Home AffairesÉtalée au minimum, la France battue aussi. L’expert : “Une soif de rendement, mais le BTP vaut désormais moins. Et n’espérez pas trop sur les crédits immobiliers”

Étalée au minimum, la France battue aussi. L’expert : “Une soif de rendement, mais le BTP vaut désormais moins. Et n’espérez pas trop sur les crédits immobiliers”

by Amélie Bernard

Publié le 4 décembre 2023 18h38. L’écart entre les taux d’emprunt italiens et allemands a atteint un plus bas depuis seize ans, signe d’une confiance accrue des marchés envers l’Italie. Cependant, cette amélioration ne se traduit pas automatiquement par des taux d’intérêt plus bas pour les emprunteurs, selon Roberto Rossignoli de Moneyfarm.

  • L’écart entre l’Italie et l’Allemagne est tombé sous les 70 points de base, un niveau inédit depuis novembre 2009.
  • Les investisseurs étrangers ont augmenté leur exposition à la dette italienne de plus de 116 milliards d’euros depuis le début de l’année.
  • Le rendement des obligations d’État italiennes (BTP) est désormais moins attractif par rapport aux obligations d’entreprises européennes.

Les marchés financiers semblent récompenser la stabilité économique de l’Italie, comme en témoigne la récente baisse de l’écart de taux d’intérêt entre les obligations d’État italiennes (BTP) et les obligations allemandes (Bund). Cet écart, qui mesure la différence de rendement entre les deux types d’obligations, est passé sous la barre des 70 points de base, atteignant son niveau le plus bas depuis novembre 2009. Cette évolution reflète une perception améliorée du risque italien et une « soif de rendement » des investisseurs, dans un contexte de taux d’intérêt globalement bas.

Selon Roberto Rossignoli, gestionnaire de portefeuille principal chez Moneyfarm, cette compression des écarts a une implication technique importante : « La compression des spreads a réduit le coût de la diversification. Aujourd’hui, se diversifier hors des frontières nationales implique de renoncer à des rendements minimaux, signalant une normalisation : l’Italie n’est plus considérée comme une anomalie risquée, mais presque comme un émetteur « central » de la zone euro. »

Cette situation modifie l’attractivité relative des BTP pour les épargnants italiens. Historiquement, les investisseurs italiens ont eu tendance à privilégier les titres nationaux, un biais qui pourrait désormais s’estomper. Le BTP offre en effet une prime de rendement moins importante qu’un panier d’obligations d’entreprises solides. Les données actuelles montrent que le spread des obligations d’entreprises européennes se situe autour de 80 points de base, tandis que le risque italien est évalué à moins de 70 points de base. Cette différence, même en tenant compte des spécificités de liquidité et de maturité, suggère que les BTP sont moins avantageux qu’auparavant.

Cependant, il est crucial de distinguer entre valeur relative et valeur absolue. La baisse de l’écart est positive pour la solidité des banques italiennes, qui détiennent une part importante de BTP, et pourrait se traduire par des conditions de crédit légèrement plus souples. Néanmoins, cette amélioration ne signifie pas que l’argent devient bon marché. Le coût des intérêts pour le gouvernement italien, en pourcentage du PIB, reste élevé. De plus, les taux hypothécaires restent liés à l’Euribor et à l’IRS, qui dépendent de la politique de la Banque Centrale Européenne (BCE).

En conséquence, même si l’écart est au plus bas, le coût global de l’emprunt immobilier reste historiquement élevé par rapport à la période précédant 2022. « Aujourd’hui, une hypothèque coûte encore beaucoup plus cher qu’il y a trois ans, même si l’Italie est « promue » par les marchés », souligne Roberto Rossignoli. Il en va de même pour les investissements : la baisse du spread réduit le rendement potentiel des BTP, incitant les conseillers financiers à recommander une diversification géographique et sectorielle des portefeuilles.

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