Publié le 21 décembre 2023 16h00:00. L’histoire de la rivalité entre Apple et Microsoft est jalonnée de prévisions erronées, et le rire condescendant de Steve Ballmer face au premier iPhone en est un exemple frappant. Cet épisode illustre l’importance de l’adaptabilité et de l’ouverture d’esprit dans le secteur technologique.
- En 2009, l’iPhone a dépassé Windows Mobile en parts de marché aux États-Unis, marquant un tournant décisif.
- Le modèle de Microsoft, axé sur les claviers physiques et les fonctionnalités bureautiques, s’est révélé dépassé face à l’interface tactile intuitive d’Apple.
- Cet échec a conduit Microsoft à abandonner Windows Mobile et à tenter de se relancer avec Windows Phone, sans succès majeur.
On se souvient encore de l’image de Steve Ballmer, alors PDG de Microsoft, se moquant ouvertement du prix et de l’absence de clavier physique sur le tout premier iPhone. Selon lui, cet appareil était une simple curiosité, vouée à un marché de niche et incapable de séduire le monde de l’entreprise, principal moteur économique de l’industrie de la téléphonie mobile à l’époque.
En 2007, le marché était dominé par BlackBerry, avec ses claviers physiques, et par Windows Mobile, qui cherchait à reproduire l’expérience de l’ordinateur de bureau sur un téléphone. Les smartphones étaient alors perçus comme des outils de productivité, destinés aux professionnels, et non comme des objets de consommation de masse.
Pourtant, il ne fallut que 24 mois pour que ce sourire moqueur se transforme en amère déception. En décembre 2009, les chiffres ont confirmé l’impensable : l’iPhone OS (ancêtre d’iOS) venait de dépasser Windows Mobile en termes de parts de marché aux États-Unis. Cette ligne franchie sur un graphique a symbolisé la fin de l’ère Microsoft dans le domaine mobile et le début d’un avenir qu’Apple n’avait peut-être pas lui-même imaginé.
Un rire qui a mal vieilli
Le déclin de Microsoft dans le secteur mobile ne s’est pas produit du jour au lendemain, mais la surprise de 2009 symbolise un véritable changement de garde. Alors que Ballmer défendait un modèle basé sur les stylets et les claviers physiques, Apple misait sur une interface entièrement tactile qui redéfinissait l’utilisation des appareils. Windows Mobile, avec sa structure de menus héritée de l’environnement de bureau du PC, a commencé à paraître archaïque à une vitesse fulgurante, en comparaison avec la fluidité de ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom d’iOS.
L’iPhone offrait une nouvelle façon de naviguer et un écosystème d’applications qui ont rapidement captivé le public et les développeurs, élargissant son attrait au-delà du marché des entreprises. Lorsque les chiffres de fin 2009 sont tombés, les dégâts étaient irréparables. Sur les 36 millions de smartphones en circulation aux États-Unis à cette époque, un quart fonctionnait déjà sous le système d’exploitation d’Apple.
Le problème fondamental était que Windows Mobile avait commis l’erreur de vouloir transposer un ordinateur complet sur un écran de seulement 7,6 centimètres (3 pouces). Tout était minuscule et conçu pour le travail, pas pour le divertissement. Pour effectuer une action aussi simple que fermer une fenêtre, il fallait sortir un stylet en plastique et viser avec précision. Apple, lui, avait compris que le doigt est le meilleur pointeur au monde : là où Windows Mobile vous faisait lutter avec des barres de défilement microscopiques, l’iPhone fonctionnait avec des gestes naturels. Cette différence, la nécessité d’apprendre à utiliser un téléphone portable plutôt que de l’utiliser intuitivement, a été la véritable cause de la déroute.
Microsoft, qui avait auparavant méprisé ses concurrents, s’est retrouvé en troisième position. Ce qui est particulièrement frappant, c’est que le leader incontesté restait alors BlackBerry, avec 40 % du marché, un autre géant qui n’avait pas perçu le changement de vent. Symbian et Palm OS ont également commencé à s’effondrer, incapables de s’adapter à la nouvelle ère tactile et à l’écosystème d’applications qu’Apple consolidait.
L’effet domino après l’arrivée de l’iPhone
Ce mois de décembre 2009 a déclenché une réaction en chaîne au sein de Microsoft. La perte de parts de marché face à l’iPhone a contraint l’entreprise à prendre des décisions drastiques : quelques mois plus tard, en 2010, elle a décidé de sacrifier Windows Mobile pour tenter de renaître avec Windows Phone.
Il s’agissait d’une tentative de relancer sa stratégie et de rivaliser directement avec l’expérience utilisateur proposée par Apple, mais Microsoft est arrivé trop tard à une fête dont les règles avaient déjà été dictées par Cupertino.
Ce retournement de situation s’est également reflété sur le marché boursier et sur la valeur des actions des deux entreprises. En mai 2010, seulement cinq mois après avoir perdu la bataille du système d’exploitation mobile, Apple a dépassé Microsoft en termes de capitalisation boursière, un autre symbole de la transformation en cours.
De tous les concurrents d’Apple en 2009 (BlackBerry, Palm OS, Symbian et Windows Mobile), aucun n’a survécu. Le seul qui a réussi à comprendre le changement de paradigme et à s’adapter a été Android, qui a créé le duopole que nous connaissons aujourd’hui. L’écosystème ouvert d’Android et son adoption rapide par les fabricants lui ont permis de concurrencer directement Apple, tandis que Microsoft et d’autres géants étaient laissés pour compte, incapables de réagir à temps.
Aujourd’hui, avec iOS approchant les 60 % de parts de marché aux États-Unis et une Apple qui continue de battre des records de revenus avec l’iPhone 17, cet épisode de 2009 nous rappelle l’importance d’anticiper les évolutions technologiques. Au-delà des chiffres, cette histoire nous enseigne une leçon : dans le domaine de la technologie, ceux qui ignorent les changements risquent de devenir une relique du passé. Comme le disait Steve Jobs, il faut toujours « rester affamé, rester fou ».
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