Home MondeSix mois après les frappes israéliennes et américaines, l’Iran relance progressivement son programme nucléaire / Article

Six mois après les frappes israéliennes et américaines, l’Iran relance progressivement son programme nucléaire / Article

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2023 14:35:00. Les récentes frappes israéliennes et américaines contre les installations nucléaires iraniennes ont soulevé des inquiétudes quant à la reprise du programme nucléaire de Téhéran et à la reconfiguration des alliances géopolitiques au Moyen-Orient, notamment avec la Russie et la Chine.

  • Israël et les États-Unis ont mené des attaques ciblées contre des sites nucléaires iraniens, infligeant des dommages considérables.
  • L’Iran cherche à reconstruire son programme nucléaire, malgré les sanctions internationales et la perte de scientifiques clés.
  • L’influence occidentale diminue, tandis que la Russie et la Chine renforcent leurs liens avec Téhéran.

Le programme nucléaire iranien, bien que présenté comme à des fins civiles, suscite des préoccupations internationales en raison de son potentiel militaire. Neuf pays dans le monde sont officiellement dotés de l’arme nucléaire : la Russie, les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, le Pakistan, l’Inde, Israël et la Corée du Nord. La situation s’est considérablement tendue en juin dernier, avec une escalade de 12 jours entre Israël et l’Iran, marquée par des frappes contre des installations clés du programme nucléaire iranien, notamment à Natanz, Fordo, Ispahan, Bouchehr et Téhéran.

Selon des analyses d’images satellites, les dégâts sont importants et les travaux de reconstruction sont lents, voire inexistants dans certains cas. À Natanz, Fordo et Ispahan, aucune rénovation significative n’a été observée. L’usine de fabrication de composants pour centrifugeuses Taba/Tesa à Karaj est également en ruines. Cependant, Téhéran ne renonce pas et a entamé la construction d’une nouvelle usine de fabrication de centrifugeuses dans les montagnes près de Natanz, protégée par un mur de périmètre.

La perte de douze scientifiques nucléaires iraniens de haut niveau au cours des récents affrontements constitue un obstacle majeur à la reprise rapide du programme. Les sanctions occidentales, déjà en place, compliquent davantage la situation. Parallèlement, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne (les pays du format E3) ont réactivé les sanctions en août, suivis par l’ONU fin septembre.

L’Iran exprime une profonde méfiance envers l’Europe, estimant que les promesses faites dans le cadre de l’accord nucléaire n’ont pas été tenues. Téhéran dénonce également un deux poids deux mesures, soulignant la condamnation rapide de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, contrastant avec le silence face aux frappes israéliennes et américaines contre son territoire.

Les perspectives d’un nouvel accord nucléaire avec l’Europe semblent donc s’éloigner, d’autant plus que l’administration américaine actuelle privilégie les négociations bilatérales. L’ancien président Trump avait adopté une stratégie de “pression maximale” sur l’Iran, exigeant l’abandon complet de l’enrichissement de l’uranium et la fin du soutien aux groupes alliés, en échange d’une levée des sanctions. Cette approche, jugée infructueuse par Téhéran, a alimenté les tensions et renforcé la conviction que les États-Unis cherchaient un prétexte pour attaquer.

Malgré ces tensions, l’Iran a exprimé sa volonté de reprendre les pourparlers, tout en réaffirmant son droit à un programme nucléaire à des fins pacifiques, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la médecine. Téhéran se dit prêt à discuter du niveau d’enrichissement de l’uranium, mais pas de l’enrichissement lui-même.

Dans ce contexte de tensions croissantes, la Russie est devenue un partenaire stratégique clé pour l’Iran. La coopération entre les deux pays s’est intensifiée, notamment avec la fourniture de drones iraniens à la Russie. Moscou a promis d’investir dans la construction de huit centrales nucléaires en Iran, et un accord de 25 milliards de dollars a été signé pour la construction de la centrale nucléaire d’Ormuz. Téhéran espère que la présence de projets russes sur son territoire offrira une protection contre de nouvelles attaques.

La Chine, quant à elle, est le premier importateur de pétrole iranien, permettant à Téhéran de contourner les sanctions occidentales. Pékin a également investi environ 400 milliards de dollars en Iran au cours des 25 dernières années et soutient le programme de missiles balistiques iranien en fournissant des composants à double usage. Les trois pays ont mené des exercices militaires conjoints en mer, et la Chine cherche à réduire les tensions régionales entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Selon Art Pabriks, directeur du “Northern European Policy Center” et ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, « l’invasion de l’Ukraine par la Russie a consolidé les pays autoritaires et totalitaires, et nous assistons à une coopération accrue entre des nations comme la Chine et l’Iran, qui soutiennent directement ou indirectement la Russie dans cette guerre. »

La Chine fournit à l’Iran des biens nucléaires depuis les années 1980, estimant que Téhéran a le droit de développer un programme nucléaire pacifique. L’adhésion de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai et les accords signés dans le cadre de cette organisation, notamment avec la Russie, témoignent de cette coopération renforcée.

En conclusion, la faiblesse de l’Occident dans son soutien à l’Ukraine a contribué à l’expansion de l’influence chinoise et à la promotion de la coopération entre les pays autoritaires. La politique occidentale, souvent fragmentée et axée sur les déclarations plutôt que sur les actions concrètes, a favorisé cette reconfiguration des alliances géopolitiques.

Bien que l’utilisation de l’énergie nucléaire comporte des risques, elle reste l’une des sources d’énergie les plus propres, ne polluant pas l’air avec des émissions de gaz carbonique. Aux États-Unis, la production d’énergie nucléaire permet d’éviter l’émission d’environ 471 millions de tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent des émissions de 100 millions de voitures. De plus, l’énergie nucléaire nécessite moins de terrain que d’autres sources d’énergie renouvelable.

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