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[Chronique]Défense de l’Ukraine : l’atout de l’Europe demeure – Laurent – Bloomberg

by Clara Dubois

Publié le 26 novembre 2025 18h30. L’Europe se retrouve dans une position délicate face aux initiatives de paix pour l’Ukraine, orchestrées principalement par les États-Unis et la Russie, et doit affirmer sa capacité à définir ses propres termes pour un règlement durable.

  • Le commissaire européen à la Défense, Jan Kubilius, a critiqué un plan de paix américano-russe, le jugeant inacceptable et soulignant le manque d’initiative européenne.
  • Un article du plan de paix, concernant l’utilisation des avoirs russes gelés pour la reconstruction de l’Ukraine, suscite l’inquiétude en Europe, perçue comme une tentative de Washington et Moscou de prendre le contrôle de la situation.
  • L’Europe dispose néanmoins d’atouts, notamment son poids économique, pour influencer le processus et garantir ses intérêts.

La guerre en Ukraine continue de susciter des tensions diplomatiques, et l’annonce d’un plan de paix négocié en dehors du continent européen a provoqué une vive réaction à Bruxelles. Jan Kubilius, commissaire européen chargé de la Défense, n’a pas hésité à qualifier ce projet d’« inacceptable », exprimant sa frustration face à la dépendance de l’Europe vis-à-vis des initiatives américaines.

« J’en ai assez de toujours discuter des projets américains. Il vaudrait mieux élaborer nos propres plans. »

Jan Kubilius, commissaire européen à la Défense

Le plan initial, présenté par l’administration Trump, comportait 28 points et était considéré comme particulièrement défavorable à l’Ukraine. Bien qu’il ait été réduit à 19 points suite aux objections du président français Emmanuel Macron et du Premier ministre britannique Keir Starmer, la menace d’une paix imposée, pénalisant Kiev et imposant des coûts à l’Europe, demeure. L’Ukraine, confrontée à des difficultés financières prévisibles dès février prochain, et selon Donald Trump, dépourvue de « véritables atouts », se retrouve dans une situation précaire.

Un point particulièrement sensible du plan de paix, l’article 14, prévoyait que les États-Unis et la Russie se partagent une part significative des 300 milliards de dollars (environ 46 900 milliards de yens) d’actifs russes gelés, afin de financer la reconstruction de l’Ukraine. Cette proposition, bien que semble-t-il retirée depuis, a été perçue par l’Europe comme une tentative de priver le continent de son principal levier d’influence. Washington y voyait une occasion de revendiquer un succès, tandis que Moscou y voyait un moyen de couper l’aide financière à Kiev. La réaction européenne a été marquée par le choc, la colère et la protestation.

Malgré ces difficultés, l’Europe dispose de ressources considérables. Avec un produit intérieur brut (PIB) dix fois supérieur à celui de la Russie, elle a les moyens d’agir. La question de l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine reste toutefois délicate. Euroclear, l’établissement belge qui détient la majeure partie de ces fonds, s’inquiète de sa propre stabilité financière. Agathe Desmarais, du Conseil européen des relations étrangères, souligne qu’une hésitation persistante laisserait aux États-Unis la possibilité d’exercer des pressions sur l’Europe.

« Des hésitations persistantes laisseraient aux États-Unis la possibilité de faire pression sur l’Europe. »

Agathe Desmarais, Conseil européen des relations étrangères

Un leadership fort, notamment de l’Allemagne et de la France, qui s’apprêtent à livrer d’importants systèmes d’armes à l’Ukraine, est indispensable. L’Europe est déjà le principal contributeur financier à l’effort de guerre ukrainien, contrairement aux affirmations de Donald Trump.

Selon les estimations de Bloomberg Economics, la reconstruction de l’Ukraine nécessitera environ 230 milliards de dollars. Parallèlement, l’Europe doit renforcer ses propres capacités de défense face à la ligne dure du président russe Vladimir Poutine. La solidarité continentale est essentielle pour atteindre l’autonomie stratégique dans un monde potentiellement dominé par un retour de Donald Trump. Les responsables de la banque centrale de la zone euro ont d’ailleurs préconisé une augmentation de la dette commune pour financer les dépenses militaires.

Le dégel des avoirs russes, combiné à d’autres mesures financières, souligne le lien indissociable entre le destin de l’Ukraine et les intérêts stratégiques de l’Europe. Cependant, il est illusoire de penser qu’un accord de paix sera conclu rapidement. Des concessions territoriales et une réduction de la présence militaire ukrainienne seront inévitables. L’adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) reste également un objectif difficile à atteindre. Le renforcement de la lutte contre la corruption sera également crucial.

Alors que la Russie est confrontée à des pressions économiques croissantes, notamment en raison des sanctions affectant ses revenus pétroliers, l’Europe doit résister à des accords qui ressembleraient davantage à une « capitulation amère » qu’à une véritable paix. L’avenir de l’Europe continentale ne peut être décidé à Miami, loin des centres de pouvoir européens.

Article original de Lionel Laurent sur Bloomberg Opinion

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