Home Santé« Comme c’est étrangement doux » : laryngite et la bizarrerie tranquille de Senryu

« Comme c’est étrangement doux » : laryngite et la bizarrerie tranquille de Senryu

by Sophie Martin

La poésie japonaise, souvent associée à la contemplation zen du haïku, recèle une forme plus espiègle et satirique : le senryu. Cette expression poétique, moins connue mais tout aussi subtile, explore les travers de l’humanité avec un humour délicat.

Alors que le haïku, popularisé par des maîtres comme Bashō, se concentre traditionnellement sur la nature et les saisons, le senryu, apparu un siècle plus tard, se destine à divertir et à observer avec légèreté les faiblesses humaines. Cette distinction s’est estompée en partie avec l’introduction du haïku dans le monde anglophone, notamment grâce aux poètes imagistes comme Ezra Pound et Amy Lowell, donnant naissance à une forme hybride qui mêle introspection et ironie.

C’est cette fusion que l’on retrouve dans le recueil « Hush », où les trois premières lignes établissent un dialogue entre solennité et confession. Le point de départ est un diagnostic médical banal, mais potentiellement inquiétant : une laryngite. L’auteur explore ainsi la perte de la voix comme un sujet à double sens.

« Comme c’est étrangement doux / ce vœu de silence », ironise le poète, une phrase qui souligne la contradiction entre le désir de repos vocal et la peur de perdre la capacité de s’exprimer. Le senryu lui-même, presque imperceptible, incarne cette quasi-absence de voix et la perplexité qu’elle engendre.

L’inquiétude et la beauté du corps humain se mêlent dans des vers plus troublants, comme celui décrivant une « laryngoscopie / sibilances montant / venant des profondeurs ». Mais c’est dans les dernières lignes que l’on perçoit pleinement l’influence du haïku et du senryu : « premier gel / de plus en plus / je souris juste ». Cette image, à la fois saisonnière et introspective, suggère que la rencontre entre la poésie et la médecine peut apporter un certain apaisement.

En définitive, « Hush » démontre que ces deux formes poétiques, le haïku et le senryu, peuvent coexister et s’enrichir mutuellement, offrant une perspective unique sur la condition humaine et notre rapport au monde qui nous entoure.

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