Home AffairesExtension de garantie et protection supplémentaire : pourquoi vous devriez refuser de telles offres

Extension de garantie et protection supplémentaire : pourquoi vous devriez refuser de telles offres

by Amélie Bernard

Publié le 28 novembre 2025 à 16h11. Les assurances et les garanties prolongées vendues avec les appareils électroniques sont souvent inutiles pour le consommateur, mais constituent une source de revenus considérable pour les distributeurs et les assureurs, avertit l’expert Kishor Sridhar.

  • Les assurances et garanties prolongées représentent un marché lucratif pour les distributeurs d’électronique.
  • Ces assurances ne protègent généralement pas l’acheteur, mais les marges des détaillants et des assureurs.
  • L’Association des assurés (BdV) qualifie ces assurances d'”absurdes” et de “mauvaises affaires”.

L’achat d’un nouveau smartphone, ordinateur portable ou téléviseur s’accompagne fréquemment d’une proposition d’assurance matérielle ou de garantie prolongée. Les distributeurs mettent en avant le risque de perte totale en cas de panne, mais selon l’expert Kishor Sridhar, ces polices sont rarement avantageuses pour le client. Le Centre des consommateurs de Hambourg va même jusqu’à les qualifier d’assurances « superflues », voire « absurdes ».

Pour les distributeurs d’électronique, ces assurances constituent une activité à plusieurs milliards d’euros. MediaMarkt et Saturn ont d’ailleurs prolongé leur partenariat exclusif avec Zurich Group Allemagne jusqu’en 2035, incluant des extensions de garantie et des produits « PlusProtection » pour l’électronique grand public et les appareils électroménagers.

Une étude de la Stiftung Warentest a révélé que ces assurances complémentaires peuvent coûter jusqu’à 35 % du prix d’achat de l’appareil. Ainsi, pour un téléviseur à 1 000 euros, l’assurance peut représenter un coût supplémentaire de 200 à 300 euros, sans garantie réelle de remboursement en cas de problème.

Selon le site Conseil financier, une assurance pour smartphone d’une valeur de 1 000 euros coûte en moyenne 100 euros par an, avec une franchise d’environ 10 % du prix d’achat en cas de sinistre. Sur une période de deux à trois ans, le coût total peut atteindre 250 à 300 euros, alors que la valeur marchande de l’appareil diminue considérablement.

Un exemple concret cité par le centre de conseil aux consommateurs de Hambourg illustre l’absurdité de ces assurances : un client a payé plus de 800 euros de primes sur neuf ans pour une assurance d’une machine à laver initialement vendue 199 euros. Le centre de conseil aux consommateurs a résumé son évaluation dans un avertissement clair :

« La plupart des assurances d’équipement sont coûteuses et inutiles. Le centre de conseil aux consommateurs déconseille de souscrire un contrat. »

Centre des consommateurs de Hambourg

Bianca Boss, porte-parole de l’Association des assurés (BdV), estime que ces polices sont « au mieux des idées commerciales ingénieuses » qui génèrent des revenus supplémentaires pour les assureurs et les distributeurs.

Les conditions générales de ces assurances sont souvent peu favorables au consommateur. Elles ne remboursent généralement pas le prix d’achat, mais uniquement la « valeur actuelle » de l’appareil au moment du sinistre, qui diminue rapidement, notamment pour les smartphones. De plus, certaines assurances imposent une durée minimale de deux ou trois ans, même si les nouvelles réglementations permettent désormais de résilier plus facilement après la première année.

Les marges bénéficiaires pour les distributeurs sont considérables. Pour un ordinateur portable à 1 000 euros, une assurance appareil peut coûter environ 250 euros, dont 150 à 175 euros de bénéfice pur pour le revendeur. Ainsi, sur 100 ventes d’ordinateurs portables, le revendeur peut générer 3 000 euros de revenus supplémentaires grâce aux assurances, sans avoir à vendre l’appareil lui-même.

La vente de ces assurances est souvent orchestrée de manière à jouer sur les émotions du client. Après avoir effectué un achat important, le client est plus susceptible d’accepter une proposition d’assurance, notamment en entendant des phrases telles que : « Imaginez si vous laissiez tomber l’appareil demain et que tout aurait disparu ». De plus, le coût de l’assurance est souvent présenté de manière à minimiser son impact, par exemple en annonçant un montant mensuel plutôt que le coût total sur plusieurs années.

Cependant, une assurance appareil peut être utile dans certains cas, notamment pour les appareils coûteux ou pour les personnes qui voyagent fréquemment. Mais dans la plupart des situations, la garantie légale de deux ans est suffisante. Si un appareil est défectueux, le vendeur est tenu de le réparer ou de le remplacer.

Une alternative judicieuse consiste à constituer une « assurance » personnelle en épargnant régulièrement une somme d’argent sur un compte dédié. Cela permet de se constituer une réserve financière pour faire face à d’éventuelles réparations ou remplacements, et peut s’avérer plus économique à long terme. En fin de compte, c’est le manque de discipline en matière d’épargne qui permet aux distributeurs et aux assureurs de réaliser des profits importants grâce à ces assurances.

Kishor Sridhar est un consultant, conférencier et auteur spécialisé dans la gestion du changement, le leadership et la numérisation. Il accompagne les dirigeants dans leurs processus de transformation et enseigne à l’ISM de Munich. Il fait partie du Cercle des experts de Focus. Le contenu représente son opinion personnelle basée sur son expertise individuelle.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.