Publié le 23 décembre 2025 à 23h34. Des tensions diplomatiques s’intensifient entre l’Inde et le Bangladesh après la mort d’un ouvrier hindou dans le cadre de violences liées à des accusations de blasphème, ravivant des griefs anciens et suscitant des manifestations des deux côtés de la frontière.
- Le meurtre d’un ouvrier hindou, Dipu Chandra Das, a déclenché des protestations en Inde et une crise diplomatique avec le Bangladesh.
- Des accusations mutuelles de déstabilisation et de manque de sécurité pour les missions diplomatiques ont conduit à la suspension des services de visa et à des convocations de hauts-commissaires.
- Le contexte est marqué par des tensions internes au Bangladesh, notamment des manifestations suite au meurtre d’un leader étudiant et des accusations contre l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, réfugiée en Inde.
La mort de Dipu Chandra Das, un ouvrier du textile de 27 ans, accusé de blasphème et lynché par une foule dans le district de Mymensingh, au nord du Bangladesh, a exacerbé les tensions déjà vives entre New Delhi et Dhaka. L’incident s’est produit dans un contexte de troubles sociaux, après le meurtre de Sharif Osman Hadi, un leader étudiant, à Dhaka, et a alimenté des accusations selon lesquelles des suspects seraient en fuite vers l’Inde.
En Inde, des groupes nationalistes hindous ont manifesté leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme un manque de protection des minorités hindoues au Bangladesh. Les manifestations ont également été motivées par la perception que l’Inde n’a pas suffisamment agi pour renvoyer Sheikh Hasina, l’ancienne Première ministre bangladaise, qui s’est réfugiée sur le territoire indien après avoir été destituée lors d’un soulèvement l’année dernière.
La situation a rapidement dégénéré en une crise diplomatique. Les deux pays ont suspendu les services de visa dans plusieurs villes, dont Delhi, et se sont mutuellement accusés de ne pas assurer une sécurité adéquate à leurs missions diplomatiques. Les hauts-commissaires respectifs ont été convoqués pour exprimer leurs préoccupations.
Riva Ganguly Das, ancienne haute-commissaire indienne à Dhaka, a exprimé son inquiétude quant à une escalade des tensions.
« J’espère sincèrement que les tensions ne s’intensifieront pas davantage des deux côtés »,
Riva Ganguly Das, ancienne haute-commissaire indienne à Dhaka
a-t-elle déclaré à la BBC, ajoutant que la “situation volatile” au Bangladesh rendait difficile de prévoir l’évolution des événements.
Le sentiment anti-indien au Bangladesh n’est pas nouveau. Une partie de la population bangladaise exprime depuis longtemps son mécontentement face à ce qu’elle perçoit comme une influence excessive de l’Inde sur son pays, en particulier pendant les 15 années de règne de Sheikh Hasina. La colère s’est accrue depuis que l’ancienne Première ministre s’est réfugiée en Inde, et Delhi n’a, jusqu’à présent, pas accédé aux demandes de Dacca en vue de son extradition.
Des incidents récents ont encore envenimé la situation. Des manifestants ont tenté de marcher vers le haut-commissariat indien à Dhaka, et des pierres ont été lancées contre le bâtiment du haut-commissariat adjoint indien à Chittagong, suscitant l’indignation de Delhi. La police bangladaise a arrêté 12 personnes en lien avec cet incident, mais elles ont ensuite été relâchées sans être inculpées. En réponse, des contre-manifestations ont eu lieu en Inde.
Le Bangladesh a fermement condamné une manifestation d’un groupe hindou devant ses locaux diplomatiques à Delhi, la qualifiant d’« injustifiable ».
Anciens diplomates bangladais soulignent la gravité de la situation.
« Je n’ai jamais vu ce genre de suspicion et de méfiance entre les deux parties auparavant »,
Humayun Kabir, ancien diplomate bangladais
a déclaré Humayun Kabir, ajoutant que les deux parties devraient protéger leurs missions diplomatiques conformément aux normes internationales.
Le lynchage brutal de Dipu Chandra Das, accusé d’avoir insulté le prophète Mahomet, a provoqué une vague d’indignation des deux côtés de la frontière. Des vidéos de l’incident, où l’on voit la foule attacher son corps à un arbre et y mettre le feu, ont circulé massivement sur les réseaux sociaux. Le gouvernement intérimaire du Bangladesh, dirigé par le prix Nobel Muhammad Yunus, a déclaré qu’il n’y aurait “pas de place pour une telle violence dans le nouveau Bangladesh” et a promis de traduire en justice tous les responsables. La police bangladaise affirme avoir arrêté 12 personnes en lien avec ce meurtre.
Les analystes soulignent que cet assassinat soulève une fois de plus des questions sur la sécurité des minorités et des militants de la société civile au Bangladesh, où les fondamentalistes religieux semblent gagner en influence et en intolérance depuis le départ de Sheikh Hasina. Des sanctuaires soufis ont été profanés, des hindous attaqués, et des restrictions ont été imposées aux activités culturelles et sportives dans certaines régions.
Des militants de la société civile bangladaise critiquent l’administration intérimaire pour son incapacité à mettre fin aux récentes violences. Ils dénoncent également des déclarations provocatrices anti-indiennes attribuées à certains jeunes dirigeants. Des groupes religieux radicaux sont soupçonnés d’avoir participé aux actes de vandalisme et d’incendie visant des quotidiens bangladais et une institution culturelle, les accusant d’être pro-indiens.
Des experts comme Ashok Swain estiment que les dirigeants de droite des deux pays attisent les tensions et la colère populaire en prononçant des déclarations provocatrices. Il souligne également que certains médias indiens exagèrent les événements au Bangladesh, présentant une image alarmiste de la situation. “La stabilité au Bangladesh est la clé de la sécurité de l’Inde, en particulier dans le nord-est”, a-t-il ajouté.
Alors que l’administration intérimaire de Dhaka est critiquée pour son manque de contrôle et de légitimité, un large consensus se dégage sur la nécessité d’un gouvernement élu pour relever les défis intérieurs et extérieurs du Bangladesh. Des élections sont prévues le 12 février, mais d’ici là, Muhammad Yunus devra faire face à la tâche difficile d’éviter de nouvelles violences.
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