L’ambition d’une transformation numérique profonde du système de santé néerlandais, lancée il y a plusieurs années, peine encore à se concrétiser pleinement. Malgré des investissements massifs et des initiatives prometteuses, l’adoption à grande échelle des technologies numériques reste un défi, soulignant la nécessité d’un changement de mentalité et d’une collaboration accrue entre les acteurs du secteur.
À retenir
- Le secteur de la santé numérique aux Pays-Bas est en croissance, mais n’est pas encore devenu la norme.
- La transformation numérique nécessite un engagement fort de la part de tous les acteurs, allant au-delà de la simple suppression des obstacles financiers.
- L’échange de données sécurisé et standardisé reste un point de blocage majeur, nécessitant une législation claire et une coopération étroite.
Contexte
Fin 2019, Erik Gerritsen, alors secrétaire général du ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports (VWS), plaidait pour une accélération de la digitalisation du secteur de la santé. Il estimait que les Pays-Bas avaient besoin d’une approche ambitieuse, inspirée du discours de John F. Kennedy sur le programme spatial, fixant des objectifs clairs et mobilisant les énergies pour les atteindre. L’objectif principal était de créer un environnement favorable à l’innovation, permettant aux patients de mieux gérer leur santé et aux professionnels de soigner plus efficacement.
Dans cette optique, VWS a mis en place plusieurs initiatives, notamment le système de rendez-vous MedMij, visant à donner aux patients l’accès à leurs données de santé. Plus d’un milliard d’euros (environ 1,15 million USD) a été alloué entre 2019 et 2021 à des subventions et des fonds de transformation, distribués à travers sept programmes d’accélération (VIPP) pour faciliter l’échange d’informations entre patients et professionnels.
Ce qui change
Selon Erik Gerritsen, si de nombreux projets pilotes ont démontré le potentiel des technologies numériques – comme COPD InBeeld de l’organisation Sensire pour la gestion de la BPCO, ou les applications de réalité virtuelle pour traiter l’anxiété – ces solutions ne sont pas encore largement déployées. Le principal obstacle réside dans la nécessité de changer les pratiques et les mentalités. Il ne suffit plus de supprimer les barrières financières ; il faut encourager les professionnels de la santé, les administrateurs et les assureurs à adopter de nouvelles méthodes de travail.
Gerritsen souligne l’importance de récompenser les initiatives numériques qui ont fait leurs preuves et encourage l’Autorité néerlandaise de la santé à réfléchir à des mécanismes incitatifs. Il met également en avant le rôle des contrats pluriannuels entre hôpitaux et assureurs, qui créent un climat de confiance propice à l’investissement dans l’innovation.
Prochaines étapes
L’échange de données reste un défi majeur. Gerritsen le décrit comme un problème complexe, tant sur le plan technique que sur le plan de la confidentialité et de l’autonomie des patients. Une législation spécifique est en cours d’élaboration pour encadrer cet échange, avec l’objectif de définir des normes communes et de garantir la sécurité des données.
« Nous disons au secteur, en partie pour aiguiser le débat : tout ce que vous voulez est déjà possible. Et si cela n’est pas autorisé ou n’est pas financé, alors il existe une règle politique ou un tarif libre dans lequel nous pouvons l’organiser », affirmait-il en 2019. L’enjeu est désormais de permettre aux administrateurs de santé d’oser prendre des initiatives et d’investir dans l’innovation, en s’appuyant sur des coalitions et en partageant les risques et les bénéfices.
Chiffres clés
- Plus d’un milliard d’euros : Montant des subventions et des fonds de transformation alloués à l’innovation numérique dans le secteur de la santé entre 2019 et 2021.
Sources
Interview d’Erik Gerritsen, secrétaire général de VWS, publiée dans ICT&health, édition 6 de 2019.
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