Publié le 26 décembre 2025 à 09h05. Pour lancer son intelligence artificielle en Chine, Apple devra se soumettre à une censure mensuelle rigoureuse, capable de bloquer les réponses à près de 2 000 questions jugées sensibles par Pékin.
- Apple Intelligence, l’ensemble des fonctionnalités d’IA d’Apple, devra passer un examen de censure mensuel pour être autorisé à fonctionner en Chine.
- Ce processus implique de refuser de répondre à au moins 95 % des 2 000 questions pièges posées par les autorités chinoises.
- Apple s’est associé à Alibaba et à son modèle Qwen3 pour contourner la censure d’internet chinoise, mais cela soulève des questions éthiques et techniques.
L’arrivée d’Apple Intelligence en Chine s’annonce plus compliquée que prévu. Alors que les utilisateurs d’iPhone bénéficient déjà, dans le reste du monde, de l’intégration de modèles d’IA tels que ChatGPT d’OpenAI ou Gemini de Google, le géant asiatique impose des règles du jeu très différentes. Pour y accéder, Apple a dû accepter des conditions particulièrement strictes, révélées par le Wall Street Journal.
La version chinoise d’Apple Intelligence sera soumise à un « examen » de censure avant son lancement. Ce test est conçu pour garantir que l’IA ne s’écarte en aucun cas du récit officiel imposé par le gouvernement chinois. La réglementation exige que tout modèle d’IA générative soit testé à l’aide de 2 000 questions conçues pour provoquer des réponses sur des sujets sensibles ou des informations censurées.
L’objectif est de vérifier que le système est capable d’identifier ces « pièges » et de refuser d’y répondre dans au moins 95 % des cas. Une réponse non filtrée à une question concernant certains événements historiques ou une critique du gouvernement entraînerait un échec et empêcherait le lancement du service. Mais le processus ne s’arrête pas là : ces questions de contrôle seront mises à jour une fois par mois, obligeant Apple à constamment adapter ses filtres pour se conformer aux dernières exigences de censure.
Face au « grand pare-feu » chinois, qui bloque l’accès aux partenaires occidentaux habituels d’Apple, la firme américaine a dû s’associer à Alibaba pour utiliser son modèle Qwen3 sur les iPhones vendus dans le pays. Cette collaboration crée un paradoxe complexe : le gouvernement chinois souhaite que les modèles d’IA puissants, formés sur des données mondiales, soient compétitifs, tout en exigeant qu’ils souffrent d’une forme d’« amnésie sélective » concernant les sujets interdits. En d’autres termes, les entreprises technologiques doivent enseigner à l’IA tout ce qui existe sur internet, puis lui interdire explicitement d’en parler.
Pour Apple, cette situation représente un nouveau défi dans sa quête d’équilibre entre la défense de la vie privée et de la liberté de ses utilisateurs en Occident, et la nécessité de satisfaire les exigences de Pékin pour ne pas perdre l’accès à son plus grand marché de production et l’un de ses marchés de vente les plus importants. Pour l’instant, si vous vous trouvez en Chine et posez une question sensible à Siri, préparez-vous à un silence assourdissant. C’est le prix à payer pour bénéficier de « l’intelligence » de l’iPhone de l’autre côté du mur.