Publié le 4 décembre 2025. La réouverture d’un oléoduc crucial en Irak, obtenue sous la pression américaine, marque un tournant dans l’influence régionale, favorisant Washington au détriment de Téhéran, et pourrait avoir des répercussions sur les prix mondiaux du pétrole.
- Sous la pression des États-Unis, l’Irak a autorisé la reprise des exportations de pétrole depuis la région kurde.
- Cette décision vise à soutenir les compagnies pétrolières américaines, à potentiellement réduire les prix du pétrole et à perturber les réseaux de contrebande au profit de l’Iran.
- L’épisode illustre l’imbrication des intérêts commerciaux et de la diplomatie américaine au Moyen-Orient.
Mi-juillet, des champs pétroliers appartenant à des sociétés américaines dans le Kurdistan irakien ont été la cible d’attaques de drones, vraisemblablement en représailles à des frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens. Ces attaques ont interrompu près de la moitié de la production pétrolière de la région, affectant notamment les opérations de HKN Energy et Hunt Oil.
La réaction américaine n’a pas tardé. Washington, irrité par ces attaques directes contre ses intérêts, a longtemps estimé que Bagdad ne faisait pas assez pour contrôler les milices pro-iraniennes opérant sur son territoire. Cette situation a conduit à une intensification de la pression diplomatique sur le gouvernement irakien.
Cette campagne de persuasion a abouti à la réouverture du pipeline essentiel à l’exportation du pétrole kurde – une concession significative qui témoigne d’un glissement de l’influence en Irak, de Téhéran vers Washington. Une source au sein de l’administration américaine a révélé que le secrétaire d’État Marco Rubio avait adressé des messages fermes à Bagdad, soulignant la gravité de la situation.
Les États-Unis réclamaient la réouverture de ce pipeline, interrompu depuis 2023 en raison de désaccords entre Bagdad et le gouvernement régional kurde (GRK) concernant les ventes de pétrole. Cette démarche répondait à plusieurs objectifs : soutenir les compagnies pétrolières américaines présentes au Kurdistan, tenter de faire baisser les prix mondiaux du pétrole et déstabiliser les réseaux de contrebande profitant à l’Iran et à ses alliés.
Le président Donald Trump a accentué la pression au cours des deux mois suivants, ses représentants menaçant d’imposer des sanctions aux responsables irakiens du secteur énergétique si le pipeline restait fermé. Un haut fonctionnaire du Département d’État, sans confirmer ni infirmer ces menaces, a reconnu l’intense pression diplomatique exercée pour relancer le flux de pétrole.
L’accord de principe pour la réouverture du pipeline a été annoncé le 17 juillet, en même temps que la fin des frappes de drones. Le pétrole a finalement recommencé à circuler le 27 septembre, après deux mois de négociations intenses.
Bien qu’aucun groupe n’ait revendiqué les frappes de drones, une source gouvernementale irakienne les attribue à une puissante milice pro-iranienne. Les forces de sécurité irakiennes ont averti ce groupe que de nouvelles attaques entraîneraient une confrontation directe avec Bagdad.
Cet épisode met en lumière les ambitions américaines dans le secteur énergétique du Moyen-Orient. L’Irak, deuxième producteur de pétrole de l’OPEP, a souvent été critiqué par Trump pour les tentatives de l’organisation de maintenir les prix du pétrole artificiellement élevés. Il illustre également le lien étroit entre la diplomatie américaine et les intérêts commerciaux sous l’administration Trump.
La concession irakienne suggère un changement dans la sphère d’influence en Irak, qui a longtemps cherché à maintenir un équilibre délicat entre ses alliés, Téhéran et Washington. L’Iran, confronté à des sanctions en raison de son programme nucléaire, soutient des factions armées en Irak dotées d’une influence politique et militaire considérable. Cependant, les attaques israéliennes contre les mandataires iraniens ont affaibli la position de Téhéran dans la région.
L’avenir de l’accord concernant le pipeline reste incertain. Il s’agit d’une solution temporaire, qui sera réexaminée par Bagdad et le gouvernement régional kurde à la fin du mois de décembre. De plus, un accord bilatéral datant de 1973 entre l’Irak et la Turquie concernant les exportations de pétrole expirera en juillet prochain.
Malgré ces complications, des signes d’amélioration apparaissent dans les relations américano-irakiennes, comme en témoigne la récente nomination par Washington d’un nouvel envoyé spécial en Irak et le retour d’Exxon Mobil dans le pays.
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