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Limites directes des soins primaires pour les patients complexes

by Sophie Martin

Le modèle de soins primaires directs (SPD), qui promet un accès facilité aux médecins et une réduction des démarches administratives, séduit de plus en plus de professionnels de santé. Pourtant, une patiente complexée par son état de santé témoigne d’une expérience décevante, révélant des limites insoupçonnées et des conséquences inattendues pour les patients nécessitant des examens complémentaires.

De nombreux médecins se tournent vers le SPD, lassés des contraintes imposées par les systèmes hospitaliers et les assurances. Ils expriment leur frustration face à la paperasserie et au temps limité consacré à chaque patient. L’attrait d’un accès direct à leur médecin, via des consultations rapides par SMS ou visioconférence, est indéniable. « En tant que patient, il est très attrayant d’avoir accès à votre médecin traitant sur son téléphone portable, via des rendez-vous SMS ou vidéo, et de bénéficier de rendez-vous le jour même ou le lendemain sans hâte », explique la patiente.

Cependant, cette liberté a un prix. Les médecins en SPD, désireux d’éviter les tracas liés aux assurances, rechignent souvent à autoriser les examens médicaux qu’ils prescrivent. La patiente raconte avoir été confrontée à une situation où son médecin se contentait de faxer ses notes à un centre d’imagerie, laissant à elle la tâche de relancer et de clarifier les informations auprès de sa compagnie d’assurance. « C’était compliqué et cela retardait considérablement le processus d’autorisation, retardant ainsi ma prise en charge », témoigne-t-elle.

Le modèle économique du SPD, basé sur des frais d’adhésion mensuels relativement faibles (généralement entre 125 $ et 250 $ (environ 115 à 230 €)), peut également poser problème. Si ces frais conviennent aux patients ayant des besoins médicaux limités, ils s’avèrent insuffisants pour couvrir les soins des patients nécessitant une prise en charge plus intensive. La patiente relève qu’un médecin en SPD lui a avoué, avec colère, ne pas pouvoir consacrer du temps à la paperasserie administrative, faute de personnel de soutien. « Elle ne possédait pas non plus d’appareil d’électrocardiogramme, expliquant qu’il était trop cher pour elle de l’acheter compte tenu des faibles frais d’adhésion facturés », précise-t-elle.

Cette contrainte financière peut conduire à des dérives, comme l’orientation vers des spécialistes alors que des examens de base pourraient être réalisés en cabinet. Dans son cas, elle a été orientée vers un cardiologue pour un ECG de routine, alors que le médecin en SPD n’avait pas les moyens d’acquérir un électrocardiogramme. La patiente souligne que le modèle SPD, en privilégiant des frais peu élevés, peut entraîner une utilisation inappropriée des ressources de santé.

La volonté de limiter les coûts peut également se traduire par un manque de moyens humains et matériels. Certains médecins en SPD exercent à domicile ou sans personnel d’assistance, ce qui peut nuire à la qualité des soins. Un autre médecin proposait des consultations à domicile deux fois par an, complétées par des consultations en ligne, mais facturait 300 $ (environ 275 €) par rendez-vous supplémentaire. Pour une patiente nécessitant un suivi régulier, cette option s’avère rapidement coûteuse et inadaptée.

L’auteure de ce témoignage appelle à une réflexion critique sur la pérennité du modèle SPD, tant pour les médecins que pour les patients. Elle suggère que des modes de rémunération à l’acte, comme ceux pratiqués dans son domaine, pourraient offrir une alternative plus équitable et durable. « Des frais d’adhésion peu élevés et un accès illimité ne sont utiles que si c’est vraiment ce qu’ils sont », conclut-elle.

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