Publié le 17 décembre 2025 à 06:41:00. Une nouvelle étude révèle que l’œstrone, une hormone produite par les tissus adipeux, pourrait expliquer pourquoi les femmes ménopausées obèses sont plus susceptibles de développer un cancer du sein agressif et d’en décéder, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- L’œstrone, une forme d’œstrogène produite dans les tissus adipeux, est identifiée comme un facteur clé dans le développement du cancer du sein à récepteurs d’œstrogènes positifs (ER+) chez les femmes ménopausées obèses.
- Les taux élevés d’œstrone induisent une inflammation intense, favorisant la croissance tumorale et affaiblissant la réponse immunitaire.
- L’utilisation de médicaments favorisant la perte de poids, tels que les agonistes des récepteurs GLP-1, pourrait constituer une approche prometteuse pour contrer les effets cancérigènes de l’œstrone.
Le cancer du sein demeure un défi majeur de santé publique chez les femmes, et les chercheurs s’efforcent de mieux comprendre les mécanismes biologiques et métaboliques qui influencent son développement. Une analyse récente, menée par l’Université de Georgetown aux États-Unis, met en lumière le rôle potentiel de l’œstrone, une hormone souvent négligée, dans l’aggravation du pronostic pour les femmes ménopausées en surpoids.
Selon le Dr Joyce Slingerland, médecin au Lombardi Comprehensive Cancer Center de l’Université de Georgetown, les femmes ménopausées obèses présentent un risque particulièrement élevé de développer un cancer du sein à récepteurs d’œstrogènes positifs (ER+), la forme la plus courante et la plus mortelle de cette maladie après la ménopause. Elles sont non seulement plus susceptibles de recevoir ce diagnostic, mais aussi deux à trois fois plus susceptibles d’en mourir.
« Cela est particulièrement préoccupant car on estime que l’obésité touchera près de la moitié des femmes aux États-Unis d’ici la fin de la décennie »
Dr Joyce Slingerland, médecin au Lombardi Comprehensive Cancer Center de l’Université de Georgetown
Avant la ménopause, l’œstrogène dominant est le 17β-estradiol, produit principalement par les ovaires. Cependant, après la ménopause, les niveaux de 17β-estradiol chutent considérablement, et l’œstrone devient la forme d’œstrogène la plus abondante dans le sang, les seins et les tissus adipeux. Bien que structurellement similaires, les études du Dr Slingerland démontrent des effets distincts entre ces deux hormones.
L’analyse révèle que chez les femmes obèses, les taux d’œstrone sont significativement plus élevés dans les tissus adipeux, mammaires et autres, atteignant des niveaux 2 à 4 fois supérieurs à la normale. Ces niveaux élevés d’œstrone induisent une inflammation chronique, déclenchant une cascade de réactions qui favorisent les changements précancéreux et activent les gènes impliqués dans la progression du cancer. De plus, l’œstrone et l’inflammation qu’elle provoque semblent affaiblir la capacité du système immunitaire à détecter et à éliminer les cellules cancéreuses.
Les recherches du Dr Slingerland ont permis d’établir des liens de causalité entre l’œstrone et l’évolution défavorable du cancer du sein ER+ chez les femmes ménopausées obèses, suggérant qu’une nouvelle approche thérapeutique pourrait être nécessaire. L’étude, publiée dans Nature Reviews Endocrinology, ouvre la voie à des essais cliniques évaluant l’efficacité des médicaments GLP-1, utilisés pour favoriser la perte de poids, chez les femmes atteintes d’un cancer du sein ER+ et obèses.
Bien que les interventions axées sur le mode de vie, telles que l’exercice physique régulier et une alimentation équilibrée, se soient avérées prometteuses pour les femmes atteintes d’un cancer du sein ER+, leur efficacité à long terme et leur capacité à produire des améliorations cliniques significatives restent incertaines.
« Les médicaments GLP-1 ont révolutionné la perte de poids. En raison des puissants effets inflammatoires de l’œstrone sur les graisses, il existe une forte possibilité qu’en induisant une perte de poids, les médicaments GLP-1 puissent freiner l’effet cancérigène de l’œstrone »
Dr Joyce Slingerland, médecin au Lombardi Comprehensive Cancer Center de l’Université de Georgetown
À lire aussi
