Home MondeLa COP30 se termine sans accord sur l’élimination des combustibles fossiles

La COP30 se termine sans accord sur l’élimination des combustibles fossiles

by Clara Dubois

Publié le 24 novembre 2025 03:16:00. Le sommet climatique de Belém s’est achevé sur une note amère, sans engagements contraignants sur la réduction des combustibles fossiles, laissant les pays les plus vulnérables face aux conséquences du réchauffement climatique et fragilisant le processus multilatéral.

  • La COP30, qui se tenait en Amazonie, n’a pas abouti à des promesses concrètes en matière de protection des forêts, de suppression progressive des énergies fossiles ou de financement pour les nations les plus touchées.
  • Une rencontre discrète entre les États-Unis et l’Arabie saoudite avant la clôture du sommet aurait scellé le sort du communiqué final, en supprimant toute mention des énergies fossiles.
  • L’absence de représentation officielle de la Maison Blanche à Belém a été perçue comme un facteur négatif influençant l’issue de la conférence.

L’optimisme initial qui régnait au cœur de l’Amazonie s’est dissipé au fur et à mesure des négociations. Ce qui avait commencé sous la présidence brésilienne avec des perspectives encourageantes s’est soldé par une profonde déception, voire, pour certains, par un recul du processus multilatéral sur le climat. Le professeur John Sweeney, climatologue émérite à l’Université de Maynooth en Irlande, résume l’état d’esprit général :

« C’était ma quinzième COP, et celle-ci a suivi des lignes très prévisibles. »

Professeur John Sweeney, climatologue émérite de l’Université de Maynooth en Irlande

Il souligne que la conclusion de cette année est marquée non pas tant par les frustrations habituelles que par l’effondrement d’ambitions qui semblaient enfin à portée de main.

Le Brésil avait mis en place des bases solides avant le sommet, en choisissant l’Amazonie comme lieu de conférence, un symbole fort et une urgence que le monde ne pouvait ignorer. La présidence espérait obtenir des engagements clairs sur la protection des forêts, l’élimination progressive des combustibles fossiles et le financement des nations vulnérables. Or, malgré des négociations prolongées jusque tard dans la nuit et pendant le week-end, le texte final s’est avéré dépourvu de ces éléments essentiels.

Selon le professeur Sweeney,

« Le grand gagnant est à Washington. »

Professeur John Sweeney, climatologue émérite de l’Université de Maynooth en Irlande

Une rencontre entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, quelques jours avant la plénière finale, aurait en réalité décidé du sort du communiqué : toute référence aux énergies fossiles a été supprimée. Pour la grande majorité des pays qui réclamaient un discours clair sur les causes profondes du changement climatique, il s’agit d’une défaite amère.

L’absence d’une délégation américaine officielle à Belém, une première en trente ans de COP de l’ONU, a également eu un impact négatif sur les résultats de la conférence. Parallèlement, le site de la conférence a été confronté à des réalités décevantes, liées au climat, telles que des inondations, des fuites et même des incendies – autant d’interruptions symboliques qui n’ont pas échappé aux observateurs.

Au cœur de l’impasse se trouve la règle de l’unanimité qui régit les COP, critiquée depuis longtemps.

« Chaque année, un ou deux pays peuvent rançonner le monde entier. »

Professeur John Sweeney, climatologue émérite de l’Université de Maynooth en Irlande

Les tentatives de réforme procédurale – vote pondéré, modèles de représentation minoritaire – sont régulièrement discutées, mais toujours rejetées par les pays qui bénéficient de cette paralysie.

Les États producteurs de pétrole ne montrent aucun signe de changement de cap.

« Tant que les flux de revenus continueront, ils ne changeront pas. »

Professeur John Sweeney, climatologue émérite de l’Université de Maynooth en Irlande

Même les plus grands émetteurs en développement – l’Inde et l’Indonésie – restent déterminés à s’industrialiser en suivant les mêmes voies basées sur les combustibles fossiles que les nations riches ont empruntées autrefois. La question est de savoir à quel moment un tel intérêt personnel deviendra incompatible avec la survie mondiale.

Malgré la frustration, le processus se poursuit. Selon le professeur Sweeney, la COP reste l’une des rares plateformes où les plus petits pays peuvent s’adresser aux plus grands sur un pied d’égalité, un espace vital pour ceux qui sont déjà confrontés à la montée des eaux, aux mauvaises récoltes et à l’intensification des tempêtes. Cependant, dans sa structure actuelle, la COP ne permettra pas de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C (l’objectif fixé par l’Accord de Paris). La priorité est désormais de limiter le dépassement de ce seuil, de revenir en dessous et d’éviter de glisser vers 2°C, où les souffrances et les événements extrêmes augmenteraient de façon exponentielle.

Le professeur Sweeney entrevoit néanmoins une lueur d’espoir dans la croissance rapide des énergies renouvelables et dans l’éveil moral des citoyens. Ces facteurs pourraient encore faire pression sur les dirigeants politiques, dont la vision est souvent restreinte par les cycles électoraux et les intérêts particuliers.

La COP30 ne restera pas dans les mémoires comme un tournant, ni comme la réunion qui a tracé la voie vers un avenir durable. Elle sera plutôt perçue comme une occasion manquée, marquée par des promesses non tenues et des objectifs inatteints. Pourtant, comme le rappelle le professeur Sweeney, le travail continue, non pas parce que le processus est parfait, mais parce que les nations les plus vulnérables du monde ont besoin d’un endroit où leur voix puisse encore être entendue. Et dans ce rassemblement fragile et imparfait de nations, il subsiste, même faiblement, la possibilité d’un espoir commun.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.