L’écho d’une époque sombre résonne aujourd’hui dans le débat politique américain : un pasteur méthodiste uni a rappelé comment les théories du complot et les accusations infondées ont pu s’installer dans le quotidien, même au sein de communautés religieuses. Son témoignage, publié à l’origine il y a un an, trouve un écho particulier face aux tensions actuelles autour de l’utilisation de l’armée et des accusations de dérives autoritaires.
John Sumwalt, un pasteur méthodiste uni retraité de Menomonee Falls, dans le Wisconsin, se souvient d’un dîner paroissial en 1954. Il décrit une ambiance où les conversations, apparemment anodines, étaient en réalité empreintes de spéculations et d’exagérations sur les menaces pesant sur la communauté. « Ce dont je me souviens le plus, c’était le simple plaisir de m’asseoir autour des longues tables recouvertes de lin blanc… J’écoutais les hommes voisins parler intelligemment et raconter des mensonges. Je ne savais pas que c’étaient des mensonges à l’époque et peut-être que ces hommes bons ne le savaient pas non plus », écrit-il.
Ce dîner coïncidait avec l’ascension du sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy, et sa campagne de dénonciation des communistes infiltrés dans l’administration américaine. McCarthy avait attiré l’attention du public en 1950 avec ses allégations concernant des centaines de communistes au sein du Département d’État et d’autres agences fédérales. Il s’était rapidement transformé en une figure controversée, accusant des cibles de plus en plus larges, y compris l’armée américaine.
Ervin Griswold, doyen de la faculté de droit de Harvard, le décrivait comme un « juge, jury, procureur, fustigeant et attaché de presse, tout en un ». En 1954, McCarthy accusait l’armée de compromettre la sécurité de ses installations militaires, affirmant qu’elles étaient infiltrées par des communistes. L’armée a alors engagé l’avocat Joseph Welch pour se défendre.
Les audiences Army-McCarthy ont captivé l’attention du public. Le 9 juin 1954, un moment clé s’est produit : l’avocat Welch a confronté McCarthy à ses méthodes abusives. Un accord avait été conclu entre Welch et McCarthy, selon lequel ce dernier éviterait d’attaquer un militaire en particulier en le traitant de communiste si Welch restait courtois. Mais Welch avait délibérément provoqué McCarthy, le poussant à rompre l’accord et à attaquer le soldat. La réplique de Welch, empreinte d’indignation, est restée célèbre : « N’avez-vous aucun sens de la décence ? »
« C’était comme si le pays tout entier attendait que quelqu’un dise enfin cette phrase », se souvient l’historien Thomas Doherty. Jelani Cobb ajoute : « À la fin, toutes les illusions, les illusions confortables que McCarthy avait cultivées sur lui-même, avaient effectivement été dissipées. »
L’un des conseillers de McCarthy, l’avocat Roy Marcus Cohn, était connu pour son pragmatisme impitoyable. Sa carrière a été lancée par McCarthy, et ses agissements corrompus ont eu des conséquences désastreuses pendant des décennies, jusqu’à sa mort du sida en 1986. Ses tactiques sont aujourd’hui considérées comme un modèle pour les tentatives de prise de contrôle du gouvernement américain par le pouvoir exécutif.
Le parallèle avec l’actualité est frappant. Des révélations récentes concernant un possible ordre de « tuez-les tous » donné par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, suite à une attaque contre un navire transportant de la drogue, ont relancé les inquiétudes. À ce stade, Cynthia B. Astler, rédactrice et fondatrice de Perspective Méthodiste Unie, rappelle l’importance de la résistance face aux dérives autoritaires, citant les efforts des méthodistes unis pour contrer les politiques de l’administration Trump.
Sumwalt conclut son article en regrettant son propre silence face aux accusations infondées portées contre Martin Luther King, qualifié de communiste. Il cite alors MLK lui-même : « En fin de compte, nous ne nous souviendrons pas des paroles de nos ennemis, mais du silence de nos amis. »
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