Home SantéDes chercheurs suggèrent que les hormones du stress expliquent comment l’obésité provoque le diabète

Des chercheurs suggèrent que les hormones du stress expliquent comment l’obésité provoque le diabète

by Sophie Martin

Le stress, et non un dysfonctionnement de la réponse à l’insuline, pourrait être le principal responsable du diabète lié à l’obésité, selon une étude menée par des chercheurs de Rutgers Health et d’autres institutions. Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives sur la compréhension et le traitement de la résistance à l’insuline.

Longtemps, la communauté scientifique a considéré que l’obésité entraînait un diabète en perturbant la communication de l’insuline avec le foie et les cellules graisseuses. Cependant, cette nouvelle recherche révèle que l’excès de nourriture et l’obésité activent le système nerveux sympathique – responsable de la réaction de « combat ou fuite » – et que l’augmentation des hormones de stress, la noradrénaline et l’épinéphrine, annule les effets de l’insuline, même lorsque la signalisation cellulaire de l’insuline reste intacte.

L’étude a démontré que la suralimentation chez des souris saines augmentait rapidement les niveaux de noradrénaline, l’hormone du stress, en quelques jours seulement. Pour évaluer l’impact de cette production excessive d’hormones sur le développement de la maladie, les chercheurs ont utilisé une nouvelle souche de souris génétiquement modifiées, incapables de produire des hormones de stress (catécholamines) en dehors du cerveau et du système nerveux central.

Résultat : malgré un régime riche en graisses et en sucres qui les a rendues obèses, ces souris n’ont pas développé de troubles métaboliques. « Nous avons été frappés de constater que nos souris mangeaient autant, car cela suggère que les différences de sensibilité à l’insuline et l’absence de maladie métabolique ne sont pas dues à une réduction de l’apport calorique ou à une moindre prise de poids, mais à une diminution significative des hormones de stress », explique Christoph Buettner, chef du département d’endocrinologie, métabolisme et nutrition à la faculté de médecine Robert Wood Johnson de Rutgers et auteur principal de l’étude.

« Ces souris ne peuvent pas augmenter les hormones de stress qui neutralisent l’insuline ; par conséquent, la résistance à l’insuline ne se développe pas avec l’obésité », a-t-il ajouté.

Ces découvertes pourraient expliquer pourquoi certaines personnes obèses développent un diabète tandis que d’autres y échappent, et pourquoi le stress peut aggraver la maladie, même en l’absence de prise de poids importante. « De nombreux types de stress – financier, conjugal, lié à la vie dans des zones dangereuses, à la discrimination, ou même physique dû à une consommation excessive d’alcool – augmentent tous le risque de diabète et agissent en synergie avec le stress métabolique de l’obésité », souligne Christoph Buettner.

Selon lui, « notre découverte selon laquelle l’obésité induit principalement des maladies métaboliques via une augmentation des hormones de stress apporte un nouvel éclairage sur la base commune de tous ces facteurs qui augmentent le risque de diabète. Le stress et l’obésité, en substance, fonctionnent par le même mécanisme fondamental qui provoque le diabète, à travers l’action des hormones de stress. »

L’étude révèle également que la signalisation de l’insuline peut rester intacte même en cas de résistance à l’insuline, comme dans l’obésité. L’activité accrue des hormones de stress agit alors comme un accélérateur, augmentant les taux de sucre et de graisse dans le sang, tandis que l’insuline, qui joue un rôle de frein, maintient son niveau d’action habituel. « Certains collègues ont été surpris de constater que la résistance à l’insuline puisse exister même si la signalisation cellulaire de l’insuline est intacte. Mais il ne faut pas oublier que les effets d’accélération des hormones de stress s’exercent par des voies de signalisation très différentes de celles de l’insuline », précise Christoph Buettner.

Les chercheurs envisagent désormais des études sur l’homme pour confirmer ces résultats et explorer le rôle du système nerveux sympathique dans d’autres formes de diabète, notamment le diabète de type 1. Ils souhaitent également étudier si une suralimentation de courte durée, comme celle observée pendant les vacances, peut augmenter la résistance à l’insuline en activant le système nerveux sympathique.

À terme, ces travaux pourraient conduire à de nouvelles approches thérapeutiques pour lutter contre la résistance à l’insuline, le diabète et les maladies métaboliques, en ciblant la réduction des hormones de stress plutôt que la signalisation de l’insuline. « Nous espérons que cet article apportera une vision différente de la résistance à l’insuline », conclut Christoph Buettner. « Cela pourrait également expliquer pourquoi aucun des médicaments actuellement utilisés pour traiter la résistance à l’insuline, à l’exception de l’insuline elle-même, n’augmente directement la signalisation cellulaire de l’insuline. »

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