Publié le 24 novembre 2023 20:58:00. Des tensions sectaires ont éclaté à Homs, en Syrie, après le meurtre d’un couple sunnite, ravivant les craintes de nouvelles violences intercommunautaires dans un pays déjà fragilisé par plus de dix ans de conflit.
- Des affrontements ont opposé des membres d’un clan sunnite au quartier alaouite d’Al-Muhajireen, faisant au moins 20 blessés du côté alaouite selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
- Les autorités syriennes ont arrêté une centaine de suspects et affirment que le meurtre initial était un acte criminel isolé, bien que des éléments aient été ajoutés pour donner une apparence sectaire.
- L’incident intervient dans un contexte de montée des tensions sectaires en Syrie, après des violences similaires sur la côte syrienne et à Suwayda.
La ville de Homs, troisième plus grande ville de Syrie, est en état de tension après des affrontements déclenchés par le meurtre d’un homme et de sa femme, identifiés comme appartenant à un clan bédouin sunnite, dans leur domicile à Zaidal, au sud de Homs. Selon les premiers éléments de l’enquête, le corps de la femme a été incendié et des inscriptions à caractère sectaire ont été découvertes sur les lieux du crime.
Dès la diffusion de la nouvelle, des dizaines de membres du clan de la victime présumée ont pris d’assaut le quartier à majorité alaouite d’Al-Muhajireen. Des vidéos diffusées par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et d’autres organisations de surveillance montrent des individus tirant dans les rues et des véhicules ainsi que des habitations en flammes.
Le Conseil islamique suprême alaouite en Syrie et dans la diaspora a fait état d’au moins deux morts et dix blessés, appelant la communauté internationale à intervenir pour protéger les civils alaouites. Cependant, Rami Abdel Rahman, directeur de l’OSDH, a nuancé ce bilan, affirmant que les affrontements avaient fait une vingtaine de blessés parmi la communauté alaouite, dont deux dans un état grave, mais qu’il n’y avait pas eu de décès confirmés.
Les autorités syriennes ont réagi en déployant des forces de sécurité et en imposant un couvre-feu dans plusieurs quartiers de Homs. Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé l’arrestation d’environ 120 suspects et a déclaré que l’enquête préliminaire suggérait que le meurtre était un acte criminel, l’auteur ayant tenté de masquer ses motivations en laissant des messages à connotation sectaire sur les lieux du crime.
« La situation est actuellement calme, mais elle pourrait exploser à tout moment »
Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme
Cet incident ravive les craintes d’une escalade de la violence sectaire en Syrie, après les massacres de civils alaouites sur la côte syrienne en mars dernier et les affrontements à Suwayda en juillet, qui avaient fait des centaines de morts. Selon la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Syrie, environ 1 400 civils alaouites ont été tués dans des actes de violence impliquant des groupes armés et des éléments gouvernementaux. L’OSDH estime ce bilan à plus de 1 500 morts.
Rami Abdel Rahman souligne une campagne d’incitation à la haine menée par certains religieux, dont certains ont été élus à la nouvelle Assemblée du peuple syrien, sans que les autorités n’interviennent. Il craint que cela ne donne le sentiment à la communauté alaouite et à d’autres minorités que l’État n’est pas en mesure de les protéger, et que les violences passées puissent se reproduire.
Homs, ville à la population diverse composée de musulmans sunnites et chiites, d’alaouites et de chrétiens, avait connu des tensions après la chute de Bachar al-Assad en décembre dernier, mais la situation s’était globalement stabilisée depuis.