Publié le 9 décembre 2025 15:42:00. La Sicile se positionne comme un terrain d’expérimentation pour une nouvelle approche intégrée de la prise en charge des maladies cardio-néphro-métaboliques, un enjeu de santé publique majeur touchant plus de 24 millions d’Italiens.
- Plus de 24 millions de personnes en Italie vivent avec au moins une maladie chronique.
- Plus de 11,6 millions de personnes souffrent d’une maladie cardio-néphro-métabolique, une pathologie complexe et en augmentation.
- Une table ronde clinique et institutionnelle s’est tenue à Palerme pour promouvoir une approche coordonnée et territoriale.
La Sicile est particulièrement touchée par les maladies cardio-néphro-métaboliques, un ensemble de pathologies interconnectées incluant les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, l’insuffisance rénale chronique et l’obésité. Ces affections entraînent un dysfonctionnement de plusieurs organes et augmentent significativement le risque de mortalité et d’invalidité. Les taux de mortalité par maladies circulatoires y sont supérieurs à la moyenne nationale, avec 20 495 décès annuels, dont 44,5 % d’hommes et 55,5 % de femmes. Le diabète, qui représente 90 % des pathologies endocriniennes, contribue également de manière significative au nombre de décès (45,5 % d’hommes et 54,5 % de femmes) et aux hospitalisations.
Le surpoids et l’obésité sont également plus fréquents en Sicile que dans le reste du pays, et leur prévalence augmente chez les enfants et les adolescents. Plus de 4 000 citoyens sont actuellement sous dialyse. Les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité, touchant particulièrement les femmes et les personnes de plus de 75 ans. Cette situation engendre des coûts de santé croissants et exerce une forte pression sur le système de santé régional.
Face à ce défi, une table ronde clinique et institutionnelle dédiée à la « Prise en charge intégrée du patient cardio-néphro-métabolique » s’est tenue au Palazzo dei Normanni de Palerme, à l’initiative de DiCo Sanità et sous la direction de Salvatore Corrao, directeur de médecine interne de l’Arnas Civico de Palerme. Cette réunion a rassemblé des institutions, des cliniciens et des acteurs locaux afin de promouvoir une approche coordonnée, proactive et territoriale dans la prise en charge de ce syndrome complexe, en s’appuyant sur les expériences locales et en recherchant des solutions durables.
Salvatore Corrao a souligné la gravité de la situation en Sicile, où plus de 365 000 personnes sont atteintes de diabète et un nombre important de citoyens présentent un prédiabète, sans être encore pris en charge par des programmes spécifiques. Les coûts des soins de santé liés aux complications cardiovasculaires, à l’insuffisance rénale et à la dialyse ne cessent d’augmenter. Pour relever ce défi, il a plaidé pour un modèle de gouvernance clinique basé sur plusieurs piliers : la stratification de la complexité des cas, l’intégration entre les hôpitaux et les structures de proximité, le développement de la télémédecine, l’interopérabilité des dossiers médicaux et la mise en place d’agendas partagés. Il a également insisté sur la valorisation des médecins généralistes et des infirmiers cliniciens, ainsi que sur l’utilisation optimale des nouvelles thérapies (gliflozines, agonistes du GLP-1, finérénone) afin de réduire la mortalité et le nombre d’hospitalisations.
La réforme territoriale, basée sur le nouvel Accord Complémentaire avec la médecine générale, la relance de la médecine d’initiative et la stratification de la population assistée via la Banque de Données des Patients, jouera un rôle crucial, selon Francesco La Placa, responsable de la planification territoriale de la Région Sicile. Il a souligné l’importance d’outils tels que la présence structurée des médecins généralistes dans les maisons communautaires et la médecine d’initiative, notamment par des visites proactives aux patients présentant des critères de risque, afin de dépister précocement les personnes vulnérables et de réduire le fardeau des maladies chroniques.
Arianna Giunta, secrétaire adjointe provinciale de Sumai, a fait part des difficultés rencontrées par les spécialistes ambulatoires, contraints de consacrer seulement 16 minutes par patient. Elle a également souligné le potentiel des maisons communautaires comme lieux d’intégration entre spécialistes et médecins généralistes, permettant une meilleure gestion des cas complexes, l’activation de filières de prise en charge directe, la rationalisation du CUP et le retour de la prise en charge des patients stabilisés à leur médecin traitant, améliorant ainsi la continuité des soins.
Massimiliano Maisano, Interlocuteur Régional Unique de la Mission 6 du Pnrr, a évoqué le rôle de la technologie : le Plan National de Relance et de Résilience (Pnrr) vise à renforcer les soins de santé de proximité en surmontant les limites du modèle hospitalier mis en évidence pendant la pandémie. Dans un contexte de ressources humaines limitées – médecins, infirmiers, spécialistes – la télémédecine est un outil essentiel pour garantir l’égalité d’accès et la qualité des services, à condition d’être construite sur les besoins réels des professionnels et d’être accompagnée d’une formation adéquate. Il a insisté sur la nécessité de communiquer efficacement sur les réalisations en Sicile, qui constituent des expériences significatives à valoriser.
Maurizio Pastorello, directeur du département pharmaceutique de l’Asp Palermo, a souligné l’urgence de réviser les systèmes d’approvisionnement, actuellement ralentis par des appels d’offres redondants qui entraînent des retards, des pénuries et des coûts supplémentaires, malgré la fixation des prix par l’AIFA. Il a également mis en évidence la fragmentation des trois bases de données régionales, qui empêche le suivi des thérapies, la détection des doublons et la prévention des interactions médicamenteuses, insistant sur la nécessité d’une infrastructure unique et interopérable pour garantir une prescription appropriée et des parcours thérapeutiques plus rapides et plus sûrs.
Roberto Baratta, UOC Endocrinologie, Arnas Garibaldi de Catane, a également dénoncé la fragmentation numérique dans la gestion des maladies chroniques, avec des médecins généralistes et des spécialistes utilisant des logiciels incompatibles. Il a souligné le retard de la Sicile dans l’alimentation des Annales d’AMD. Il a insisté sur la priorité à créer un cloud régional partagé intégrant les données cliniques, administratives et de télémédecine, rendant le parcours du patient traçable et améliorant la pertinence, la continuité des soins et les résultats.
Giuseppina Maura Francese, présidente d’Anmco Sicilia, a appelé à un véritable changement de paradigme, dénonçant les disparités actuelles en matière de prescription qui limitent l’accès aux médicaments nouveaux ou vitaux, créant une distinction entre « patients de série A et de série B ». Elle a plaidé pour un modèle garantissant l’égalité des chances en matière de prescription dans tous les établissements, ainsi qu’une formation numérique généralisée afin de normaliser les normes de traitement et de réduire la mortalité cardiovasculaire.
La discussion s’est conclue par les interventions de Vito Emanuele Raia, Conseil d’Administration de Continuité des Soins, Fimmg Palermo, et du Secrétaire Régional d’Aned Sicilia, Fabio Belluomo. Raia a souligné que pour éviter les hospitalisations et rendre la prévention plus efficace, il est crucial que les médecins généralistes aient la possibilité de prescrire des médicaments actuellement réservés aux spécialistes. Le médecin généraliste est le premier point de contact pour le patient et joue un rôle essentiel dans l’évaluation clinique, la planification de la prévention et le suivi continu. L’éducation sanitaire des patients doit commencer dès le plus jeune âge dans ce contexte.
Belluomo a enfin attiré l’attention sur la prévention néphrologique : la prévention des maladies rénales est une priorité absolue pour les soins de santé siciliens, afin de réduire le nombre de patients dialysés. Cela nécessite d’investir dans l’éducation sanitaire et l’implication précoce des médecins généralistes et des pédiatres. Il a également plaidé pour l’extension de la dialyse à domicile sur tout le territoire et le renforcement du modèle sicilien, où plus de 80 % des dialyses sont réalisées dans des établissements privés.
Les participants ont partagé une vision commune : la nécessité de transformer la Sicile en un laboratoire national d’innovation dans la gestion de la chronicité cardio-néphro-métabolique, en s’appuyant sur le dépistage précoce, les thérapies appropriées, l’intégration des professionnels, l’interopérabilité des données, la télémédecine, le renforcement de la médecine générale et des modèles organisationnels axés sur les résultats. Une stratégie qui permettra d’améliorer la qualité de vie des citoyens et de rendre le système de santé plus efficace et durable à long terme.