Home MondeLes voleurs du Louvre se sont échappés car les images du braquage ont été visionnées avec 30 secondes de retard

Les voleurs du Louvre se sont échappés car les images du braquage ont été visionnées avec 30 secondes de retard

by Clara Dubois

Publié le 10 décembre 2025 12:28:00. Le vol spectaculaire de bijoux survenu au Louvre en octobre dernier met en lumière des défaillances alarmantes dans la sécurité du musée, pointées du doigt depuis plus de vingt ans par plusieurs rapports d’alerte. Une commission d’enquête sénatoriale révèle un système de surveillance inefficace et des négligences de gestion.

  • Les caméras de surveillance ont enregistré le déroulement du vol, mais personne n’a visionné les images en direct.
  • Des avertissements concernant les faiblesses de la sécurité du Louvre, notamment dans la galerie Apollon, avaient été ignorés dès 2019.
  • Les directeurs successifs du Louvre, Jean-Luc Martinez et Laurence des Cars, sont critiqués pour avoir privilégié la politique d’acquisition de nouvelles œuvres au détriment des mesures de sécurité élémentaires.

L’enquête sénatoriale sur le vol historique survenu au musée du Louvre le 19 octobre dernier continue de révéler des lacunes profondes dans la gestion de la sécurité du célèbre établissement. Les auditions menées par la commission d’enquête mettent en évidence une situation d’abandon progressif qui s’étend sur deux décennies.

Pascal Mignerey, membre de la Mission de sécurité du ministère de la Culture et enquêteur sur le vol, a témoigné devant les sénateurs :

« Les caméras de sécurité ont enregistré l’arrivée des voleurs, elles ont enregistré l’entrée des voleurs dans le musée, elles ont enregistré le départ des voleurs avec les bijoux volés… mais personne n’a regardé ces enregistrements en direct… alors quand les services de surveillance ont fini par examiner ces enregistrements, il était déjà trop tard… Les voleurs auraient pu être arrêtés si les images du braquage n’avaient pas été visionnées avec 30 secondes de retard…»

Pascal Mignerey, membre de la Mission de sécurité du ministère de la Culture

Il a souligné l’absurdité de la situation :

« Quand les agents de sécurité ont fini par voir les images enregistrées c’était trop tard. Si ces images avaient été vues en direct ou 30 secondes plus tôt, le vol historique aurait pu être évité »

Pascal Mignerey, membre de la Mission de sécurité du ministère de la Culture

Laurent Lafon, sénateur centriste et président de la commission d’enquête, a résumé ses premières conclusions :

« Le Louvre a été victime des défaillances de la sécurité générale du musée, victime des défaillances de la tutelle et de la gestion, qui n’ont jamais pris en compte les problèmes majeurs de sécurité. Il ne s’agit pas d’un échec ou d’un échec fortuit, ni d’une malchance… ce sont des décisions qui n’ont pas été prises, à l’époque, il y a des années, où les problèmes sous-jacents de l’insécurité du Louvre ont été identifiés. »

Laurent Lafon, sénateur centriste

L’attention se porte également sur des avertissements antérieurs. Dès 2019, la célèbre maison de joaillerie Van Cleef & Arpels, lors de travaux spécifiques, avait identifié les « défauts » et les « faiblesses » de la sécurité dans plusieurs galeries du Louvre, notamment la galerie Apollon, lieu du récent vol. Ces avertissements, pourtant précis, n’ont pas été pris en compte par la direction du musée.

Jean-Luc Martinez, directeur du Louvre entre 2013 et 2021, et Laurence des Cars, directrice depuis 2021, sont au centre des critiques. Ils doivent rendre des comptes devant le Sénat sur les manquements répétés en matière de sécurité qui se sont accumulés au cours de la dernière décennie. Officieusement, les deux directeurs sont accusés d’avoir privilégié la communication autour de leurs acquisitions de chefs-d’œuvre au détriment des investissements nécessaires à la sécurité du musée.

Les enquêteurs soulignent que Laurence des Cars aurait fait preuve d’une « insensibilité » face aux problèmes de sécurité importants et graves, et qu’elle aurait manqué d’intérêt pour les rapports successifs qui dénonçaient l’aggravation de l’insécurité au Louvre, tant au niveau des entrées que des salles et des services de contrôle et de surveillance.

La commission d’enquête sénatoriale poursuit ses travaux afin d’établir les responsabilités et de proposer des mesures correctives pour garantir la sécurité du Louvre et de ses collections.

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