Des signaux encourageants émanant de Moscou laissent penser que Jared Kushner et Steve Witkoff, émissaires américains, se montrent optimistes quant à l’issue de leurs entretiens avec le Kremlin cette semaine. Pourtant, après des mois d’efforts diplomatiques infructueux, un tel optimisme apparaît déconnecté des déclarations persistantes des responsables russes.
Si la priorité de cette mission, confiée à des négociateurs non-diplomates, est en réalité de préparer des accords commerciaux post-conflit avec la Russie, comme le suggèrent certaines sources, l’avenir de l’Ukraine et les perspectives commerciales risquent de devenir inextricablement liés, voire illusoires. Une approche plus avisée aurait été préférable, selon certains observateurs.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié la rencontre entre Vladimir Poutine et les représentants américains de « très utile, constructive et substantielle ». Il a toutefois précisé qu’aucun compromis n’avait été trouvé sur un plan de paix, réaffirmant que la Russie souhaite la paix uniquement à ses conditions, et en atteignant les objectifs de son « opération spéciale ».
Ces déclarations ne surprennent pas, étant donné le discours constant de Poutine depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Pour souligner son scepticisme face à la mission Kushner-Witkoff, Poutine a lancé l’une des plus importantes attaques de drones et de missiles contre l’Ukraine, vraisemblablement alors que les émissaires américains étaient en route pour rentrer chez eux.
La position russe est claire et immuable : l’anéantissement de l’Ukraine en tant qu’État indépendant, la désintégration de l’alliance transatlantique qui garantit la sécurité européenne depuis 1945, et la création de divisions politiques aux États-Unis afin d’affaiblir son rôle d’adversaire stratégique. L’objectif ultime est d’établir un ordre mondial multipolaire dominé par Moscou et Pékin, aux dépens des États-Unis et de l’Europe.
Pour atteindre ces objectifs, Poutine s’appuie sur deux narratifs principaux. Le premier est que la Russie peut conquérir l’Ukraine militairement, et que Kiev est vouée à la défaite. Le second est de présenter Washington comme un obstacle à une solution négociée, même si ce plan de paix est jugé irréaliste. Parallèlement, la Russie mène des opérations clandestines en Europe pour saper la confiance du public dans sa sécurité et sa détermination à soutenir l’Ukraine.
À ce stade de son régime, Poutine ne peut renoncer à ses objectifs maximalistes en Ukraine tant que les souffrances de la guerre ne se font pas sentir par les élites et la population russes. La capacité de l’Ukraine à infliger des pertes importantes aux forces russes, ainsi que les frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques et militaires russes, commencent à éroder le soutien à la gouvernance de Poutine.
La mission Kushner-Witkoff, approuvée par l’ancien président Trump, vise à affaiblir le soutien russe à l’agression. La question qui se pose est de savoir si ces négociations ne serviraient pas de couverture à des accords commerciaux d’après-conflit avec Moscou. Or, opérer dans une kleptocratie est intrinsèquement risqué, comme l’a souligné à maintes reprises Bill Browder, avertissant Trump et ses représentants des dangers de faire affaire avec la Russie de Poutine. L’expérience de centaines d’entreprises américaines et occidentales qui se sont implantées en Russie après la chute de l’Union soviétique montre qu’il est facile d’y investir, mais beaucoup plus difficile d’en retirer les fonds.
Trump et ses représentants semblent croire qu’ils seront l’exception à la règle. Poutine et son conseiller, Dmitriev, ne feront que promettre monts et merveilles, et Kushner et Witkoff rapporteront ces illusions à la Maison Blanche. L’objectif de Poutine est simple : obtenir de Trump qu’il cesse de soutenir l’Ukraine, tant militairement qu’économiquement, afin de précipiter sa chute.
Il est impératif que le président américain s’entoure de conseillers expérimentés et réalistes, capables de lui faire comprendre que Poutine n’est pas un interlocuteur de confiance. Poutine considère la démocratie et le capitalisme comme des systèmes dépassés et voués à l’échec, et considère les États-Unis comme son principal ennemi. Toute promesse d’accord commercial après la fin du conflit sera inévitablement rompue.
Enfin, il convient de rappeler les paroles de Winston Churchill à Neville Chamberlain après les accords de Munich : « On vous a donné le choix entre l’honneur et la guerre. Vous avez choisi l’honneur et vous aurez la guerre. » Dans le contexte actuel, on pourrait ajouter qu’un imbécile et son argent seront bientôt séparés.
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