Héros de la Résistance et figure emblématique de la France libre, Jean Moulin a débuté une carrière administrative brillante avant de s’engager dans la lutte contre l’occupation. En 2025, on célèbre le centenaire de sa nomination comme plus jeune préfet de France, un parcours qui témoigne de son dévouement à la République.
Mobilisé dès la déclaration de guerre en septembre 1939, Jean Moulin fut maintenu à son poste de préfet de l’Eure-et-Loir par Albert Sarraut, alors ministre de l’Intérieur, qui reconnaissait sa valeur en ces temps troublés. Le 17 juin 1940, l’arrivée des troupes allemandes à Chartres marqua un tournant décisif. Les autorités allemandes tentèrent de le forcer à signer un document diffamatoire accusant les troupes sénégalaises de l’armée française de massacres de civils. Indigné, Jean Moulin refusa catégoriquement.
Ce refus lui coûta cher. Battu, menacé et incarcéré, il tenta de mettre fin à ses jours en se tranchant la gorge avec un éclat de verre. « Je ne peux pas être complice de cette monstrueuse machination […] Tout plutôt que cela, tout, même la mort », aurait-il déclaré. Sauvé in extremis par des religieuses, il conserva son poste quelques mois après la signature de l’armistice du 22 juin 1940, avant d’être finalement démis de ses fonctions par le gouvernement de Vichy en novembre 1940.
Dès le 2 novembre 1940, date de sa révocation par le maréchal Pétain, Jean Moulin se prépara à rejoindre la Résistance. En octobre 1941, il fut présenté au général de Gaulle, qui, séduit par sa personnalité, le nomma délégué au comité national français pour la zone libre. Sous les noms de code successifs de “Régis”, puis “Rex”, et enfin “Max”, il joua un rôle crucial dans la fédération des différentes composantes de la Résistance intérieure, à la demande du général de Gaulle, en fondant le Conseil National de la Résistance.
La Gestapo, ayant identifié “Max”, le traqua activement. Le 21 juin 1943, une réunion des chefs de la Résistance à Caluire-et-Cuire, près de Lyon, tourna au drame. La Gestapo fit irruption sur les lieux et arrêta tous les participants. Jean Moulin fut soumis à d’interminables interrogatoires et à des tortures atroces infligées par Klaus Barbie. Malgré la violence, il protégea le Conseil National de la Résistance et ne révéla aucun secret.
Il décéda des suites de ses blessures, probablement le 8 juillet 1943, en gare de Metz, lors de son transfert vers l’Allemagne. Dès le lendemain de la Libération, un hommage national fut rendu à Jean Moulin, symbole de la résistance française. Ses cendres furent transférées au Panthéon le 19 décembre 1964, lors d’une cérémonie marquée par le discours poignant d’André Malraux : « Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France… »
Jean Moulin fut nommé à titre posthume général de division et réintégré dans le corps préfectoral en tant que préfet de première classe. Son héritage perdure aujourd’hui, avec plus de 390 établissements scolaires portant son nom, quatre musées lui dédiant des espaces spécifiques à travers la France, et de nombreux monuments commémoratifs érigés en sa mémoire.
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