Un nombre croissant de jeunes Américaines envisagent sérieusement de quitter leur pays, poussées par un mélange de préoccupations politiques, économiques et sociales. Un sondage Gallup de novembre dernier révèle que 40 % des femmes américaines âgées de 15 à 44 ans souhaiteraient s’installer à l’étranger si elles en avaient la possibilité, un chiffre qui a été multiplié par dix depuis 2014.
Cette tendance, sans précédent aux États-Unis, ne se retrouve pas chez d’autres groupes démographiques ni chez les jeunes femmes d’autres pays développés. L’étude de Gallup suggère que l’élection de Donald Trump en 2016 a marqué un point de bascule, le désir d’émigrer augmentant progressivement depuis lors. Bien que cette aspiration persiste sous la présidence de Joe Biden, un écart significatif de 25 points existe entre celles qui approuvent la politique du pays et celles qui la désapprouvent, soulignant l’impact de la situation politique sur cette volonté de partir.
Au-delà de la politique, des considérations plus pragmatiques entrent en jeu. Une femme de 31 ans, citée par la BBC, a quitté Los Angeles pour Lisbonne en 2021, expliquant : « Il n’y a pas un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée aux États-Unis. Je voulais vivre dans un endroit avec un rythme différent, des cultures différentes et apprendre une nouvelle langue. » Au Portugal, elle affirme se sentir « à nouveau comme une personne à part entière ».
Le coût élevé de la garde d’enfants, en particulier, apparaît comme un facteur déterminant pour de nombreuses femmes. Aux États-Unis, les dépenses liées à la garde d’enfants peuvent absorber une part considérable du salaire d’un parent, contraignant souvent les femmes à quitter le marché du travail. La situation est aggravée par le manque de congés parentaux obligatoires et le coût élevé des soins de santé. Le taux de mortalité maternelle, le plus élevé de tous les pays à revenu élevé, est également une source d’inquiétude.
La suppression du droit à l’avortement, suite à l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade en 2022, a également incité certaines femmes à chercher un avenir ailleurs. Un homme de 34 ans, interrogé par la BBC, a ainsi déménagé en Uruguay après cette décision, déclarant : « J’ai des enfants et je n’envisage pas d’en avoir davantage, mais la gouvernance croissante du corps des femmes me terrifiait. Les gens ne réalisent pas à quel point les États-Unis sont en retard en matière de soins maternels, de congés parentaux et de soins de santé, jusqu’à ce qu’ils quittent le pays. »
Cette aspiration à une vie plus équilibrée et plus sûre se manifeste également dans l’essor de la popularité des influenceuses prônant un mode de vie traditionnel, axé sur la famille et le foyer. Ces créatrices de contenu, souvent jeunes et esthétiquement soignées, mettent en scène leur quotidien de mères au foyer, préparant des repas faits maison ou se maquillant dans des cuisines lumineuses. Certaines promeuvent même des valeurs conservatrices et la soumission au mari.
Ce phénomène, qui a pris de l’ampleur à partir de 2016, peut être interprété comme une forme de retrait face aux pressions du capitalisme et aux défis de la vie moderne. Il résonne avec un fantasme d’évasion, comparable à celui de l’expatriation, où l’on pourrait échapper à la fois au stress professionnel et aux contraintes familiales. Cependant, dans le cas des influenceuses traditionnelles, la famille et le travail se confondent : la famille devient l’œuvre d’art, le projet de vie.
Ce désir de fuir, qu’il s’agisse de quitter le pays ou de se réfugier dans un mode de vie plus traditionnel, témoigne d’un épuisement face aux difficultés rencontrées par les femmes américaines. Face à un système perçu comme injuste et impitoyable, certaines choisissent de rêver à un ailleurs, où il serait possible de concilier travail, famille et épanouissement personnel.
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