Publié le 1er décembre 2025 à 16h00. Les autorités de contrôle néerlandaises s’inquiètent des rejets de substances PFAS par l’entreprise CFS à Weert, pointant du doigt des données potentiellement manipulées et un permis controversé qui pourrait contaminer la Meuse, source d’eau potable pour des millions de personnes.
- La province du Limbourg envisage d’autoriser CFS à rejeter jusqu’à 5 kilogrammes de PFAS par an dans les égouts.
- Des études externes révèlent des niveaux de PFAS dans les rejets de CFS supérieurs aux normes, sans que cela n’ait été signalé par l’entreprise.
- Des experts et des organismes de surveillance de l’eau mettent en garde contre les risques pour la santé publique et l’environnement.
Depuis des années, les autorités de contrôle néerlandaises expriment leurs préoccupations concernant les rejets de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) par l’entreprise CFS (Chemical Facilities Services), un transformateur de déchets situé à Weert. Des doutes sérieux planent également sur la fiabilité des données fournies par l’entreprise, comme le révèlent des documents consultés par Heure des nouvelles et l’émission radiophonique Actualités et Cie.
La province du Limbourg est sur le point d’accorder à CFS un permis controversé qui autoriserait l’entreprise à rejeter chaque année 5 kilogrammes de PFAS dans le réseau d’égouts. Ces rejets pourraient ensuite atteindre la Meuse via la station d’épuration de Weert. La Meuse est une source d’eau potable essentielle pour une vaste région.
Des valeurs remarquablement élevées
Les inquiétudes concernant CFS, qui fait partie du groupe Renewi, remontent à 2018, date à laquelle le premier rejet illégal de GenX – une forme de PFAS – a été détecté par l’Office des eaux du Limbourg et l’Agence pour l’environnement du sud du Limbourg. Suite à cette découverte, l’entreprise a présenté un plan d’amélioration et a déposé une demande d’autorisation en 2022 pour rejeter trois types de PFAS.
Cependant, selon une étude externe réalisée pour Actualités et Cie, CFS a continué à rejeter des PFAS sans autorisation. Les analyses de 2023 ont révélé que les eaux rejetées ne respectaient pas les normes en vigueur, avec des concentrations remarquablement élevées de plusieurs PFAS particulièrement nocifs, des informations qui n’avaient pas été communiquées par l’entreprise.
CFS n’est pas la seule entreprise à avoir été épinglée pour des rejets de PFAS non autorisés. Les compagnies des eaux et les experts expriment depuis des années leurs inquiétudes concernant les permis obsolètes et le manque de connaissances sur ces substances, comme l’a montré l’affaire Sabic.
L’Office des eaux du Limbourg, l’Inspection de l’environnement et des transports (ILT), les compagnies des eaux et la commune de Weert se sont fermement opposés cet été au projet de permis proposé par la province, le jugeant trop permissif. L’Office des eaux du Limbourg a notamment dénoncé une « pression inacceptable » sur la station d’épuration, tandis que l’ILT a qualifié le permis de « chèque en blanc » pour les rejets de PFAS.
Des documents internes révèlent que la province avait déjà été alertée. L’Office des eaux du Limbourg a écrit dans un courriel adressé à la province fin 2023 que CFS « avait délibérément dissimulé des données sur les rejets de PFAS ». Il a donc recommandé d’être « particulièrement critique » lors de l’évaluation d’une nouvelle demande de permis, soulignant que CFS déclarait initialement rejeter trois types de PFAS, alors qu’il semblerait qu’il y en ait en réalité beaucoup plus.
Un expert, dont l’identité n’a pas été divulguée, a également évoqué des « tours de magie » dans des calculs complexes, visant à repousser les limites légales et à réduire les coûts pour l’entreprise.
« Des coûts énormes »
Malgré tous ces avertissements, la province maintient pour l’instant le projet de permis pour CFS. Un argument avancé est l’absence de normes juridiques pour de nombreuses PFAS nocives, ce qui rend difficile leur interdiction.
La province affirme également que CFS se conforme à son obligation de minimisation des émissions, contrairement aux avis critiques. Elle souligne également que CFS ne fabrique pas elle-même le PFAS, mais qu’il est présent dans les déchets qu’elle reçoit d’autres entreprises, ce qui réduirait sa responsabilité.
CFS n’a pas souhaité répondre aux questions de Heure des nouvelles et Actualités et Cie. L’entreprise a cependant indiqué dans une réponse générale qu’il était « une réalité » que les PFAS seraient encore présents dans les eaux usées dans un avenir proche. Elle affirme également que la filtration complète des PFAS entraînerait des « coûts énormes ».
Eau potable
Chiel Jonker, expert en PFAS à l’Université d’Utrecht, est préoccupé.
« On vous paie cher pour nettoyer ces déchets. Et ici, ils sont simplement transférés sans être réellement traités correctement. »
Il souligne des mesures inquiétantes prises par CFS en 2023 : des valeurs élevées de 6:2-FTS, une autre forme nocive de PFAS, dans l’eau rejetée.
Jonker, qui a déjà mené des recherches sur les permis PFAS, est choqué par la quantité de PFAS que l’entreprise souhaite rejeter.
« 5 kilogrammes par an, c’est comparable à un acteur majeur comme Chemours à Dordrecht. Les hommes et les animaux en souffrent. »
Le débat autour de CFS suscite désormais des inquiétudes au-delà du Limbourg. Maarten van der Ploeg, directeur de l’association de compagnies des eaux RIWA-Maas, déclare : « Nous considérons que le permis actuel est inacceptable. » Les compagnies des eaux affiliées craignent la contamination de la Meuse par les PFAS. « Nous fournissons de l’eau potable à quatre millions de foyers à partir de cette source. »
Van der Ploeg ajoute : « Cette affaire montre ce qui se passe probablement dans de nombreux autres endroits. Nous devons savoir ce qui est rejeté. Les entreprises doivent assumer leur responsabilité et les gouvernements doivent établir des règles claires. »
Même si la province maintient son projet de permis, des ajustements sont encore à l’étude. Une décision finale devrait être prise d’ici la fin de l’année. Si le permis est accordé, l’Office des eaux du Limbourg et la commune de Weert envisagent de saisir les tribunaux.