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Le Pérou déploie des militaires à la frontière avec le Chili

by Clara Dubois

Publié le 29 novembre 2024 à 13h03. Le gouvernement péruvien a décrété l’état d’urgence dans trois districts de la région de Tacna, à la frontière avec le Chili, afin de lutter contre l’immigration irrégulière et les activités criminelles associées, une mesure qui suscite des tensions et des inquiétudes humanitaires de part et d’autre de la frontière.

  • L’état d’urgence, qui durera 60 jours, autorise le déploiement de militaires, la restriction des libertés de mouvement et de réunion, et le renforcement des contrôles par la police et l’armée.
  • Le gouvernement péruvien justifie cette décision par une pression migratoire croissante et une augmentation des délits liés à la traite des êtres humains et au trafic.
  • La mesure a entraîné une concentration de migrants cherchant à quitter le Chili et des blocages routiers, suscitant des inquiétudes au Chili quant à une potentielle crise humanitaire.

Face à une situation d’insécurité grandissante et à un afflux important de migrants, le gouvernement péruvien a pris des mesures drastiques à sa frontière avec le Chili. Vendredi soir, un décret a été publié déclarant l’état d’urgence pour une période de 60 jours dans les districts de Palca, Tacna et La Yarada-Los Palos, situés dans la région de Tacna. Cette décision vise à endiguer l’entrée irrégulière de migrants et à combattre les activités criminelles qui y sont liées, notamment la traite des êtres humains et le trafic.

José Jerí, le président par intérim du Pérou, a annoncé que le déploiement de soldats aux frontières s’accompagnera de restrictions à la liberté de mouvement et de réunion. La police et les forces armées bénéficieront de pouvoirs accrus pour renforcer le contrôle territorial et mener des opérations dans la zone concernée. Le décret prévoit également des patrouilles permanentes, la fermeture et la surveillance armée des passages illégaux, l’utilisation de drones pour la surveillance, et la création d’un commandement spécial ainsi que de comités de renseignement et de surveillance.

Les autorités péruviennes seront habilitées à effectuer des contrôles d’identité, des perquisitions dans les domiciles et sur les routes frontalières, et à coordonner les expulsions. Le gouvernement insiste sur le fait que ces mesures seront appliquées dans le respect des normes du droit international. Sur le réseau social X, Jerí a déclaré : « Aujourd’hui, avant minuit, l’état d’urgence à Tacna sera approuvé, publié et mis en vigueur pour renforcer la sécurité à nos frontières. Ce sera la première de nos frontières à être déclarée d’urgence pour des raisons de migration irrégulière et de sécurité des citoyens. »

Le ministre de l’Intérieur, Vicente Tiburcio, s’est rendu à Tacna pour annoncer que 100 soldats supplémentaires seront déployés pour assurer la protection de la frontière. « Nous déclarons l’état d’urgence pour 60 jours dans toute la zone frontalière… Nous aurons 100 militaires pour effectuer notre contrôle des frontières », a-t-il précisé.

Avant même la mise en œuvre complète du déploiement militaire, les autorités péruviennes avaient déjà renforcé les contrôles, notamment à la frontière avec le nord du Chili. Cette situation a exacerbé les tensions, incitant le gouvernement chilien à intensifier les dialogues diplomatiques afin d’éviter une nouvelle crise humanitaire. Arturo Valverde, chef de la police de Tacna, a indiqué que les autorités régionales et policières se sont réunies en raison de l’augmentation du nombre de migrants irréguliers tentant d’entrer au Pérou, et ont renforcé les patrouilles et les effectifs aux dix postes frontières le long des 169 kilomètres de frontière.

Du côté chilien, le ministre de la Sécurité publique, Luis Cordero, a souligné qu’une concentration de migrants cherchant à quitter le pays s’était formée, confrontés à des difficultés pour entrer au Pérou. Il a déclaré lors d’une conférence de presse à Santiago : « Au vu des événements qui se déroulent actuellement, cette conversation reste active entre les deux ministères des Affaires étrangères. »

Ces tensions frontalières surviennent dans un contexte politique incertain au Chili, à l’approche du second tour de l’élection présidentielle du 14 décembre, où José Antonio Kast, candidat d’extrême droite, est donné favori. Kast a promis une politique ferme contre l’immigration irrégulière et a menacé d’expulser tous les migrants sans papiers une fois au pouvoir. Il a lancé un avertissement sur X : « Je dis aux immigrants irréguliers au Chili qu’il vous reste 103 jours pour quitter volontairement notre patrie. »

Depuis jeudi soir, les villes frontalières chiliennes, comme le complexe de Chacalluta, ont vu une augmentation du nombre de personnes cherchant à quitter le pays, se retrouvant bloquées faute de documents de voyage valides. Des manifestations ont éclaté vendredi après-midi lorsque certains migrants ont bloqué des routes en signe de protestation, nécessitant l’intervention des carabiniers chiliens. Cordero a précisé que les forces de l’ordre cherchaient à dialoguer et, en cas d’échec, à procéder à des expulsions.

Le gouvernement chilien assure surveiller quotidiennement la situation à ses frontières et se déclarer prêt à faire face à toute éventualité. Il maintient également un « dialogue diplomatique et de gestion actif » avec le Pérou afin d’éviter une crise humanitaire similaire à celle survenue en mai 2023. L’objectif principal reste d’éviter une nouvelle crise humanitaire dans la région.

Malgré la concentration de personnes, le flux des dépenses reste « relativement normal », selon Cordero, qui insiste sur la nécessité d’une « coopération entre les pays frontaliers » pour gérer efficacement la situation. Le ministre chilien des Affaires étrangères, Álvaro Elizalde, n’a pas prévu de réunion d’urgence pour l’instant, mais son homologue péruvien, Hugo de Zela, a annoncé la création d’un comité binational qui devrait être lancé lundi, dans le but de trouver des solutions par la coopération.

Le Chili est devenu ces dernières années un important pays d’accueil pour les migrants en Amérique latine, notamment en provenance du Venezuela. La population migrante est passée de 0,8 % en 1992 à 8,8 % aujourd’hui, selon les données du recensement de 2024, dont 41,6 % sont des Vénézuéliens. Le flux migratoire incontrôlé est devenu un enjeu majeur de la campagne présidentielle, de nombreux Chiliens associant l’arrivée massive d’étrangers à une augmentation de la criminalité.

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