Publié le 8 décembre 2025. Un renforcement de la présence militaire américaine dans les Caraïbes, sous couvert de lutte contre le trafic de drogue, est perçu par le régime de Nicolás Maduro comme une tentative d’isolement et de déstabilisation, redessinant les alliances régionales au profit de Washington.
- Les États-Unis ont déployé une importante force navale dans les Caraïbes pour faire pression sur le gouvernement Maduro, accusé de liens avec le trafic de drogue.
- Trinité-et-Tobago, autrefois allié de Caracas, soutient désormais ouvertement les opérations américaines, autorisant l’installation de bases et de radars sur son territoire.
- D’autres pays de la région, comme la République dominicaine et le Panama, ont également revu leur position, s’alignant sur les États-Unis.
Sous prétexte de renforcer la sécurité régionale et de lutter contre la criminalité transnationale, les États-Unis ont intensifié leur coopération militaire avec plusieurs pays des Caraïbes. Depuis août 2025, plus d’une douzaine de navires de guerre, un sous-marin et un porte-avions, accompagnés de milliers de militaires, ont été déployés dans la région. Washington accuse le régime de Nicolás Maduro d’être à la tête du « Cartel des Soleils », une organisation criminelle présumée responsable de l’importation de drogues aux États-Unis.
Cette présence accrue est interprétée par Caracas comme un acte de siège destiné à provoquer la chute du gouvernement. La carte des alliances dans les Caraïbes, traditionnellement marquée par l’influence politique et énergétique du Venezuela, est en cours de reconfiguration au profit de l’administration de Donald Trump.
La perte la plus significative pour Maduro est sans doute celle de Trinité-et-Tobago. Le gouvernement trinidadien soutient désormais explicitement le déploiement militaire américain et a même autorisé l’utilisation de son territoire par les forces américaines. La proximité géographique entre les deux pays – seulement 11 km par le détroit de Bocas del Dragón – rend cette coopération particulièrement stratégique.
Cette semaine, le Premier ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, a confirmé l’installation d’un radar de haute technologie par les Marines américains à l’aéroport international ANR Robinson, afin, selon elle, de lutter contre le trafic de pétrole et de drogue vénézuélien sanctionné. Deuxième attaque dans les Caraïbes qui a tué des survivants : que sait-on de l’ordre qui pourrait constituer un crime de guerre ?
L’armée américaine a mené 21 attaques contre des navires soupçonnés de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, causant la mort de 83 personnes.

Navires de guerre américains dans les Caraïbes. (AFP).
Outre Trinité-et-Tobago, les États-Unis comptent sur la coopération de la République dominicaine, du Panama et de la Guyane pour mener à bien leurs opérations. La République dominicaine a reconnu l’opposition Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela en 2019, rompant ainsi ses liens diplomatiques avec Caracas et suspendant formellement ses relations en juillet 2024, suite à la réélection contestée de Maduro. Le Venezuela a répliqué en suspendant tous les services consulaires dans le pays et en déclarant le Premier ministre dominicain persona non grata.

La proximité entre Trinité-et-Tobago et le Venezuela. (AFP).
Le Panama, qui entretenait jusqu’en 2024 des relations diplomatiques et commerciales normales avec le Venezuela, a suspendu ses relations diplomatiques avec Caracas le 29 juillet 2024, après la réélection contestée de Maduro. Bien que le commerce bilatéral n’ait pas été immédiatement interrompu, le Panama a récemment autorisé la réalisation d’exercices militaires américains sur son territoire. Le gouvernement panaméen affirme que ces exercices ne sont pas dirigés contre le Venezuela, mais leur autorisation implique une participation à la logistique américaine dans les Caraïbes.

Des soldats panaméens et américains participent à un entraînement aux manœuvres de survie dirigé par l’armée américaine, le 2 décembre 2025. (Photo de MARTIN BERNETTI / AFP).
La Guyane, en conflit territorial avec le Venezuela, coopère également avec les États-Unis sur les questions de sécurité et de lutte contre le trafic de drogue, offrant l’accès à ses ports aux navires américains.
Selon Andrés Gómez de la Torre, spécialiste de la défense et du renseignement, la stratégie américaine vise à consolider un réseau de soutien logistique et diplomatique contre le régime de Maduro, dans le cadre d’une « stratégie de pincement » visant à créer des conditions favorables à d’éventuelles opérations dans l’espace aérien, maritime ou sur le territoire vénézuélien.
L’ambassadeur Juan Álvarez Vita souligne que cet alignement progressif de plusieurs pays des Caraïbes autour des États-Unis répond à une combinaison d’intérêts géostratégiques, de pression militaire et de reconfiguration des alliances énergétiques dans la région. Deuxième attaque dans les Caraïbes qui a tué des survivants : que sait-on de l’ordre qui pourrait constituer un crime de guerre ?
« Militairement, les États-Unis encerclent le Venezuela. La logique est que les États recherchent des alliances avec ceux qui ont la plus grande capacité de pression et de contrôle dans la région. »
Juan Álvarez Vita, ambassadeur
Álvarez Vita estime que Washington ne reculera pas devant le risque de perdre du soutien, rappelant les interventions américaines passées en Grenade (1983) et au Panama (1989). « Le Venezuela a pratiquement tout à perdre, à moins qu’il y ait un changement significatif dans l’équilibre international. », conclut-il.
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