Publié le 24 septembre 2025. De l’Indonésie au Népal, une nouvelle vague de contestations en Asie du Sud-Est et du Sud est portée par une jeunesse connectée, qui utilise les réseaux sociaux et une culture numérique partagée pour exprimer son mécontentement et revendiquer un changement politique.
- Un mouvement de solidarité transfrontalier, #SEAblings, a émergé suite à la mort d’un livreur à moto en Indonésie, illustrant la puissance des réseaux sociaux pour mobiliser l’opinion publique.
- Les jeunes manifestants s’appuient sur des références culturelles variées, de l’anime à la K-pop, pour diffuser leurs messages et créer un sentiment d’unité.
- Si ces mouvements numériques facilitent l’engagement, ils sont souvent confrontés à des défis de leadership et de cohérence interne.
La mort d’un livreur à moto, heurté par un véhicule de police en août 2025 en Indonésie, a déclenché une vague d’indignation qui a rapidement dépassé les frontières nationales. La vidéo de l’incident est devenue virale, donnant naissance au hashtag #SEAblings – un terme affectueux désignant les pays d’Asie du Sud-Est. Ce hashtag s’est transformé en un véritable mouvement de solidarité en ligne, soutenant les livreurs à moto (ojol en indonésien) et les manifestants indonésiens.
Ce phénomène illustre la capacité des réseaux sociaux à faciliter la communication, l’organisation et la diffusion rapide d’informations, d’images et de vidéos qui suscitent des émotions et mobilisent les populations autour de causes et de campagnes politiques. Mais l’Indonésie n’est pas un cas isolé. Les jeunes activistes de la région s’approprient de plus en plus les outils numériques et les codes culturels pour exprimer leur mécontentement et revendiquer un changement.
Un exemple frappant est l’utilisation du drapeau du “Jolly Roger” de l’anime One Piece lors des manifestations indonésiennes de début 2025. Ce symbole, largement diffusé par les étudiants et les chauffeurs de camion, a ensuite fait son apparition lors de protestations similaires au Népal, aux Philippines et dans d’autres pays. Cette appropriation culturelle témoigne de la capacité des mouvements de protestation à s’inspirer les uns des autres et à transcender les frontières nationales.
D’autres symboles de solidarité transnationale ont également émergé ces dernières années. Le salut à trois doigts, popularisé par la série Les Jeux de la faim, a été utilisé par les manifestants en Birmanie pour dénoncer le régime militaire. L’Alliance du thé au lait, née d’un hashtag utilisé par les internautes de Taïwan, de Thaïlande et de Hong Kong lors des manifestations pro-démocratie de 2020, s’est étendue à d’autres pays, diffusant des conseils pratiques sur la manière de se protéger contre les forces de l’ordre.
Ces interactions en ligne mettent en évidence la créativité et la résilience de la jeunesse asiatique, ainsi qu’un sentiment croissant de lutte partagée au-delà des frontières. En 2022, des militants sri lankais ont utilisé divers outils en ligne, notamment le “bombardement d’avis” sur Google Maps, pour exprimer leur opposition au gouvernement. Au Népal, de jeunes activistes ont organisé des réunions virtuelles sur Discord pour discuter des questions post-manifestations et ont même élu leur chef par intérim via la plateforme.
Cependant, ces mouvements portés par les jeunes ne sont pas sans défis. L’absence de hiérarchie formelle et la coopération numérique croissante facilitent l’engagement, mais peuvent également entraîner un manque de cohérence et de vision politique commune. Au Népal, par exemple, la participation de Soudan Gurung, fondateur de l’organisation Hami Nepal, aux négociations gouvernementales a suscité l’opposition d’autres groupes de la génération Z, qui remettaient en question sa légitimité et avaient des exigences différentes.
De plus, les campagnes en ligne, bien que puissantes pour mobiliser rapidement, peuvent perdre de leur élan à mesure que l’attention des internautes se déplace. Elles se limitent parfois à de brefs moments de solidarité sans impact durable.
Malgré ces difficultés, les mouvements de protestation en Asie du Sud et du Sud-Est ont démontré la capacité de la jeunesse à remettre en question les structures de pouvoir établies. Des échanges transnationaux plus profonds et plus soutenus, facilités par les universités, les ONG, les syndicats et les collectifs informels, pourraient favoriser de nouvelles identités régionales et renforcer la résilience et l’innovation de ces mouvements. L’Alliance du thé au lait, qui a débuté comme une campagne en ligne, s’est transformée en une plateforme d’incubation pour des initiatives similaires, illustrant le potentiel de transformation de ces réseaux.
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Biographie de l’auteur
Adhiraaj Anand est doctorant à l’Institut allemand d’études mondiales et régionales (GIGA). Leur travail se concentre sur les mouvements sociaux et l’activisme transnational en Asie. Crédit image : Unsplash/Refhad.
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