Publié le 23 février 2024 18:30:00. La nomination d’un envoyé spécial américain pour le Groenland par l’administration Trump ravive les tensions avec le Danemark, qui considère cette initiative comme une ingérence inacceptable dans ses affaires et une remise en question de sa souveraineté.
- Le Danemark a convoqué l’ambassadeur américain pour protester contre la nomination de Jeff Landry, gouverneur de la Louisiane, comme envoyé spécial au Groenland.
- L’Union européenne a réaffirmé son soutien au Danemark, soulignant que la souveraineté territoriale est un principe fondamental du droit international.
- L’administration américaine justifie cette démarche par des préoccupations de sécurité nationale, évoquant la présence de navires russes et chinois dans la région arctique.
La décision de Donald Trump de nommer un envoyé spécial pour le Groenland a déclenché une vive réaction du gouvernement danois, qui exerce un contrôle effectif sur l’île. Copenhague considère cette initiative comme une provocation et une atteinte à sa souveraineté, malgré les efforts diplomatiques déployés au cours de l’année écoulée pour apaiser les tensions avec Washington.
Le Premier ministre danois, Mette Frederiksen, et le Premier ministre groenlandais, Jensfrederik Nielsen, ont publié une déclaration commune affirmant avec force :
« Le Groenland appartient aux Groenlandais et aucun pays ne peut annexer un autre pays. Nous attendons le respect de notre souveraineté territoriale commune. »
Mette Frederiksen et Jensfrederik Nielsen, Premiers ministres danois et groenlandais
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lökke Rasmussen, a exprimé sa ferme opposition à cette nomination, qualifiant la démarche américaine d’inacceptable et exigeant des explications. Il a convoqué l’ambassadeur américain pour lui faire part de la « ligne rouge » tracée par Copenhague.
L’Union européenne s’est également alignée sur la position danoise. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, ont publié un message sur les réseaux sociaux réaffirmant que
« L’intégrité territoriale et la souveraineté sont des principes fondamentaux du droit international. »
Ursula von der Leyen et Antonio Costa, Présidents de la Commission et du Conseil européens
Lors d’une conférence de presse à Palm Beach, en Floride, Donald Trump a justifié cette initiative en invoquant des impératifs de sécurité nationale. Il a souligné la présence croissante de navires russes et chinois au large des côtes groenlandaises :
« Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale, pas pour ses ressources naturelles. Si vous regardez le Groenland, il y a des navires russes et chinois partout le long de la côte. »
Donald Trump, Président des États-Unis
Le gouverneur Landry a, pour sa part, déclaré :
« C’est un honneur de contribuer à l’annexion du Groenland en tant que partie des États-Unis. »
Jeff Landry, Gouverneur de la Louisiane et envoyé spécial au Groenland
La nomination de cet envoyé spécial est perçue par certains comme un signe supplémentaire de la volonté de l’administration Trump d’intégrer le Groenland au territoire américain. Les États-Unis considèrent que la position stratégique du Groenland, entre l’Amérique du Nord et l’Europe, pourrait leur conférer un avantage économique et militaire dans la région arctique, notamment en raison de la présence de ressources naturelles inexploitées et de l’ouverture de nouvelles routes maritimes à mesure que les glaciers fondent. Le Groenland est également considéré comme un point de passage crucial pour les missiles entre la Russie et les États-Unis.
Dès le début de son second mandat, Donald Trump avait exprimé son intérêt pour l’acquisition du Groenland, n’excluant pas l’usage de la force militaire. Plus tôt cette année, le vice-président américain, JD Vance, s’était rendu sur la base militaire américaine au Groenland et avait critiqué le Danemark pour son manque d’investissement dans la sécurité de l’île.
Le Danemark, membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et allié des États-Unis dans les conflits en Afghanistan et en Irak, a exprimé son étonnement face à cette volonté américaine. Le Premier ministre Frederiksen a déclaré sur les réseaux sociaux que cette situation mettait à l’épreuve les alliances de longue date.
Selon Mikel Badby Rasmussen, professeur à l’Université de Copenhague, cité par Reuters, « La nomination de cet envoyé spécial montre que l’argent que le Danemark a investi au Groenland, ses efforts pour défendre l’Arctique et tous les gestes amicaux qu’il a manifestés envers les États-Unis n’ont eu aucun effet. »
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