Home SantéUn vaccin pédiatrique associé à un risque plus faible de bactéries résistantes aux antibiotiques

Un vaccin pédiatrique associé à un risque plus faible de bactéries résistantes aux antibiotiques

by Sophie Martin

Publié le 11 décembre 2025 à 11h38. Une étude menée au Guatemala suggère que la vaccination infantile, notamment contre la pneumonie, pourrait contribuer à réduire la propagation des bactéries résistantes aux antibiotiques, une menace sanitaire mondiale croissante.

  • La vaccination contre le pneumocoque (PCV13) est associée à une diminution significative de la présence de bactéries résistantes aux céphalosporines à spectre étendu (ESCrE) chez les enfants de moins de 5 ans.
  • Les chercheurs ont observé que les enfants vaccinés étaient moins susceptibles de développer des colonies de ces bactéries, en partie grâce à une réduction des visites chez le médecin.
  • La consommation de yaourt et l’exposition à l’agriculture pourraient également jouer un rôle dans la colonisation bactérienne.

La lutte contre l’antibiorésistance est un enjeu majeur de santé publique. Chaque année, des millions de décès sont liés à des infections devenues difficiles, voire impossibles, à traiter en raison de la résistance des bactéries aux médicaments. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de la Washington State University (WSU), apporte un éclairage original sur les stratégies potentielles pour limiter la propagation de ces bactéries.

L’équipe de la WSU s’est intéressée à l’impact des vaccins contre le rotavirus (RV) et le pneumocoque (PCV13) sur la colonisation intestinale par des bactéries résistantes aux antibiotiques, notamment les Entérobactériennes résistantes aux céphalosporines à spectre étendu (ESCrE). La colonisation, c’est la présence de ces bactéries dans l’organisme sans provoquer de maladie immédiate, mais elles peuvent persister et potentiellement entraîner des infections ou être transmises à d’autres.

L’étude, dont les résultats ont été récemment publiés dans la revue Vaccin, a été menée sur un échantillon de 406 enfants au Guatemala. Si les résultats concernant le vaccin contre le rotavirus n’ont pas été concluants – en raison du faible nombre de cas de diarrhée observés – une corrélation significative a été établie entre la vaccination contre le pneumocoque et une diminution de la colonisation par les ESCrE.

Selon le Dr Brooke Ramay, chercheur à l’école Paul G. Allen pour la santé mondiale de la WSU, cette découverte est particulièrement intéressante car elle s’éloigne des approches traditionnelles de lutte contre l’antibiorésistance.

« La plupart des études se concentrent sur la prévention des infections et la réduction de l’utilisation des antibiotiques. Notre approche était différente : nous avons suivi les bactéries colonisatrices et constaté que la vaccination réduisait le risque de colonisation par un mécanisme distinct, notamment en limitant les visites à la clinique et donc l’exposition à ces bactéries. »

Les chercheurs ont également identifié d’autres facteurs influençant la colonisation bactérienne. Les enfants ayant signalé des épisodes de diarrhée au cours du mois précédent présentaient un risque accru de développer des ESCrE, probablement en raison de l’inflammation intestinale qui favorise le développement de bactéries résistantes comme Escherichia coli (E. coli). À l’inverse, la consommation de yaourt semblait avoir un effet protecteur, suggérant que les probiotiques qu’il contient pourraient contribuer à maintenir un équilibre sain de la flore intestinale.

L’environnement joue également un rôle. Les enfants issus de familles pratiquant l’agriculture étaient plus susceptibles d’être colonisés par des bactéries résistantes, potentiellement en raison du contact avec des sols ou de l’eau contaminés par des matières fécales animales ou humaines.

L’équipe de la WSU prévoit de mener des études complémentaires pour approfondir la compréhension des liens entre l’utilisation des terres agricoles, l’exposition environnementale et la colonisation par des bactéries résistantes. Cette recherche a été menée en collaboration avec l’Universidad del Valle de Guatemala et a bénéficié du soutien financier des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis et du Wellcome Trust de Grande-Bretagne.

Des études antérieures menées au Guatemala avaient déjà montré que les visites à l’hôpital ou à la clinique augmentaient plus que deux fois le risque de portage de bactéries résistantes chez les enfants, tandis que l’utilisation d’antibiotiques n’était pas corrélée de manière significative à la colonisation.

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