Publié le 2024-01-26. La Banque centrale argentine mise sur un nouveau mécanisme d’échange de devises pour stimuler l’accumulation de réserves et relancer une économie en stagnation, mais des restrictions persistent qui pourraient freiner l’investissement à long terme.
- À partir de janvier, les bandes de fluctuation du dollar seront indexées sur l’inflation, remplaçant le taux mensuel fixe de 1 %.
- Une étude de l’IÉRAL souligne que ce nouveau régime vise à faciliter l’achat de dollars et à débloquer l’activité économique, sans pour autant prioriser une désinflation rapide.
- Le rapport met en garde contre les limitations persistantes, notamment le contrôle des changes pour les entreprises et l’indexation sur l’inflation passée, qui compliquent la planification financière.
La Banque centrale argentine (BCRA) met en place un nouveau système d’échange de devises dans l’espoir de renforcer ses réserves et de dynamiser une économie confrontée à des difficultés persistantes. Ce dispositif, qui entrera en vigueur en janvier, prévoit une adaptation des bandes de fluctuation du dollar en fonction de l’inflation, abandonnant le taux mensuel fixe de 1 % en vigueur jusqu’à présent.
Une analyse approfondie, réalisée par l’Institut d’études sur la réalité argentine et latino-américaine (IÉRAL) et signée par Jorge Vasconcelos, examine les implications de ce changement de politique. L’étude suggère que cette réforme vise principalement à faciliter l’accès aux dollars et à débloquer une activité économique en berne, plutôt qu’à atteindre une désinflation rapide.
Selon le rapport, les modifications apportées au système de bandes de change en 2024 sont conçues pour faciliter l’accumulation de réserves et relancer l’activité économique, voire accepter une désinflation plus lente. L’IÉRAL se penche sur la viabilité de ce modèle, ses avantages à court terme et les limites structurelles qui, selon ses analyses, continuent de peser sur une croissance durable.
L’étude souligne que le nouveau régime offre à la Banque centrale des outils accrus pour intervenir sur le marché des changes. « Cela permet une plus grande intervention de la Banque centrale pour acheter des dollars et amortir le cycle économique », explique Vasconcelos. Cette capacité accrue est perçue comme un atout pour l’autorité monétaire, qui dispose désormais de moyens supplémentaires pour renforcer ses réserves internationales.
En intervenant sur le marché, la Banque centrale espère offrir une plus grande flexibilité et une marge de manœuvre accrue face aux chocs externes, tout en réduisant la volatilité potentielle résultant de fluctuations brusques de l’offre et de la demande de devises. Pour l’équipe de l’IÉRAL, cette intervention facilite également l’accumulation de réserves, un objectif prioritaire pour le gouvernement.
Le rapport met également en évidence le potentiel de ce nouveau régime pour stimuler l’activité économique. La logique sous-jacente est de « débloquer la stagnation de l’activité », dans l’espoir de redonner de l’élan à une économie qui a montré des signes de ralentissement ces dernières années. L’intervention officielle sur le marché des changes, combinée au nouveau système de bandes, est donc présentée comme un moyen de favoriser la croissance et la stabilité.
Le système permet à la Banque centrale de « tamponner le cycle économique », ce qui pourrait se traduire par une moindre exposition aux chocs externes et un environnement plus prévisible pour les entreprises et les consommateurs. L’indexation des bandes sur l’inflation est considérée comme un élément clé de cette approche.
Cependant, malgré ces avantages potentiels, le rapport de l’IÉRAL met en garde contre les restrictions importantes qui persistent. « Le régime de change monétaire continue d’être transitoire et maintient des restrictions qui conditionnent l’investissement et une croissance soutenue », souligne le document. Parmi les principales limites, l’indexation du plafond de la bande sur l’inflation passée est pointée du doigt, car elle complique les opérations financières.
Selon Vasconcelos, ce mécanisme d’ajustement « introduit des tensions dans la formation des taux d’intérêt et dans l’extension des conditions de taux fixes ». L’actualisation des bandes en fonction de l’inflation passée crée des difficultés pour projeter la courbe des taux, ce qui affecte la prévisibilité et la capacité de planification des acteurs économiques. Cette caractéristique limite le développement d’instruments de financement à long terme et influence les décisions d’investissement.
Un autre point problématique soulevé par l’IÉRAL est la persistance du contrôle des changes pour les personnes morales. Le rapport précise que « le projet ne prévoit pas la levée des stocks pour les personnes morales, facteur clé pour l’investissement ». Cette restriction freine l’arrivée de capitaux et l’expansion des projets productifs. Selon l’analyse, l’absence d’une perspective claire sur l’élimination de ces contrôles décourage la prise de risque et limite l’accès des entreprises au marché des changes.
Le document souligne également que, malgré les améliorations macroéconomiques attendues en 2024, l’inflation persistante et le manque de clarté quant à la réaction de la Banque centrale face aux écarts du taux de change génèrent de l’incertitude. Le rapport prévient que le défi pour l’autorité monétaire sera de « doubler l’afflux de capitaux privés et de réduire de moitié la demande de dollars des particuliers pour soutenir le rythme d’accumulation des réserves ». Ces objectifs, souligne l’IÉRAL, présentent des obstacles importants et nécessitent une stratégie claire et soutenue.
Le rapport consacre une partie de son analyse à l’expérience du Pérou, présenté comme un exemple de régime de change monétaire alternatif. L’étude souligne qu’« un régime bimonétaire formel, avec un flottement géré et le taux d’intérêt comme point d’ancrage, a permis au crédit de se développer en monnaie locale, de réduire la volatilité et d’élargir l’horizon des décisions économiques ». Selon Vasconcelos, le cas péruvien offre des enseignements précieux pour l’élaboration des politiques en Argentine.
Dans le modèle péruvien, le flottement contrôlé et l’utilisation du taux d’intérêt comme principal instrument de politique monétaire ont facilité la convergence des taux et la stabilité macroéconomique. Le rapport précise que ce système a réussi à « étendre le crédit en monnaie locale » et à promouvoir une plus grande monétisation de l’économie, sans qu’il soit nécessaire de s’orienter vers la dollarisation. Pour l’IÉRAL, l’expérience du Pérou montre que la stabilité et une croissance durable peuvent être obtenues grâce à la combinaison de la flexibilité du taux de change et de la discipline monétaire.
L’analyse conclut que « un régime de change et monétaire permanent, et non transitoire, est essentiel à la fois pour les variables financières et pour l’économie réelle, car il élargit l’horizon de planification et permet de mieux absorber les chocs externes ». L’analyse de l’IÉRAL suggère que l’adoption d’un régime similaire à celui du Pérou pourrait résoudre plusieurs des limitations identifiées dans le système argentin actuel.
Le rapport de l’IÉRAL conclut que l’horizon 2024 semble plus favorable, avec un risque pays réduit et de meilleures conditions politiques et de marché. Il insiste toutefois sur le fait que des défis importants subsistent quant à la pérennité du projet. « La Banque centrale est confrontée au défi de doubler l’afflux de capitaux privés et de réduire de moitié la demande de dollars des particuliers pour soutenir le rythme de l’accumulation des réserves », prévient l’analyse.
L’inflation persistante et l’absence de définition de la réaction officielle aux écarts du taux de change sont pointées comme des sources d’incertitude. L’ouvrage prévient que la transition vers un régime plus stable et plus prévisible nécessite des progrès dans l’élimination des restrictions et l’adoption d’instruments favorisant l’investissement et la croissance.