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Le rédacteur en chef du New York Times, Joe Kahn, ne comprend pas ce que veulent les lecteurs

by Sophie Martin

Publié le 10 décembre 2025 à 01h36. Le rédacteur en chef du New York Times, Joe Kahn, affirme que la principale difficulté de son poste réside dans la résistance aux pressions des lecteurs, tout en sous-estimant, selon certains observateurs, la nature de leurs préoccupations. Il est accusé de ne pas reconnaître la profondeur de la crise politique actuelle aux yeux d’une partie de son lectorat.

Joe Kahn estime que certains lecteurs souhaitent voir le New York Times adopter une ligne éditoriale plus partisane, comparable à celle de Fox News, mais orientée à gauche. « La partie la plus difficile du travail consiste à produire un reportage indépendant, alors que certains lecteurs souhaitent vraiment un reportage plus partisan », a-t-il déclaré dans une récente session de questions-réponses.

« Nos lecteurs ont bien sûr leurs propres convictions et loyautés, et certains souhaitent voir davantage de couverture médiatique qui correspond à leurs points de vue », a-t-il ajouté. Selon lui, le rôle du Times n’est pas de valider les opinions préexistantes de ses lecteurs, car ils ont déjà accès à une multitude de sources d’information en ligne.

M. Kahn défend cette position depuis sa nomination en 2022, succédant à Dean Baquet. Lors d’un entretien en mai 2024, il avait critiqué l’idée que le Times abandonne ses principes fondamentaux en se positionnant comme un défenseur de la démocratie. Il avait alors affirmé : « Dire que les menaces contre la démocratie sont si grandes que les médias vont abandonner leur rôle central de source d’information impartiale pour aider les gens à voter – cela revient essentiellement à dire que les médias d’information devraient devenir un bras de propagande pour un seul candidat, parce que nous préférons le programme de ce candidat. »

Cependant, les critiques estiment que les lecteurs ne demandent pas au Times de produire de la propagande pro-démocrate, mais plutôt une analyse plus lucide et honnête de la situation politique actuelle aux États-Unis. Ils reprochent au journal d’ignorer des éléments essentiels pour comprendre l’ère Trump, ce qui, selon eux, équivaut à propager de la désinformation.

Plusieurs points sont régulièrement soulevés par ces critiques :

  • Les États-Unis seraient devenus un État autoritaire, caractérisé par la présence de forces armées dans les rues, des arrestations arbitraires de ressortissants étrangers, des interventions de l’État dans l’économie, et une répression des opposants politiques. Une analyse approfondie de cette situation a été publiée récemment.
  • Donald Trump serait personnellement perturbé et déconnecté de la réalité, vivant dans un monde de mensonges et de fantasmes, souvent mal informé par son entourage.
  • Le nationalisme chrétien blanc et le racisme seraient les moteurs principaux de l’administration Trump.
  • La désinformation et les mensonges ne seraient pas des erreurs isolées, mais une composante essentielle de la stratégie de l’administration.
  • Donald Trump serait engagé dans une vaste entreprise de corruption visant à s’enrichir personnellement, ainsi que sa famille et ses associés.
  • L’administration Trump fonctionnerait comme une entreprise criminelle, violant régulièrement la loi.
  • Les droits civils et humains des femmes, des immigrés, des minorités ethniques et des personnes transgenres seraient systématiquement réduits.
  • Le Parti républicain aurait perdu sa crédibilité et son sérieux.
  • Les mécanismes de contrôle et d’équilibre entre les pouvoirs seraient effondrés.
  • Le gouvernement fédéral, en particulier le ministère de la Justice et le Département de la sécurité intérieure, seraient instrumentalisés pour réprimer l’opposition politique, rendant toute information provenant de ces sources suspecte.
  • La cruauté et le racisme de Donald Trump seraient pleinement adoptés par le mouvement MAGA et par les agents fédéraux chargés de l’application de la loi.

Selon les critiques, ces réalités ne devraient pas être simplement évoquées dans des analyses ponctuelles, mais reconnues ouvertement et systématiquement pour décrire avec précision la situation politique actuelle. Leur omission dans les reportages serait perçue comme une normalisation de l’anormal et une facilitation de la voie vers un autoritarisme accru.

L’auteur de ces critiques souligne qu’il a déjà abondamment écrit sur les dérives du New York Times, accusant le journal d’avoir perdu ses repères et d’être en partie responsable de la victoire de Donald Trump en 2016. Il dénonce également la tendance du journal à critiquer la gauche et à s’aligner sur les positions de son éditeur, A.G. Sulzberger.

Il cite plusieurs exemples récents de reportages problématiques, notamment un article d’octobre qui présentait l’inquiétude suscitée par l’autoritarisme de Trump comme une position partisane, et un article de la semaine dernière qui utilisait des formulations telles que « les critiques affirment » pour minimiser des conclusions évidentes. Le journal est également accusé de publier des titres trompeurs, comme celui affirmant que le déploiement de la Garde nationale à Washington visait à lutter contre la criminalité, alors qu’il s’agissait en réalité d’une opération politique. Des analyses démontrent que les affirmations de l’administration sur la criminalité sont infondées.

Malgré ces critiques, l’auteur reconnaît que le New York Times a fait quelques progrès ces derniers temps, notamment en adoptant une couverture plus critique de l’administration Trump. Cependant, il estime que le journal reste trop prudent et hésite à exprimer clairement sa position. Il cite un article récent sur l’hypocrisie de Donald Trump concernant le pardon d’un trafiquant de droque, qui se contentait de qualifier la situation de « contradictions » et laissait à un démocrate le soin de tirer les conclusions évidentes. Une analyse de l’évolution de la ligne éditoriale du journal a été publiée en septembre.

L’auteur conclut que l’amélioration du New York Times dépendra moins des efforts de Joe Kahn que de la détermination des journalistes à dénoncer la vérité, malgré les pressions internes. Il estime que les journalistes du Times sont conscients des enjeux, mais qu’ils craignent les représailles de leur rédacteur en chef.

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