Publié le 24 octobre 2024 10:30:00. Une maman de deux enfants témoigne d’un changement radical : l’indifférence, voire le soulagement, face à la vue de nouveau-nés, une étape inattendue après des années d’attirance et d’empathie.
Il y a quelques mois encore, le simple regard d’un bébé déclenchait en moi une réaction viscérale, une sorte de frémissement intérieur. Aujourd’hui, cette sensation a disparu, remplacée par un sentiment de compassion et, surtout, de soulagement d’en avoir terminé avec cette phase de la vie.
Ce basculement s’est opéré progressivement, presque imperceptiblement. Après avoir vécu les défis des premiers mois avec mes deux enfants, les nuits blanches, les tétées incessantes, les coliques, j’ai atteint un point de saturation. Je me souviens encore de ces moments où, assise dans un café branché, observant un jeune couple aux prises avec un nouveau-né, je ressentais non pas l’envie, mais une profonde empathie pour leurs épreuves.
La réalité des nouveau-nés, autrefois idéalisée, s’est révélée être un travail acharné, un investissement émotionnel et physique colossal. Un travail non rémunéré, épuisant, qui vole le sommeil et met à rude épreuve le corps. Voir un parent lutter pour transformer un siège auto en poussette ne suscite plus chez moi le désir de revivre cette expérience, mais plutôt un sentiment de gratitude d’en être sortie.
Ce sentiment est d’autant plus fort que personne ne vous prépare réellement à cette transformation. On vous alerte sur les difficultés pratiques – les couches, les biberons, les pleurs – mais on ne vous dit pas qu’un jour, la vue d’un nouveau-né ne provoquera plus cette vague d’émotion, ce lien direct avec votre cœur.
« Bien entendu, les nouveau-nés constituent la plus grande bénédiction. Nous le savons, mais vous ne pourriez pas me faire revenir à ces premiers mois pour toute la poudre bronzante de Brown Thomas. »
Assise seule, profitant d’un moment de calme pendant ma pause déjeuner, j’ai senti mon ancien moi me murmurer : « Nous en avons fini. Nous avons fait notre part. Qu’ils aient leur tour. » C’est une pensée libératrice, presque égoïste, mais profondément honnête.
La pandémie de Covid-19 a peut-être contribué à cette distance émotionnelle, rendant mes premiers mois de maternité flous et moins marquants. Mais c’est avec l’arrivée de mon deuxième enfant que le changement s’est réellement produit. Les nouveau-nés sont toujours adorables, mais ils représentent désormais avant tout une charge de travail supplémentaire.
Aujourd’hui, face à un nouveau-né, ma réaction est comparable à celle que j’éprouve en voyant quelqu’un s’engager dans une thèse de doctorat : « Chapeau, mais ce n’est pas pour moi. » Je souris gentiment au bébé, et encore plus aux parents, consciente des épreuves qui les attendent. Je leur souhaite silencieusement bonne chance, car c’est leur chapitre, pas le mien.
J’ai survécu à la « guerre des nouveau-nés », j’ai accompli mon « devoir militaire maternel », et je suis prête à laisser les jeunes parents prendre le relais. Deux enfants, c’est suffisant. Mon utérus est en vacances, mon cœur est plein, mes mains sont libres (si la garde d’enfants le permet) et je peux enfin profiter d’un brunch en solo.