Publié le 1er décembre 2025. Le succès du dernier lancement de la fusée Nuri ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie pharmaceutique sud-coréenne, qui mise désormais sur la recherche et la production de médicaments en microgravité, une technologie prometteuse pour développer des traitements plus efficaces et plus purs.
- Le lancement réussi de la fusée Nuri a relancé l’intérêt pour la recherche pharmaceutique spatiale en Corée du Sud.
- La microgravité permet de créer des cristaux de protéines plus uniformes, facilitant le développement de nouveaux médicaments.
- Plusieurs entreprises coréennes, dont SpaceLynkTech et Boryung, se sont engagées dans des collaborations pour explorer ce domaine.
Après le quatrième lancement réussi de la fusée sud-coréenne Nuri, l’attention se porte sur un secteur qui pourrait bien devenir un pilier de l’industrie spatiale du pays : la recherche et la fabrication de produits pharmaceutiques dans l’espace. L’exploitation des conditions uniques offertes par l’environnement spatial, et notamment la microgravité, ouvre des voies inédites pour le développement de nouveaux médicaments et la production de composés de haute pureté, difficiles à obtenir sur Terre.
Le concept de « produits pharmaceutiques spatiaux » repose sur le principe que la microgravité favorise la cristallisation plus uniforme des protéines. Cette cristallisation améliorée permet une analyse structurelle plus précise, ouvrant la voie à de nouvelles formulations médicamenteuses. Ce n’est pas une idée nouvelle : le géant pharmaceutique Merck, à l’origine du traitement anticancéreux Keytruda, a été l’un des premiers à explorer ce potentiel en envoyant des échantillons de pembrolizumab – l’ingrédient actif du médicament – à la Station spatiale internationale (ISS) dès 2017 pour des études de cristallisation.
Les résultats se sont avérés prometteurs. Merck a constaté que la microgravité permettait d’obtenir des cristaux plus homogènes et moins visqueux. Fort de ces découvertes, l’entreprise a développé une version sous-cutanée de Keytruda, qui a reçu l’approbation des autorités réglementaires aux États-Unis et en Europe cette année. D’autres grands noms de l’industrie pharmaceutique ont suivi le mouvement. Eli Lilly collabore avec le fabricant aérospatial Redwire, en utilisant la plateforme « Pill-Box » de ce dernier pour faire progresser le développement de médicaments destinés à traiter les maladies chroniques dans l’espace. AstraZeneca, de son côté, explore l’administration de médicaments à base de nanoparticules et le développement de nouveaux matériaux en microgravité.
Les entreprises coréennes ne sont pas en reste et se mobilisent rapidement pour prendre part à cette course à l’innovation. SpaceLynkTech, une société pharmaceutique spatiale locale, a envoyé ses cubes expérimentaux BEE-1000 à bord du dernier lancement de Nuri afin d’étudier la cristallisation du pembrolizumab en orbite. En septembre dernier, la société a également déployé son module de recherche développé en interne, BEE-PC1, sur l’ISS, où il a mené avec succès une expérience automatisée de cristallisation des protéines le mois dernier. Ce module est conçu pour cultiver des cristaux de haute pureté et d’une uniformité exceptionnelle grâce à un processus entièrement automatisé.
Le développeur de lanceurs Innospace a signé un accord de collaboration avec SpaceLynkTech et Intergravity Technologies pour le développement conjoint de médicaments spatiaux. Le fabricant pharmaceutique coréen Boryung s’est également associé à la société spatiale américaine Axiom Space pour développer de nouveaux traitements contre le cancer, les maladies liées au vieillissement et les troubles psychiatriques.
Avec l’essor de cette industrie, les experts prévoient une demande croissante de pharmaciens cliniciens spécialisés. Une étude récente, menée par des chercheurs de l’Université nationale de Gyeongsang et publiée dans le Korean Journal of Clinical Pharmacy, souligne que l’environnement spatial expose les médicaments à des risques spécifiques, tels que le rayonnement cosmique, la microgravité et les variations extrêmes de température, qui peuvent affecter leur stabilité et leur efficacité.
L’évaluation de la sécurité des médicaments adaptés aux conditions spatiales, l’optimisation des stratégies de dosage, la surveillance des interactions médicamenteuses et la gestion des effets secondaires deviendront des tâches essentielles, selon les chercheurs. Ces responsabilités, ajoutent-ils, constituent un domaine de spécialisation distinct du rôle traditionnel des médecins spatiaux.
Ashley Song ([email protected])
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