Publié le 11 décembre 2025 13:06:00. L’essor de la fécondation in vitro (FIV) au Nigeria soulève des inquiétudes croissantes quant au manque de soutien psychologique offert aux couples confrontés à l’échec des traitements, un traumatisme souvent négligé par le système de santé reproductive du pays.
- Les experts mettent en garde contre les conséquences émotionnelles dévastatrices des cycles de FIV infructueux, notamment la dépression et l’anxiété.
- L’Initiative de Sensibilisation à la Fertilité (FAAI) plaide pour l’intégration systématique d’un accompagnement psychologique dans les protocoles de traitement.
- Des lacunes réglementaires, des coûts élevés et la stigmatisation sociale contribuent à aggraver la souffrance des couples nigérians.
La dépendance croissante des Nigérians à la fécondation in vitro (FIV) pour réaliser un projet parental est de plus en plus scrutée. Lors d’un récent programme de sensibilisation à la fertilité organisé par la Initiative de Sensibilisation à la Fertilité (FAAI) à Lagos, des professionnels de la santé, des psychologues et des couples ont souligné l’urgence d’une meilleure prise en charge des aspects émotionnels liés à cette technique de procréation médicalement assistée (PMA). L’échec des cycles de FIV, bien que fréquent, reste un sujet tabou, laissant de nombreux couples isolés et vulnérables.
Le forum, qui s’est déroulé en présentiel et en ligne avec le soutien technique du Nordica Fertility Centre, a permis de recueillir des témoignages poignants. Les participants ont partagé leurs expériences, illustrant le coût humain caché derrière une industrie de la PMA en plein essor, mais souvent perçue comme commerciale. Vivian Patrick, vice-présidente de la FAAI, a décrit la FIV comme un « voyage d’espoir fondé sur des sacrifices émotionnels, physiques et financiers », ajoutant que de nombreux couples sont « psychologiquement blessés » lorsque les cycles ne mènent pas à une grossesse.
« Le traitement de l’infertilité épuise les couples émotionnellement et financièrement. Beaucoup se retrouvent avec des blessures invisibles dues à des cycles ratés, à des fausses couches et à des attentes déçues. C’est pourquoi FAAI existe : pour créer de la chaleur, donner de la force et rappeler aux couples qu’ils ne sont pas seuls. »
Vivian Patrick, vice-présidente de la FAAI
Selon la FAAI, plusieurs facteurs aggravent la souffrance émotionnelle des couples nigérians : des mythes culturels persistants, un recours tardif aux soins, des coûts de traitement élevés et une stigmatisation sociale tenace. Le fardeau de l’échec est également alourdi par la peur du jugement public, qui pousse de nombreuses personnes à se taire. Un exemple frappant a été relaté lors d’un tirage au sort organisé par la FAAI, où un homme, épuisé par plusieurs échecs, a vu son espoir renaître en remportant un cycle de FIV gratuit. Ce moment de joie collective a illustré le pouvoir de l’espoir et du soutien communautaire.
Les professionnels de la santé soulignent que l’échec de la FIV doit être considéré comme une forme de deuil.
« Les couples ne perdent pas seulement une grossesse ; ils perdent espoir, identité et parfois dignité. Au Nigeria, où l’accouchement détermine la valeur sociale, cette perte est encore plus brutale. »
Pillot Gbolahan, psychologue clinicien
Des études internationales montrent qu’environ la moitié des personnes suivant un traitement de fertilité souffrent d’une détresse émotionnelle significative, avec des taux de dépression variant entre 15 et 24 %, et d’anxiété atteignant 28 %. Le psychologue Pillot Gbolahan met en garde contre les conséquences non traitées de ces traumatismes, qui peuvent entraîner des conflits conjugaux, un retrait émotionnel et des ruptures de communication. Il explique également que le stress chronique peut réduire les chances de succès de la FIV, notamment pendant la période d’attente après le transfert d’embryon.
Precious Balogun, conseillère en fertilité, insiste sur la nécessité d’intégrer formellement un accompagnement psychologique dans les protocoles de traitement de fertilité au Nigeria.
« L’échec de la FIV est un chagrin. L’absence d’un bébé ne signifie pas l’absence de perte. Pourtant, les couples sont censés revenir à une vie normale sans espace pour gérer ce chagrin. »
Precious Balogun, conseillère en fertilité
Elle dénonce la pression sociale exercée sur les couples nigérians, les conseils non sollicités, les mythes traditionnels et l’ingérence familiale, qui exacerbent les blessures émotionnelles. Elle souligne également que de nombreuses femmes restent anxieuses même après un test de grossesse positif, hantées par des pertes antérieures.
Sur le plan médical, le Dr Victor Ajayi, spécialiste de la fertilité au Nordica Fertility Centre de Lagos, explique que l’échec de la FIV ne signifie pas nécessairement une erreur médicale. Il précise que certaines femmes réagissent mieux aux transferts d’embryons congelés qu’aux cycles frais, et que des conditions telles que l’endométriose peuvent réduire les chances de succès.
« Même lorsque les embryons semblent “parfaits”, l’implantation peut échouer en raison d’anomalies génétiques, d’une mauvaise réceptivité utérine ou de facteurs échappant au contrôle scientifique actuel. La FIV n’est pas magique. C’est une interaction complexe entre la biologie, le timing et le hasard. Même dans les meilleurs centres du monde, les cycles de FIV échouent. »
Dr Victor Ajayi, spécialiste de la fertilité au Nordica Fertility Centre
Le Dr Abayomi Ajayi, directeur médical du Nordica Fertility Centre, appelle les Nigérians à la prudence et à l’esprit critique lors du choix d’une clinique de FIV. Il recommande de vérifier les qualifications, l’intégrité et la transparence des établissements. Les participants au forum ont également souligné la nécessité d’une réglementation plus stricte, d’une éducation publique pour lutter contre la stigmatisation et d’un soutien communautaire pour les couples confrontés à des échecs répétés.
L’événement s’est conclu sur une note d’espoir, avec l’annonce de cinq cycles de FIV offerts à des participants, dont un tiré au sort en direct. Cependant, la victoire la plus importante reste la volonté de briser le silence autour de l’échec de la FIV.
« L’échec de la FIV n’est pas la fin. Mais la guérison doit venir avant que l’espoir puisse renaître. »
Vivian Patrick, vice-présidente de la FAAI
Alors que la demande de procréation assistée continue de croître au Nigeria, les experts insistent sur la nécessité de construire l’avenir des soins de fertilité sur des bases solides : la science, la compassion, le bien-être mental et un dialogue public honnête.
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