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Les blogs : un corridor contournant le Yémen, l’Inde et l’Europe via le Somaliland, l’Éthiopie et Benghazi | Rafi Glick

by Clara Dubois

Publié le 29 décembre 2025 20h13. Un nouveau corridor commercial stratégique, reliant l’Inde à l’Europe via l’Afrique de l’Est, prend forme, porté par des accords diplomatiques récents et des investissements croissants dans les infrastructures portuaires et terrestres.

  • L’Inde et Israël renforcent leur coopération dans le cadre de ce projet, avec la signature d’un accord de reconnaissance mutuelle entre Israël et le Somaliland.
  • Ce corridor, baptisé AIVE (Afrique-Inde-Europe), vise à contourner les points de passage traditionnels, notamment le Yémen, et à offrir une alternative pour le transport de marchandises.
  • Les Émirats arabes unis jouent un rôle clé dans le développement de cette route, en soutenant des initiatives au Somaliland, en Éthiopie et en Libye.

Un axe commercial inédit se dessine entre l’Asie et l’Europe, passant par la Corne de l’Afrique. Cette nouvelle voie, de plus en plus désignée par les analystes sous le nom d’AIVE (corridor Inde-Afrique-Europe), ou plus précisément ISEE (Inde-Somaliland-Éthiopie-Europe), ambitionne de devenir une alternative aux routes maritimes traditionnelles, souvent perturbées par l’instabilité régionale.

La formalisation de ce projet s’est accélérée avec l’accord de reconnaissance mutuelle signé vendredi dernier entre Israël et le Somaliland, sous l’impulsion du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et de son ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar. Cette décision, qui a suscité une attention médiatique relativement discrète, établit un cadre politique officiel pour un axe stratégique reliant l’Inde, les États du Golfe, la Corne de l’Afrique et la Méditerranée.

Ce corridor émergent pourrait, à terme, servir de route alternative au Yémen et de pont vers l’Europe, via le Soudan et le port de Benghazi en Libye, ou par le port d’Alexandrie en Égypte. La viabilité de ces itinéraires dépendra toutefois de l’évolution politique et de la gouvernance dans une région marquée par des changements fréquents et profonds.

Le projet s’appuie en partie sur l’infrastructure historique de la route commerciale britannique reliant Le Caire à Khartoum et au Cap. Certaines portions de cette route, datant d’avant la Seconde Guerre mondiale, ont été pavées, tandis que d’autres ont été modernisées par les États africains après leur indépendance.

Les Émirats arabes unis (EAU) sont particulièrement actifs dans la consolidation de ce nouveau corridor. Ils soutiennent les forces rebelles au Yémen, qui contrôlent actuellement certaines parties du sud du pays, et défient les Houthis dans le nord. Parallèlement, les EAU sont partenaires dans la gestion du port de Berbera au Somaliland, exploitent une ligne maritime régulière entre les EAU et le Somaliland, et gèrent une section du port louée à l’Éthiopie, offrant ainsi à ce pays enclavé un accès maritime après sa rupture avec l’Érythrée.

Les EAU soutiennent également les forces rebelles soudanaises et participent activement au développement des ports en Syrie. Il n’est donc pas surprenant qu’ils n’aient pas signé la condamnation d’Israël suite à sa reconnaissance du Somaliland – une déclaration approuvée par 21 pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

La position indépendante de la Syrie est d’autant plus remarquable qu’elle contraste avec l’axe opposé formé par la Turquie et l’Iran, qui soutiennent les régimes en place dans la région et favorisent les routes commerciales chinoises, compliquant ainsi les opérations des États-Unis et de l’Inde.

Si l’Arabie saoudite et les EAU affichent des approches régionales différentes – l’Arabie saoudite privilégiant la stabilité des régimes existants conformément aux résolutions de l’ONU, tandis que les EAU soutiennent une activité rebelle plus marquée – les deux pays ont récemment mené des frappes aériennes contre des bastions rebelles au Yémen, soutenus par les EAU.

Suite à la démarche diplomatique d’Israël envers le Somaliland, et compte tenu de la présence active de Taïwan sur le territoire depuis des années, d’autres pays pourraient être amenés à reconnaître le système politique démocratique distinctif de la région, notamment l’Inde, l’Éthiopie et les EAU.

Le journal britannique The Guardian a récemment souligné que, bien qu’il soit compréhensible que les responsables du ministère britannique des Affaires étrangères hésitent à reconnaître le Somaliland en l’absence de précédents régionaux, la Grande-Bretagne devrait envisager de se positionner en second lieu, en raison de la contribution significative des soldats somalilandais pendant la Seconde Guerre mondiale, du rôle historique des marins somalilandais depuis le milieu du XIXe siècle et de l’apport de la diaspora somalilandais au Royaume-Uni.

L’Italie, entretenant des liens étroits avec Israël, a également renouvelé son engagement en Corne de l’Afrique, renforcé ses relations avec l’Éthiopie et l’Inde, et pourrait jouer un rôle de médiateur entre la Somalie et le Somaliland, ainsi qu’entre les factions rivales en Libye. La perspective d’un pont terrestre vers l’Europe via le port de Benghazi et le renouveau des liens entre Benghazi et l’Italie suscitent un sentiment de nostalgie en Italie, où ce port a joué un rôle important pendant la période coloniale, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la fin de la domination italienne en Afrique du Nord.

Préoccupée par les flux migratoires en provenance de Libye, l’Italie pourrait promouvoir un pont commercial entre Benghazi et l’Europe, contribuant ainsi au développement économique de ce pays déchiré par les conflits et réduisant les pressions migratoires.

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