La médecine de précision, qui promet un traitement adapté à chaque patient, peine à tenir ses promesses en clinique. Une équipe de chercheurs zurichois a développé une nouvelle approche basée sur l’intelligence artificielle, offrant des résultats encourageants pour personnaliser les traitements contre le cancer.
Pour de nombreux cancers, moins de la moitié des patients répondent positivement aux traitements actuels. Nombreux sont ceux qui subissent des thérapies sans en retirer de bénéfice, une situation inévitable tant il est difficile de prédire à l’avance qui tirera parti d’un traitement et qui non. C’est ce constat qui a motivé l’équipe dirigée par Berend Snijder de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) à développer une nouvelle méthode.
L’approche de Snijder, qu’il appelle « pharmacoscopie » (combinant les termes principes actifs et microscopie), repose sur l’analyse d’échantillons biologiques de patients atteints de cancer à l’aide d’un algorithme d’intelligence artificielle. « Nous examinons au microscope l’action des médicaments », explique le biologiste des systèmes. L’algorithme, entraîné sur des millions d’images de cellules, est capable de distinguer les cellules saines des cellules cancéreuses et de mesurer l’impact d’un traitement sur chaque cellule individuelle.
Cette méthode s’inscrit dans une longue quête pour individualiser les traitements. Les premières tentatives remontent à plus de cinquante ans, mais les technologies de l’époque limitaient la précision des prédictions. L’espoir s’est ensuite reporté sur la révolution génomique et l’étude des mutations génétiques, mais, malgré quelques succès dans certains types de cancer du poumon et de la peau, cette approche n’a bénéficié qu’à une minorité de patients.
Aujourd’hui, la pharmacoscopie marque un retour aux tests de traitement en laboratoire, enrichis par les progrès de la microscopie et de l’analyse cellulaire. Les chercheurs de l’EPFZ ont démontré l’efficacité de leur approche sur des patients atteints de cancers du sang agressifs, où la quantité d’échantillon nécessaire est minime. Ils ont également obtenu des résultats prometteurs dans le traitement du glioblastome, une tumeur cérébrale particulièrement mortelle, en identifiant notamment un effet anti-tumoral inattendu chez certains antidépresseurs.
Les recherches se poursuivent avec des échantillons de tissus provenant de cancers du côlon, de la peau, des ovaires et du poumon. « Jusqu’à présent, nous avons pu montrer dans tous les cas que notre approche est techniquement réalisable », assure Snijder.
Pour valider leur méthode, l’équipe de Snijder a mis en place des études cliniques originales. Dans une première phase, ils ont comparé les résultats du traitement recommandé par la pharmacoscopie à l’historique médical de chaque patient, cherchant à prolonger la période de rémission. Dans une étude plus récente sur le cancer du sang, les patients ont été répartis au hasard entre un traitement standard prescrit par leur médecin et un traitement guidé par les résultats de la pharmacoscopie.
Parallèlement, une entreprise dérivée, Médecine de Prédiction, a été fondée pour proposer des analyses privées aux patients atteints de cancer. Pour quelques milliers de francs suisses (environ 2 800 euros), les patients peuvent obtenir un rapport classant les médicaments potentiellement efficaces, à titre de recherche uniquement, car la pharmacoscopie n’est pas encore approuvée comme procédure diagnostique.
« Jusqu’à présent, nous avons pu montrer dans tous les cas que notre approche est techniquement réalisable », conclut Snijder, soulignant que, si de nombreux défis réglementaires restent à surmonter, la médecine de précision individualisée offre un espoir tangible pour améliorer les traitements contre le cancer.
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