Publié le 29 novembre 2023 22:06:00. Une nouvelle centrale de valorisation énergétique, alimentée par les déchets de la décharge de Coastal Park au Cap, fournit désormais de l’électricité à plus de 4 000 foyers, marquant une étape importante dans la transition énergétique de la ville et la réduction de son empreinte carbone.
- La centrale, la première de son genre au Cap et l’une des huit à l’échelle nationale, transforme le méthane issu des déchets en énergie.
- Ce projet innovant contribue à la diminution de la pollution atmosphérique et génère des revenus grâce à des crédits carbone.
- Bien que sa production soit modeste, l’impact environnemental est significatif, symbolisant une approche durable de la gestion des déchets.
La décharge de Coastal Park, habituellement survolée par des nuées de mouettes et d’ibis, est désormais le point de départ d’une initiative énergétique prometteuse. Des camions déversent quotidiennement des tonnes de déchets, qui, après compactage, deviennent une source d’électricité renouvelable pour la ville du Cap. L’odeur caractéristique des matières en décomposition est désormais associée à un potentiel énergétique insoupçonné.
Inaugurée officiellement le 12 novembre dernier, cette centrale de transformation du gaz en énergie représente un investissement significatif dans un avenir plus propre. Le maire du Cap, Geordin Hill-Lewis, a souligné l’importance de ces projets « gagnant-gagnant », capables de produire de l’électricité, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de générer des revenus supplémentaires grâce à la vente de crédits carbone, qui seront réinvestis dans les infrastructures et la gestion des déchets.
L’extraction du méthane, un puissant gaz à effet de serre (25 fois plus nocif que le dioxyde de carbone), permet non seulement de produire de l’énergie, mais aussi de réduire l’impact environnemental de la décharge. À ce jour, ce projet a déjà généré plus de 36 millions de rands (environ 1,9 million d’euros) en crédits carbone.
La ville du Cap affirme que ce projet s’inscrit pleinement dans ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’augmentation de la part des énergies propres dans son mix énergétique. La puissance produite par les deux moteurs à gaz de l’usine équivaut à la hauteur de la Montagne de la Table, soit 1 067 kilowatts (kW). Bien que cette capacité soit modeste comparée aux centrales au charbon traditionnelles, comme Medupi (4 800 mégawatts (MW)), elle représente une avancée significative vers une énergie plus durable.
Contrairement aux centrales polluantes, cette installation symbolise une transition vers un avenir plus vert, transformant des milliers de sacs de déchets en une ressource précieuse. Le maire a précisé que l’investissement initial devrait être amorti en trois ans.
L’usine, immaculée et équipée d’un système de surveillance constante du méthane, contraste fortement avec l’environnement de la décharge. Vuyisanani Tshoba, technicien sur site, a montré un bouton d’arrêt d’urgence rouge, capable d’arrêter l’ensemble de l’opération en cas de besoin.
Oliver Stotko, responsable de l’élimination des déchets, a expliqué le fonctionnement de l’usine, qui utilise des moteurs similaires à ceux des véhicules diesel ou à combustion interne. Des « puits de gaz », creusés jusqu’à 30 mètres de profondeur, captent le méthane qui s’écoule le long de canaux avant d’être acheminé vers les moteurs.
« Lorsque nous avons commencé en 2006, il était pratiquement illégal de développer une centrale électrique indépendante. »
David Muroch, ENERGY Systems SA
Selon David Cornish, directeur général d’Energy Systems SA, l’entreprise exploitant et assurant la maintenance de l’usine, l’installation du Cap est la plus récente de ses réalisations. D’autres projets similaires sont en cours dans la province du Gauteng, notamment dans une ancienne usine de glaces transformée en centrale électrique.
La décharge de Coastal Park a bénéficié d’améliorations par rapport aux conceptions précédentes, notamment la construction de points de collecte de l’eau de méthane et l’installation d’un refroidisseur pour purifier le gaz et éliminer les impuretés susceptibles d’endommager les moteurs. Le débit et la composition du gaz sont surveillés en permanence pour garantir la sécurité et éviter tout risque d’explosion.
Avant la mise en service des moteurs, la décharge pratiquait déjà le torchage, une méthode consistant à brûler le méthane pour le convertir en vapeur d’eau et en dioxyde de carbone. Une autre décharge importante de la ville, Visserhok, située au sud de la centrale nucléaire de Koeberg, envisage également de se transformer en centrale de valorisation énergétique dans les trois prochaines années, grâce à un investissement supplémentaire de 82 millions de rands (environ 4,3 millions d’euros).
Bien que les installations de valorisation énergétique des gaz de décharge aient une durée de vie limitée après la fermeture d’une décharge, les déchets continuent de produire du méthane pendant un certain temps. L’énergie renouvelable a plus que triplé en Afrique du Sud au cours de la dernière décennie, et ces projets à petite échelle complètent le développement massif de l’énergie éolienne et solaire.
James Reeler, spécialiste technique principal du WWF-SA pour l’action climatique, a salué ce projet comme une illustration de la manière dont une meilleure gestion des déchets peut bénéficier à la fois à la population et à l’environnement. « La priorité absolue reste de détourner les déchets de la décharge… et une grande partie des déchets envoyés en décharge peut être recyclée et réutilisée de manière rentable. Cependant, capturer le méthane et l’utiliser pour produire de l’énergie est une bonne alternative. »