Washington a pris la décision controversée d’interdire l’entrée aux États-Unis à cinq Européens, dont l’ancien commissaire européen Thierry Breton, en représailles à la réglementation numérique européenne. Cette mesure, qualifiée d’« intimidation » par plusieurs dirigeants européens, intervient alors que l’Union européenne cherche à affirmer son autonomie dans la régulation des géants du web.
L’annonce, faite mardi par le Département d’État américain, vise des personnalités accusées de tenter de forcer les plateformes de médias sociaux américaines à censurer des opinions divergentes. Outre Thierry Breton, figure emblématique de la loi sur les services numériques (DSA), l’interdiction de visa vise Imran Ahmed, du Center for Countering Digital Hate, ainsi qu’Anna-Lena von Hodenberg et Josephine Ballon de l’organisation allemande HateAid, et Clare Melford, directrice du Global Disinformation Index (GDI) basé au Royaume-Uni.
La France, l’Allemagne et l’Espagne ont rapidement condamné cette initiative. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé sur X une action d’« intimidation et de coercition visant à porter atteinte à la souveraineté numérique européenne », affirmant que l’Europe défendrait son « autonomie réglementaire ». Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a souligné que le DSA a été adopté démocratiquement par l’UE pour l’UE et qu’il n’a pas de portée extraterritoriale, jugeant les interdictions de visa « inacceptables ». Le ministère espagnol des Affaires étrangères a également exprimé sa condamnation, insistant sur l’importance d’un espace numérique sûr et exempt de désinformation pour la démocratie.
Thierry Breton, qui a quitté son poste à la Commission européenne en 2024, s’est souvent retrouvé en désaccord avec des dirigeants de grandes entreprises technologiques, comme Elon Musk, concernant le respect des règles européennes. Le Département d’État américain l’a désigné comme l’« architecte » de la DSA, une loi qui impose des obligations de modération du contenu et de transparence aux principales plateformes opérant en Europe. La DSA exige notamment que les plateformes expliquent leurs décisions de modération, garantissent la transparence pour les utilisateurs et permettent aux chercheurs d’étudier l’impact des contenus, notamment sur les enfants.
Cette loi est devenue un point de friction majeur avec certains conservateurs américains, qui y voient une tentative de censure de la pensée de droite. L’UE réfute fermement ces accusations. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que l’administration Trump « ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale ».
Les organisations visées par les sanctions ont également réagi avec indignation. HateAid a qualifié la décision américaine d’« acte de répression » visant à faire taire les critiques, tandis que le GDI a dénoncé une « attaque autoritaire contre la liberté d’expression » et un acte de censure gouvernementale « immoral, illégal et anti-américain ». Stéphane Séjourne, successeur de Thierry Breton à la Commission européenne, a affirmé sur X que « aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens ».
La Commission européenne a indiqué avoir demandé des éclaircissements aux autorités américaines et se dit prête à réagir « de manière rapide et décisive » pour défendre son autonomie réglementaire si nécessaire. Elle réaffirme que ses règles numériques visent à garantir une concurrence « sûre, équitable et loyale » pour toutes les entreprises, sans discrimination.
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