Publié le 5 décembre 2025 14:41:00. Des chercheurs londoniens ont identifié un mécanisme métabolique impliqué dans le vieillissement cellulaire, ouvrant de nouvelles perspectives pour des stratégies combinant médicaments et approches nutritionnelles afin de favoriser une longévité en bonne santé.
- Un inhibiteur expérimental de la voie TOR, le rapalink-1, prolonge la durée de vie de la levure à fission, un organisme modèle en biologie.
- L’étude révèle le rôle clé d’enzymes appelées agmatinases dans la régulation de l’activité de la voie TOR.
- La supplémentation en agmatine, bien que commercialement disponible, doit être abordée avec prudence, selon les chercheurs.
La voie Target of Rapamycin (TOR), un système de signalisation cellulaire conservé à travers l’évolution, joue un rôle central dans la régulation de la croissance et du vieillissement. Cette voie est impliquée dans de nombreuses pathologies liées à l’âge, notamment le cancer et les maladies neurodégénératives. Des médicaments comme la rapamycine ont déjà démontré leur capacité à prolonger la durée de vie en bonne santé chez plusieurs espèces animales, faisant de TOR une cible majeure pour la recherche.
Une équipe de la School of Biological and Behavioral Sciences de l’Université Queen Mary de Londres a exploré l’impact de rapalink-1, un inhibiteur de TOR de nouvelle génération actuellement étudié pour le traitement du cancer, sur la durée de vie de la levure à fission. Les résultats, publiés dans la revue Biological Communications, montrent que rapalink-1 ralentit la croissance cellulaire tout en prolongeant la durée de vie de l’organisme. L’effet semble cibler spécifiquement TORC1, le complexe favorisant la croissance au sein de la voie TOR.
L’étude a révélé une découverte inattendue : le rôle crucial d’un groupe d’enzymes, les agmatinases. Ces enzymes transforment l’agmatine, un métabolite, en polyamines. Les chercheurs ont identifié une « boucle de rétroaction métabolique » impliquant ces enzymes, qui contribue à maintenir un équilibre dans l’activité de la voie TOR. En perturbant l’activité des agmatinases, les cellules de levure se développaient plus rapidement, mais présentaient des signes de vieillissement prématuré, illustrant un compromis entre croissance rapide et longévité.
L’ajout d’agmatine ou de putrescine, un composé apparenté, a également été observé comme favorisant la longévité de la levure et améliorant sa croissance dans certaines conditions.
« En démontrant que les agmatinases sont essentielles au vieillissement en bonne santé, nous avons découvert une nouvelle couche de contrôle métabolique sur TOR – une couche qui pourrait être conservée chez l’homme. L’agmatine étant produite par l’alimentation et les microbes intestinaux, ces travaux pourraient aider à expliquer comment la nutrition et le microbiome influencent le vieillissement. »
Dr. Charalampos Rallis, chercheur à l’Université Queen Mary de Londres
Cependant, les chercheurs mettent en garde contre une supplémentation imprudente en agmatine. Bien que des suppléments soient disponibles dans le commerce, le Dr Rallis souligne que les bénéfices potentiels de l’agmatine pour la croissance ne se manifestent que si certaines voies métaboliques liées à la dégradation de l’arginine sont intactes. De plus, l’agmatine peut parfois contribuer à des pathologies, ce qui nécessite une approche prudente.
Ces résultats soulignent les liens complexes entre la signalisation TOR, le métabolisme et la longévité. Ils pourraient guider le développement de futures stratégies combinant des médicaments ciblant la voie TOR avec des approches alimentaires ou basées sur la manipulation du microbiome, dans le but de promouvoir un vieillissement en bonne santé, de mieux comprendre la biologie du cancer et de traiter les maladies métaboliques.
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