives.
Par ailleurs, une part importante de ces investissements repose sur des équipements et des technologies importés, ce qui réduit l’impact multiplicateur sur l’économie nationale. De plus, au-delà du secteur technologique, les moteurs traditionnels de la croissance, tels que l’investissement résidentiel et les dépenses des entreprises, restent modérés.
« Pour stimuler la croissance américaine grâce à l’IA seule, il faudrait environ 1 000 milliards de dollars (environ 930 milliards d’euros) de dépenses liées à l’IA », note une analyse de Vanguard, soulignant l’ampleur des investissements nécessaires pour obtenir des résultats significatifs.
Les investisseurs doivent donc faire preuve de prudence. Si l’investissement dans l’infrastructure de l’IA offre des opportunités directes, notamment pour les fabricants de puces, les opérateurs de centres de données et les sociétés de services cloud, il est essentiel de diversifier les portefeuilles et de ne pas surexposer son capital aux actions technologiques à forte valorisation. Il est également crucial de surveiller de près les indicateurs de l’économie réelle et d’éviter de succomber à l’enthousiasme excessif autour de l’IA.
En résumé, le boom des investissements dans l’IA est réel, mais il ne doit pas masquer les fragilités structurelles de l’économie américaine. Une approche prudente et diversifiée est essentielle pour naviguer dans ce paysage économique complexe.