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L’UE, la France et l’Allemagne qualifient de « censure » les interdictions de visa américaines

Publié le 24 décembre 2025 à 12h56. L'Union européenne, la France et l'Allemagne ont fermement condamné la décision des États-Unis d'imposer des interdictions de visa à plusieurs citoyens européens, accusés de remettre en question la réglementation américaine des…

L’UE, la France et l’Allemagne qualifient de « censure » les interdictions de visa américaines

Publié le 24 décembre 2025 à 12h56. L’Union européenne, la France et l’Allemagne ont fermement condamné la décision des États-Unis d’imposer des interdictions de visa à plusieurs citoyens européens, accusés de remettre en question la réglementation américaine des géants du numérique et de lutter contre la désinformation en ligne. Ces mesures interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et ses alliés européens.

  • Les États-Unis ont interdit de visa à cinq citoyens européens, dont l’ancien commissaire européen français Thierry Breton.
  • L’UE se dit prête à réagir « rapidement et de manière décisive » contre ces mesures qu’elle juge « injustifiées ».
  • L’Allemagne a exprimé son soutien aux militants allemands visés et dénonce une atteinte à la souveraineté numérique européenne.

La décision américaine, qui cible des figures clés de la lutte contre la haine en ligne et de la régulation numérique, a suscité une vive réaction en Europe. Washington justifie ces interdictions en affirmant que l’Union européenne impose des restrictions « indues » à la liberté d’expression et cible injustement les entreprises technologiques américaines. L’administration américaine accuse notamment ces citoyens européens de censurer la liberté d’expression ou de cibler injustement les géants américains de la technologie avec une réglementation jugée trop contraignante.

Thierry Breton, ancien ministre français des Finances et commissaire européen au marché intérieur de 2019 à 2024, figure parmi les personnes visées. Il est l’un des principaux artisans du Digital Services Act (DSA), une loi européenne historique visant à rendre l’internet plus sûr. Cette législation, qui oblige les plateformes numériques à lutter plus efficacement contre les contenus illégaux, notamment les discours de haine et la pédopornographie, a particulièrement irrité les autorités américaines. Récemment, l’amende infligée par Bruxelles à la plateforme X d’Elon Musk, sanctionnée d’un montant de 120 millions d’euros (environ 130 millions de dollars américains) pour violation des règles relatives aux contenus en ligne, a exacerbé les tensions. Musk et Breton ont d’ailleurs eu plusieurs échanges virulents sur les réseaux sociaux concernant la réglementation européenne.

Outre M. Breton, les interdictions de visa visent également Imran Ahmed, le PDG britannique du Center for Countering Digital Hate basé aux États-Unis ; Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon de l’association allemande à but non lucratif HateAid ; et Clare Melford, co-fondatrice du Global Disinformation Index, selon la sous-secrétaire américaine à la diplomatie publique Sarah Rogers.

Le ministère allemand de la Justice a déclaré que les deux militants allemands bénéficiaient du « soutien et de la solidarité » du gouvernement, qualifiant les interdictions de visa d’« inacceptables ». Un porte-parole du Global Disinformation Index a dénoncé une « attaque autoritaire contre la liberté d’expression et un acte flagrant de censure gouvernementale ».

La Commission européenne a fermement condamné la décision américaine, soulignant que la liberté d’expression est un droit fondamental en Europe et une valeur partagée avec les États-Unis. Un porte-parole a déclaré que l’UE « avait le droit de réglementer l’activité économique » et qu’elle avait demandé des explications à Washington. Il a ajouté que l’UE était prête à réagir « rapidement et de manière décisive » pour défendre son autonomie réglementaire.

Le président français Emmanuel Macron a qualifié ces mesures d’« intimidation et de coercition visant à porter atteinte à la souveraineté numérique européenne ». Sur X, il a rappelé que le DSA a été adopté dans le cadre d’un processus démocratique et qu’il vise à « garantir une concurrence loyale entre les plateformes, sans cibler aucun pays tiers, et à garantir que ce qui est illégal hors ligne le soit également en ligne ».

Ces interdictions de visa interviennent dans un contexte de divergences croissantes entre Washington et certaines capitales européennes sur des questions telles que la liberté d’expression, la défense, l’immigration, la politique d’extrême droite, le commerce et la guerre en Ukraine. Elles surviennent également quelques semaines après la publication d’un document américain sur la stratégie de sécurité nationale qui mettait en garde contre un possible « effacement civilisationnel » de l’Europe et appelait à un changement de cap pour maintenir son statut d’allié fiable des États-Unis.

Il est à noter que M. Breton n’est pas le premier Français à être sanctionné par l’administration américaine. En août dernier, Washington avait également sanctionné le juge français Nicolas Yann Guillou, qui siège à la Cour pénale internationale, pour sa décision d’enquêter sur des responsables américains.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.