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Le « statut de grande puissance » de la Chine est-il un plus ou un moins ?

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2025. L’ascension de la Chine sur la scène internationale, bien que source d’inquiétude pour certains pays, pourrait paradoxalement agir comme un frein à une action militaire, notamment envers Taïwan, en raison des responsabilités et des contraintes liées à son nouveau statut de grande puissance.

  • La montée en puissance de la Chine inquiète le Japon, Taïwan et les pays occidentaux en raison des risques accrus pour la sécurité régionale.
  • Cette ascension crée un dilemme stratégique pour Pékin : le statut de grande puissance implique des responsabilités internationales qui limitent sa marge de manœuvre.
  • La Chine utilise son influence économique, notamment à travers l’initiative « la Ceinture et la Route », pour se positionner comme un défenseur du libre-échange et renforcer son image internationale.

L’influence croissante de la Chine suscite des préoccupations grandissantes au sein de la communauté internationale, en particulier concernant la situation à Taïwan. Japon, Taïwan et les nations occidentales observent avec attention l’affirmation politique, économique et militaire de Pékin, perçue comme une menace potentielle pour la stabilité régionale. L’évolution de la Chine modifie en profondeur l’ordre international établi et son comportement est scruté de près.

Cependant, cette dynamique présente un paradoxe. Si la puissance accrue de la Chine permet à son régime, dirigé par Xi Jinping, d’exercer une pression plus forte sur Taïwan, elle peut également constituer un facteur de dissuasion. Devenir une grande puissance ne se résume pas à une simple accumulation de force ; cela engendre un dilemme stratégique en imposant des responsabilités internationales qui restreignent la liberté d’action.

Le gouvernement chinois exploite stratégiquement son nouveau statut pour consolider sa position sur la scène mondiale. Au cœur de cette stratégie se trouve le développement de l’initiative « la Ceinture et la Route » (Belt and Road Initiative), un vaste projet d’infrastructures économiques, ciblant notamment les pays du Sud et l’Europe. Parallèlement, Pékin mène une politique de communication délibérée pour se présenter comme le champion du libre-échange.

Depuis l’arrivée de l’administration Trump aux États-Unis, on observe une tendance marquée au protectionnisme et à un repli sur soi, entraînant un affaiblissement de l’influence américaine dans l’économie mondiale. La Chine perçoit cette situation comme une opportunité à saisir. Alors que les États-Unis, autrefois moteurs de l’économie mondiale et promoteurs du libre-échange, se retirent progressivement de leur rôle stratégique, la Chine se positionne comme son successeur naturel. En investissant dans les infrastructures et en renforçant la coopération économique avec les pays du Sud et l’Europe, Pékin cherche à s’imposer comme un partenaire indispensable à leur croissance.

En adoptant cette posture internationale, la Chine cherche à dissiper l’image d’une nation uniquement motivée par des ambitions hégémoniques et à se présenter comme un acteur contribuant à l’ordre international et à la stabilité économique. Cette image de « gardien du libre-échange » est un atout diplomatique crucial pour obtenir le soutien et la compréhension de la communauté internationale, éléments qui seraient compromis en cas d’action militaire, en particulier si elle remettait en question l’ordre établi. La construction de ce statut de grande puissance et le maintien de la confiance internationale sont essentiels pour atteindre le « grand renouveau de la nation chinoise » (中华民族伟大复兴) tel que défini par le pays. La perte de cette confiance pourrait déstabiliser l’ensemble de la stratégie diplomatique chinoise.

Dans ce contexte, la Chine doit éviter d’exercer une pression excessive sur des partenaires comme le Japon. Lors de récentes tensions, comme l’incident lié à l’activation d’un radar par des navires chinois, Pékin a souligné que l’utilisation de radars de recherche par des avions pendant les entraînements est une pratique courante à l’échelle internationale, cherchant ainsi à démontrer qu’il ne s’agissait pas d’une intimidation militaire délibérée. Cette position ne relève pas uniquement de la rhétorique diplomatique, mais d’un calcul stratégique plus large. Une attitude trop ferme ou intimidante envers le Japon – par exemple, des menaces militaires explicites ou des actions contraires au droit international – pourrait inciter Tokyo à exprimer ses préoccupations auprès d’un large éventail de pays en Asie, en Afrique, en Amérique latine et en Europe. Le Japon, fort de son expérience en matière de commerce et d’aide économique et technique, bénéficie d’une solide crédibilité auprès des pays en développement.

Si le Japon affirmait que « la Chine ne respecte pas les normes internationales et se livre à des intimidations unilatérales », il est probable que la prudence, voire la méfiance à l’égard de la Chine, se répandrait parmi les pays du Sud et les nations européennes. C’est un scénario que la Chine souhaite à tout prix éviter. Le Sud global et l’Europe sont des éléments clés de la stratégie chinoise de la Ceinture et de la Route et des partenaires essentiels pour le succès de son image de « gardien du libre-échange ». Perdre leur confiance entraverait considérablement l’expansion de l’influence mondiale de la Chine. En tant que grande puissance, la Chine doit désormais évaluer avec plus de prudence que jamais l’impact international de ses actions.

Ainsi, la réalité d’une Chine en ascension exerce paradoxalement une forme de retenue sur le régime de Xi Jinping. Cette pression pourrait agir comme un facteur d’atténuation, notamment en ce qui concerne une éventuelle intervention militaire à Taïwan. Recourir à la force contre Taïwan risquerait de saper l’image de la Chine en tant que contributeur à la stabilité économique et défenseur du libre-échange. Outre les sanctions économiques sévères qui seraient imposées par les États-Unis et d’autres pays, il existe un risque de voir les pays du Sud et les nations européennes se détourner de Pékin.

Ces risques pèsent désormais lourdement sur la Chine, qui doit éviter de recourir à la force contre d’autres nations. Plus la Chine consolide son statut de grande puissance et renforce sa position au sein de la communauté internationale, plus elle doit faire preuve de prudence avant d’envisager une action militaire, en particulier dans le cas d’une intervention à Taïwan qui ébranlerait l’ordre international existant. L’obtention du statut de grande puissance n’est pas seulement une réussite nationale, mais aussi une responsabilité et une contrainte internationales. Le régime de Xi Jinping est donc tenu de mettre en œuvre une politique diplomatique intelligente et non intimidante pour maintenir son influence mondiale et atteindre ses objectifs internationaux. Bien que l’ascension de la Chine accroisse les tensions dans la région de l’Asie de l’Est, son nouveau statut de grande puissance impose des limites à ses actions.

La communauté internationale, et notamment le Japon, doit analyser avec lucidité le fait que le succès de la Chine en tant que grande puissance constitue ironiquement un puissant moyen de dissuasion. Pour éviter des affrontements militaires involontaires en Asie du Nord-Est et leur escalade en conflits plus larges, les acteurs mondiaux doivent insister sur le fait que le statut élevé de la Chine implique un engagement correspondant en matière de responsabilité internationale.

Il est débattu de savoir si l’acquisition du statut de grande puissance favorise la retenue et le sens des responsabilités en matière de politique étrangère, ou si elle renforce la conviction d’une nation qu’elle peut corriger les injustices historiques perçues par la coercition ou la force brute. Si le président russe Vladimir Poutine semble avoir opté pour cette dernière approche afin de remédier au déclin de la Russie, cela ne signifie pas nécessairement que le président Xi Jinping fera un choix similaire dans une situation de puissance croissante. L’influence internationale et l’intégration économique mondiale de la Chine contemporaine ne sont pas comparables à celles de la Russie ; en conséquence, la Chine est probablement confrontée à un dilemme beaucoup plus profond. Il est donc essentiel que la communauté internationale, y compris le Japon, exige avec persistance que la Chine assume ses responsabilités en tant qu’acteur majeur de l’ordre mondial.

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est un politologue international et président-directeur général de Strategic Intelligence Inc. Il est maître de conférences à l’Université Seiwa. Ses domaines d’expertise comprennent les études sur la sécurité internationale, la sécurité économique et l’analyse des risques géopolitiques.

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