Publié le 22 novembre 2025 à 22h26. Le plan de paix proposé par Donald Trump pour l’Ukraine, impliquant des concessions territoriales à la Russie et une limitation des capacités militaires ukrainiennes, suscite une vive controverse et des critiques sévères, notamment au sein du Wall Street Journal.
- Donald Trump conditionne le soutien militaire et de renseignement américain à l’Ukraine à l’acceptation de son plan de paix.
- Le Wall Street Journal met en garde contre un accord qui affaiblirait l’Ukraine et augmenterait le risque d’une confrontation directe avec la Russie.
- L’Ukraine est confrontée à un dilemme crucial entre la préservation de sa dignité et le maintien d’un partenariat clé avec les États-Unis, sur fond de crise de corruption interne.
La proposition de Donald Trump, dévoilée jeudi, vise à mettre fin à près de quatre ans de conflit en Ukraine. Ce plan en 28 points exige de Kiev qu’elle cède des territoires à la Russie, réduise la taille de son armée à 600 000 hommes (contre environ 900 000 actuellement) et renonce à toute perspective d’adhésion à l’OTAN. En échange, Washington conditionne la poursuite de son aide militaire et de ses renseignements à l’Ukraine.
Le Wall Street Journal (WSJ) a publié samedi un éditorial virulent, dénonçant un accord qui, selon lui, « affaiblirait l’Ukraine, un allié combattant, et exposerait les États-Unis à un risque accru de confrontation directe avec la Russie ». Le journal, appartenant à Rupert Murdoch, qui avait initialement soutenu Trump, estime que cette nouvelle offre n’est qu’une version déguisée d’initiatives similaires proposées ces dernières années.
L’accord envisagé par l’ancien président américain accorderait à Vladimir Poutine le contrôle de l’ensemble du Donbass oriental, y compris les territoires actuellement contestés par Kiev. De plus, l’Ukraine devrait renoncer à son ambition d’intégrer l’alliance défensive occidentale que constitue l’OTAN, et les États-Unis reconnaîtraient l’annexion russe de la Crimée, saisie par la force en 2014.
Volodimir Zelensky a qualifié la situation d’« un des moments les plus difficiles de notre histoire ». Il se trouve face à un choix cornélien : accepter un accord qu’il juge inacceptable ou risquer de perdre le soutien crucial des États-Unis. Cette pression s’ajoute à une période de fragilité interne, marquée par un scandale de corruption qui a conduit à la destitution de deux ministres. La crise de corruption à Kyiv a même suscité des critiques de la part de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, proche du Kremlin, qui a mis en doute l’efficacité de l’aide européenne à l’Ukraine, la qualifiant de financement d’une « mafia de guerre ukrainienne corrompue ».
Le Wall Street Journal s’interroge sur la crédibilité d’un plan soutenu par la Russie, soulignant que « une promesse formelle ne signifie pas que Poutine a abandonné ses projets de contrôle de l’Ukraine ». Le journal rappelle que le rêve de reconstituer une « Grande Russie » en étendant ses frontières vers l’Est constitue une « mission idéologique et historique » profondément ancrée dans l’héritage de Vladimir Poutine.
Le journal nord-américain met également en évidence le passé de non-respect des accords par le président russe. Le sénateur Roger Wicker a déclaré cette année :
« Si Vladimir Poutine respecte un cessez-le-feu ou un traité de paix avec l’Ukraine, ce sera la première fois dans l’histoire. »
Roger Wicker, sénateur américain
La stratégie de Poutine est décrite par le WSJ comme une tactique consistant à « défier les lignes rouges et sonder la volonté de ses adversaires ». Selon le journal, le plan en 28 points offre au Kremlin un terrain favorable qui lui permettrait de se diriger directement vers Kiev une fois réarmé et prêt.
Le Wall Street Journal exprime également des doutes quant à la fiabilité de Trump en matière d’engagements internationaux, se demandant s’il est crédible de penser qu’un président qui a hésité à sanctionner la Chine pour son soutien à la Russie prendrait le risque d’une guerre pour défendre Kiev.
D’autres aspects du plan suscitent des interrogations, comme la réintégration de la Russie dans l’économie mondiale, notamment au sein du G7 (qui redeviendrait alors le G8). Le journal souligne qu’une telle décision reviendrait à intégrer une « dictature » au sein d’un groupe de nations démocratiques. De même, un éventuel « accord de coopération économique à long terme » entre Washington et Moscou, notamment en matière d’intelligence artificielle, est perçu avec suspicion, le WSJ ironisant sur la possibilité que Trump « supprime les intermédiaires et cède directement l’avantage technologique américain à la Chine ».
Le journal critique également le fait que Trump ait élaboré ce plan sans consulter ses alliés européens, alors qu’il affirmait que la guerre en Ukraine était principalement un problème européen. Il estime que la résistance des alliés européens et du Congrès américain pourrait être le seul moyen de dissuader Trump d’un apaisement qu’il pourrait regretter par la suite.
Le Wall Street Journal prédit que si le plan aboutit et que l’Ukraine et la Russie l’acceptent, cet apaisement de la fureur guerrière de Poutine « hantera Trump pour le reste de sa présidence ». Le journal conclut :
« Si Trump pense que les électeurs américains détestent la guerre, attendez qu’il découvre à quel point ils détestent la honte. »
The Wall Street Journal
Enfin, le journal nord-américain met en garde contre les risques d’une crise accrue dans le Pacifique si un mauvais accord est conclu en Ukraine, car cela encouragerait les ennemis de l’Amérique à poursuivre leurs objectifs par la force et le chantage.
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