Nvidia a obtenu une nouvelle autorisation d’exporter ses puces H200 vers la Chine, une décision saluée par Wall Street, mais qui pourrait s’avérer illusoire si l’expérience passée avec le modèle H20 se répète. Le PDG de l’entreprise, Jensen Huang, reconnaît lui-même l’incertitude quant à la volonté de Pékin de réellement acquérir ces composants.
L’administration Trump a annoncé cette autorisation d’exportation le 5 décembre, une nouvelle rapidement relayée par l’ancien président sur son réseau social. Cette décision intervient après un intense lobbying de la part de Nvidia, qui espérait ouvrir un marché chinois potentiellement lucratif, estimé à 50 milliards de dollars (environ 46 milliards d’euros). Cependant, l’histoire récente suggère que l’approbation réglementaire ne se traduira pas nécessairement par des ventes effectives.
En juillet 2023, Nvidia avait déjà obtenu l’autorisation d’exporter ses puces H20 vers la Chine. L’enthousiasme initial a été de courte durée. Quelques semaines plus tard, Pékin a discrètement demandé aux géants technologiques chinois, tels qu’Alibaba, Tencent et ByteDance, de privilégier les alternatives nationales aux puces américaines. Cette directive, non officielle, a eu un impact immédiat sur la demande, rendant les H20 invendables. Nvidia a alors dû absorber une perte de 5,5 milliards de dollars (environ 5,1 milliards d’euros) et arrêter la production de ces puces.
« Nous ne savons pas [si la Chine acceptera le H200]. Nous n’en avons aucune idée », a déclaré Jensen Huang après une audition devant la commission sénatoriale des banques. Il a également souligné que la Chine ne tolérerait pas des puces dégradées, conçues pour contourner les contrôles à l’exportation. « Ils ne l’accepteront pas », a-t-il affirmé.
La stratégie chinoise en matière de semi-conducteurs est claire : réduire sa dépendance aux fournisseurs américains. Depuis 2014, le gouvernement chinois a investi plus de 140 milliards de dollars (environ 130 milliards d’euros) dans le développement de ses propres puces, soutenant des entreprises comme Huawei et SMIC. Chaque dollar dépensé pour Nvidia est considéré comme un dollar de moins investi dans l’autonomie technologique chinoise.
L’approbation du H200, plus puissant que le H20, ne change pas cette donne. Au contraire, elle pourrait renforcer la détermination de Pékin à développer ses propres capacités. Les investisseurs doivent donc rester prudents et attendre des signes concrets de commandes de la part des fournisseurs de cloud et des entreprises d’IA chinoises, ainsi que des signaux clairs de la part du gouvernement chinois. À ce stade, l’autorisation d’exporter le H200 ne représente qu’une autorisation sans garantie de revenus.
Les investisseurs qui misent sur une reprise des ventes en Chine devraient surveiller attentivement les annonces de commandes d’Alibaba, Tencent, ByteDance et Baidu. Ils doivent également être attentifs aux éventuelles pressions exercées par le gouvernement chinois sur les entreprises technologiques chinoises, qui pourraient être relayées par les médias économiques locaux. Enfin, il sera crucial de suivre les révisions des prévisions de revenus de Nvidia, notamment si l’entreprise décide d’intégrer ou non les revenus potentiels des centres de données chinois.